
La Grande Bibliothèque (Courtoisie BAnQ/Mikael Theimer)
23 août 2025La Grande Bibliothèque au cœur du dynamisme culturel, social et urbain de Ville-Marie
Se dressant à l’angle de la rue Berri et du boulevard de Maisonneuve depuis bientôt 20 ans, la Grande Bibliothèque évolue en plein cœur du Quartier Latin, dans l’arrondissement de Ville-Marie. Bien plus qu’un simple site d’emprunt de livres, elle est devenue un véritable moteur culturel, social et urbain dans un secteur où se côtoient quotidiennement usagers, étudiants, résidents, commerçants, touristes et personnes vulnérables. Comment y parvient-elle?
*NDLR : Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) est l’institution gouvernementale qui chapeaute 12 édifices, dont la Grande Bibliothèque. Il importe de distinguer ces deux dénominations.
Dès sa conception, la Grande Bibliothèque avait la vocation de devenir un pôle central et ouvert sur la ville. Le site où elle s’érige aujourd’hui est donc loin d’avoir été choisi au hasard. Située dans un nœud de circulation important, avec le terminal d’autobus, le croisement de trois lignes de métro et les pistes cyclables, elle est facilement accessible. Et sur le plan symbolique, l’édifice se trouve dans ce qui a déjà été, jadis, le cœur intellectuel francophone nord-américain du pays, en plus d’être à proximité de la bibliothèque Saint-Sulpice. « Elle porte donc une forte valeur patrimoniale et culturelle », souligne Sébastien Nadeau, directeur de l’accès aux services pour BAnQ, en particulier pour la Grande Bibliothèque.
Elle figure aussi comme un acteur bien intégré à l’écosystème culturel local. La Grande Bibliothèque collabore avec plusieurs organisations voisines, comme l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et la Société de développement commercial (SDC) du Quartier Latin. Elle fait aussi partie du Quartier des spectacles en plus de collaborer avec le Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM). « La bibliothèque y fait des dons de livres pour des patients, notamment en oncologie, qui ne peuvent retourner les documents. Des bénévoles formés leur permettent d’accéder à des ressources numériques ou de s’abonner à distance », précise M. Nadeau.

Catherine Melançon, chargée de projets à l’action culturelle à BAnQ (Photo tirée de LinkedIn)
La bibliothèque est présente à diverses tables de concertation, dont celle des Faubourgs, et elle s’implique auprès du journal L’Itinéraire. Une autre initiative phare de la Grande Bibliothèque est son jardin communautaire, cultivé en partenariat avec l’organisme local Sentier Urbain. « En 2024, plus de 300 kg de fruits et légumes ont été récoltés et redistribués aux banques alimentaires du quartier », raconte Catherine Melançon, chargée de projets à l’action culturelle pour BAnQ. « Le jardin est aussi un lieu d’insertion sociale grâce à notre collaboration avec l’organisme TAPAJ, qui offre des emplois journaliers à des jeunes en situation de précarité. »
La Grande Bibliothèque entretient également des liens avec la Maison du Père, située à un jet de pierre, à qui elle fournit régulièrement des livres.
Une grande mixité d’usagers
Les usagers de la Maison du Père, justement, tout comme bien d’autres personnes vulnérables du secteur, fréquentent couramment la Grande Bibliothèque, où on les accueille d’ailleurs à bras ouverts. Car une mixité sociale marquée et unique caractérise le lieu, attirant autant des usagers « classiques » que des touristes ou des individus en situation de vulnérabilité. « Il n’existe pas de profil type chez nos usagers, révèle M. Nadeau. Il y a autant de personnes sans-abri profitant du Wi-Fi ou de la climatisation que de chercheurs en généalogie ou d’étudiants, et aussi des groupes de camps de jour ou des visiteurs venus boire un café. »
Pour s’adapter à cette pluralité, la bibliothèque s’appuie sur des outils normatifs, notamment le Code des usagers, qui régule le vivre-ensemble à travers le respect des autres et des lieux. « L’accès est ouvert à tous tant que les règles sont respectées. Et en cas de comportements perturbateurs (désorganisation, nuisance), des interventions sont prévues », nous dit M. Nadeau. L’établissement s’est donc adapté à cette réalité en collaborant avec des organismes communautaires et en intégrant des ressources spécialisées, comme des intervenantes sociales.

