
(Emmanuel Delacour/EMM)
13 novembre 2025Grèves à la STM : les entreprises de l’Est et leurs employés durement impactés
Alors que la grève des employés d’entretien de la Société de transport de Montréal (STM) tire à sa fin, un autre débrayage pourrait avoir lieu cette fin de semaine. En effet, les chauffeurs de métro et d’autobus envisagent de ne pas rentrer au travail les 15 et 16 novembre. Plusieurs entreprises de l’Est doivent ainsi faire des pieds et des mains pour maintenir leurs services.
Comme de nombreux employés ne pouvaient pas se rendre à leur lieu de travail sans métro ni autobus, les dernières semaines ont complexifié la vie des entreprises de l’Est.
« Ce qui est le plus dérangeant en ce moment, c’est pour mes employés. Ce sont souvent des étudiants ou des personnes qui utilisent principalement les transports en commun pour se déplacer », souligne Claudia Rahal, propriétaire d’une pharmacie Jean Coutu, sur le boulevard Pie-IX, à Montréal-Nord.
Si celle-ci a dû se résoudre à faire rouler son entreprise avec un effectif réduit, certains « postes stratégiques », comme ceux du laboratoire, ne peuvent être laissés sans personnel sur le plancher quotidiennement. « Il faut que je compense leurs déplacements. Je leur paie leur taxi ou leur Uber afin qu’ils puissent se rendre au travail », indique-t-elle.
Avec la tempête de mardi dernier, ce sont trois de ses employés qui ont été forcés de s’absenter, se désole la propriétaire.
« La grève de la STM entraîne des enjeux autant pour les commerçants que leurs employés et la clientèle. Les conditions de mobilité à Montréal-Nord sont, comme le démontrent plusieurs études, plus complexes que dans d’autres secteurs de la Ville », note Olivier Trudeau, directeur général de la Société de développement commercial (SDC) Montréal-Nord.
Ce dernier remarque que l’arrivée de la neige complique encore davantage les déplacements, notamment pour les personnes ayant des enjeux de mobilité. « Nous souhaitons que le conflit se règle rapidement afin de permettre aux activités de reprendre leur cours normal », ajoute-t-il.
À la SDC Promenade Masson, dans le quartier Rosemont, on se console du fait que la plupart des clients proviennent du secteur, ce qui fait en sorte que l’impact des grèves de la STM sur les affaires ne s’est pas nécessairement fait ressentir. « La rue Masson, comme la majorité des artères commerciales, peut compter sur un bassin de population à proximité. Les études de mobilité et de déplacements le démontrent, une grande proportion des consommateurs proviennent généralement d’un rayon de moins de 2 km. La grève a donc ici bien peu d’impacts visibles », explique Alexandre Gagné, chef des opérations à la SDC Promenade Masson.
Avec ses 19 000 travailleurs, le CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal est l’un des plus importants employeurs de l’Est. Offrant des services de nuit et la fin de semaine dans des installations comme les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD), les employés avec un horaire atypique peuvent être affectés par les grèves des transports en commun.
« Cela dit, plusieurs employés font déjà le choix de voyager en voiture. Les quarts de jour débutent à 8 h et se terminent à 16 h, et ne sont donc pas affectés. Du côté du soutien à domicile, les horaires ont été modifiés afin de permettre au maximum l’accès au transport en commun », insiste Luc Fortin, conseiller en relations médias et affaires publiques au CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal.
Ce dernier ajoute que plusieurs mesures ont été entreprises pour soutenir les employés durant la grève, incluant le télétravail lorsque possible ou des ajustements d’horaire. De plus, les administrateurs du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal font la promotion du covoiturage entre collègues et suggèrent d’utiliser le vélo ou le service BIXI. Des aménagements temporaires de stationnements sur certains sites ont aussi été prévus pour les employés qui doivent exceptionnellement utiliser leur voiture.
En finir avec les grèves à répétition
Pour Jean-Denis Charest, président-directeur général (PDG) de la Chambre de commerce de l’Est de Montréal (CCEM), il est urgent que l’enjeu des grèves dans les transports en commun soit rapidement réglé.
« Les employés, les entreprises, les clients et les résidents, tout le monde est pris en otage et les conséquences sont lourdes. Les grèves à répétition, ça commence à devenir très inquiétant », constate-t-il.
« On a dans l’Est de Montréal une population qui est vulnérable et qui a besoin de transports collectifs pour se rendre sur les lieux de travail. Il y a des employeurs qui m’ont mentionné que leurs employés ne pouvaient pas se rendre sur leur lieu de travail, et ce sont des gens qui souvent n’ont pas de voiture », ajoute le PDG de la CCEM.
Ce dernier croit que l’on devrait considérer ce service comme étant essentiel et demande au gouvernement d’intervenir pour limiter les grèves dans les transports.
Au moment d’écrire ces lignes, le ministre du Travail, Jean Boulet, avait déposé à l’Assemblée nationale un projet de loi pour limiter les moyens de pression entrepris par les syndicats. Le syndicat des employés d’entretien de la STM a fait volte-face mardi soir, en annonçant mettre fin à sa grève dès mercredi matin, anticipant le dépôt de la loi du ministre.
Initialement, la grève qui faisait en sorte que le service des métros et des autobus était limité aux heures de pointe devait se poursuivre jusqu’à la fin du mois de novembre. Aux dernières nouvelles, les chauffeurs d’autobus et de métro comptaient toujours débrayer cette fin de semaine, ce qui aurait pour effet d’interrompre entièrement le service de la STM samedi et dimanche.







