
Image tirée du dernier conseil d’arrondissement de MHM (source YouTube)
10 septembre 2026Habitations pour personnes vulnérables : un second projet dans Tétreaultville soulève l’opposition citoyenne
Après l’annonce de la construction d’un établissement d’hébergement pour ex-détenus dans Tétreaultville, un second chantier d’habitations à vocation sociale soulève l’inquiétude du quartier, alors que l’Arrondissement de Mercier—Hochelaga-Maisonneuve (MHM) choisit d’utiliser un règlement lui permettant de sauter des consultations publiques pour faire avancer le projet.
Lors du conseil d’arrondissement du 8 septembre, les élus ont voté en faveur de l’autorisation de la construction, la transformation et l’occupation d’un bâtiment à des fins d’hébergement pour personnes ayant besoin d’aide et d’assistance sur un lot situé sur la rue Sherbrooke Est, entre la rue Saint-Donat et l’avenue Mercier.
À l’instar du projet de la Société John Howard prévoyant 18 logements au coin des rues Notre-Dame Est et Liébert pour des personnes ayant passé par le système carcéral, le second projet a été adopté par l’entremise de l’article 89 de la Charte de la Ville de Montréal.
Selon le site internet de la Ville, cet article permet la réalisation de certains types de projet, même s’ils dérogent à la réglementation d’urbanisme de l’arrondissement. Si ce sont surtout de grands projets résidentiels qui sont adoptés dans le contexte de la crise du logement, la Ville inclut les projets d’habitation destinés « à des personnes ayant besoin d’aide, de protection, de soins ou d’hébergement » dans le type de construction visés par l’article.
L’est de Montréal : « un dépotoir à problèmes »?
Ainsi, certains citoyens craignent que leur quartier accueille de manière inéquitable un grand nombre de maisons d’hébergement ou de transition comparativement au reste de Montréal. « L’est de Montréal devient-il le « dépotoir » des problèmes que la Ville n’arrive pas à régler ailleurs? », se demande Ion Leahu, un résident.
Ce dernier craint que la venue du projet ait des impacts négatifs sur le quartier fortement résidentiel. Deux pétitions s’opposant aux deux projets en question ont amassé respectivement plus de 1000 signatures en ligne.
Les citoyens dénoncent le fait que très peu d’informations ont été publiées par MHM concernant le projet d’habitations à vocation sociale sur la rue Sherbrooke Est. Dans les documents décisionnels, on peut lire qu’il s’agit d’un bâtiment résidentiel de cinq étages d’une superficie d’environ 573 m2 comportant 21 logements de différentes typologies pouvant accueillir 62 personnes en hébergement et 12 personnes dans les bureaux.
La nature des soins octroyés ou la population visée ne sont pas révélées par l’Arrondissement.
Dans un courriel, le cabinet de la mairesse de MHM, Chantal Gagnon, nous indique « qu’il s’agit d’un projet d’habitation à vocation sociale, géré par un organisme communautaire reconnu et expérimenté, qui répond à des besoins criants en logement sur notre territoire et dont l’encadrement vise une intégration harmonieuse et paisible dans le milieu ».
L’équipe de la mairesse ajoute que c’est « dans le souci de protéger la sécurité de ces personnes vulnérables » que certaines informations concernant le projet demeurent confidentielles, afin « de préserver leur sécurité et leur vie privée », et ce, en vertu de dispositions de l’article 89.
« Les personnes accueillies y cherchent un endroit paisible pour se reconstruire, indique-t-on au cabinet de Mme Gagnon. Il s’agit d’un milieu d’hébergement calme, discret et respectueux du voisinage. Le calme du quartier est indispensable à leur sécurité et à leur bien-être. »
Ne pas faire de l’article 89 « une norme »
De son côté, M. Leahu se demande si l’utilisation de l’article 89 deviendra « la norme » pour faire accepter des projets aux citoyens. « Est-ce que les intérêts légitimes et les droits de participation des résidents sont relégués au second plan lorsque ce mécanisme est utilisé? », questionne-t-il.
Effectivement, pour accélérer le processus d’approbation, les projets adoptés sous l’article 89 peuvent aller de l’avant sans tenir des consultations publiques, qui permettent la possibilité de tenir un référendum citoyen. Les projets doivent tout de même passer devant les comités consultatifs d’urbanisme locaux.
Devant la crainte d’une normalisation de l’utilisation de l’article 89, le cabinet de la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, rappelle dans un courriel que « Montréal traverse une crise du logement et de l’itinérance qui exige d’agir partout sur le territoire ».
« Nous entendons les préoccupations des citoyens. L’article 89 est un outil encadré, utilisé au cas par cas pour permettre la réalisation de projets d’intérêt collectif. Il ne deviendra pas une procédure automatique », assure l’équipe de la mairesse.
De plus, en ce qui concerne la concentration de projets d’hébergement social dans Tétreaultville, le cabinet de Mme Martinez Ferrada souligne que son objectif est de mieux répartir les « ressources afin que les mêmes quartiers ne portent pas seuls cette responsabilité ».
« C’est pourquoi nous demandons aux partis [NDLR En lice dans la course électorale] de financer sur trois ans 3 200 places d’hébergement, dont 500 saisonnières, ainsi que trois centres de soins spécialisés en santé mentale et en dépendance d’ici l’été 2027 », affirme-t-on au cabinet.
Pour sa part, M. Leahu soutient avoir envoyé des questions additionnelles au conseiller de la Ville du district de Tétreaultville, Julien Hénault-Ratelle. « Il m’a écrit ceci : « Le deuxième projet auquel vous faites référence n’a aucun rapport avec celui de John Howard, ne vise pas la même clientèle et n’entraînera pas d’enjeux de cohabitation. » Je reconnais donc qu’il y a eu une réponse, mais elle ne répond pas vraiment aux questions que j’avais soulevées concernant le premier projet, notamment sur le processus de consultation et les préoccupations des résidents du secteur », se désole le citoyen.
En outre, M. Leahu se dit déçu du fait que plusieurs de ses questions et préoccupations demeurent, « notamment concernant le processus de consultation des citoyens et le fait que les résidents aient été informés très tardivement du projet ».