Janik Fortin, directrice Pôle projets et développement à la SDS Ville-Marie (Courtoisie)
La Société de développement social (SDS) Ville-Marie
Pour ce faire, la Grande Bibliothèque travaille entre autres avec la SDS Ville-Marie, un organisme à but non lucratif (OBNL) initialement axé sur l’employabilité, mais qui, depuis 2010, a recentré sa mission sur la lutte contre l’itinérance et l’exclusion sociale. L’organisation œuvre dans plusieurs immeubles, dont la Grande Bibliothèque, et déploie des programmes de première et de deuxième lignes pour accompagner les personnes vulnérables. « La SDS cherche à impliquer les commerçants, les institutions et les organismes communautaires dans la recherche de solutions durables à ces enjeux sociaux », ajoute Janik Fortin, directrice Pôle projets et développement à la SDS Ville-Marie.
Pour cette professionnelle, la Grande Bibliothèque constitue sans contredit un pôle d’inclusion et de mixité sociale. Il s’agit de l’un des rares lieux publics gratuits, accessibles et ouverts à tous, favorisant cette cohabitation de profils variés. « Elle remplit un rôle allant bien au-delà de la culture : elle offre un espace de refuge pour les personnes vulnérables, leur fournissant chaleur l’hiver, fraîcheur l’été, un accès à des toilettes, à des casiers et à Internet. Pour plusieurs, c’est un rare moment de calme et de sécurité », confie Mme Fortin.
Le lieu permet également d’amorcer un dialogue sur les différences sociales, malgré les tensions possibles. Et pour répondre à ces éventuelles frictions entre usagers, la SDS a intégré sur place, avec la Grande Bibliothèque, un intervenant psychosocial. De plus, l’organisme forme les employés pour leur permettre de mieux comprendre l’itinérance et savoir comment réagir face à certaines situations. « L’objectif est double : désamorcer les tensions et offrir une forme de soutien psychosocial, dit Mme Fortin. Cela permet aux personnes qui souhaitent amorcer des démarches plus poussées de le faire dans un cadre non stigmatisant. » En effet, contrairement à d’autres lieux où l’identification « personne vulnérable » est plus marquée, la Grande Bibliothèque offre un espace plus neutre et inclusif, selon elle.

Priscilla Ananian, vice-rectrice associée à la Relance du Quartier Latin (Courtoisie)
L’UQAM
L’institution d’enseignement supérieur, qui vit aussi avec la réalité du quartier, fait également affaire avec la SDS Ville-Marie, dont les intervenants accompagnent les agents de sécurité pour favoriser une gestion humaine des situations difficiles.
L’UQAM travaille donc main dans la main avec la Grande Bibliothèque pour s’engager concrètement envers les plus vulnérables. Un autre exemple? Tandis que l’université a ouvert une halte-chaleur de nuit pendant l’hiver, la bibliothèque a instauré une halte-chaleur de jour. « Cette mesure permet l’occupation de nos locaux, inoccupés la nuit, afin d’offrir un abri temporaire à certaines personnes », explique Priscilla Ananian, vice-rectrice associée à la Relance du Quartier Latin au sein de l’UQAM. « Ça montre une belle complémentarité entre les deux institutions. »
Une autre collaboration, culturelle et éducative cette fois, entre ces deux importants acteurs de Ville-Marie, est le projet Arborescence. Le parvis de la Grande Bibliothèque étant perçu comme un espace stratégique de revitalisation, l’UQAM, la BAnQ et la SDC du Quartier Latin y proposent un calendrier culturel étoffé. Ce dernier inclut des ateliers de francisation, des spectacles à petite échelle, des cafés-causeries, des ateliers et d’autres activités ayant une portée à la fois artistique et pédagogique. « Ces événements sont conçus pour favoriser l’apprentissage, la socialisation et la mixité sociale dans l’espace public du quartier », mentionne Mme Ananian.
Que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de ses murs, et d’un point de vue culturel, social ou urbain, la Grande Bibliothèque, presque 20 ans après son inauguration, continue donc de jouer un rôle précieux dans la cohabitation de tous ses publics. « Quelles sont nos ambitions futures? », se demande en terminant Sébastien Nadeau. « Rester pertinents, accessibles et alignés avec les besoins des usagers », conclut-il.







