Le Dr Vincent Paradis, directeur de médecine de refuge de l’organisme Proanima (Emmanuel Delacour/EMM)

La gestion animalière de tout Montréal centralisée à Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension

Montréal dispose enfin d’un centre de services animaliers centralisé. Il suffit désormais aux citoyens de composer un seul et unique numéro pour trouver de l’aide avec les animaux abandonnés ou dangereux.

Depuis janvier 2026, le nouvel édifice de l’organisme Proanima a ouvert ses portes au 9350, boulevard Pie-IX, dans Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension (VSP). La création de cet établissement découlait notamment d’une volonté de centraliser les services municipaux sous un seul toit. EST MÉDIA Montréal est allé visiter les installations.

« Grâce à ce nouveau centre, la Ville de Montréal uniformise et renforce ses services animaliers en s’appuyant sur l’expertise reconnue de Proanima, tout en poursuivant sa collaboration essentielle avec la SPCA de Montréal au bénéfice du bien-être animal », indiquait lors d’une coupure de ruban officielle il y a quelques semaines Luis Miranda, responsable de la propreté et des services à la population au comité exécutif de la Ville de Montréal.

(Emmanuel Delacour/EMM)

Jusqu’à tout récemment, c’était la Société de prévention de la cruauté envers les animaux (SPCA) qui était en partie responsable de la gestion animalière à Montréal. L’ouverture de l’établissement permettra ainsi à la SPCA de se concentrer sur sa mission de protection des animaux.

Centraliser le service pour l’ensemble de ses 19 arrondissements a pour avantage d’uniformiser le traitement des demandes, explique le Dr Vincent Paradis, directeur de médecine de refuge de l’organisme Proanima.

En outre, l’organisme est déjà bien installé dans d’autres municipalités du Québec et possède donc une forte expérience dans les environnements urbains. « C’est un avantage de faire partie d’un réseau, avec une succursale à Boucherville et une succursale à Saint-Jean-sur-Richelieu. Si on a trop d’animaux dans un centre, on peut s’entraider. Il y a une force du nombre qui vient avec le réseau en place », souligne le Dr Paradis.

160 M$ sur dix ans

La construction d’un tel centre ne s’est pas faite du jour au lendemain. Après des années de tergiversation sur la création d’un nouvel établissement, la Ville a décidé en 2023 d’accorder le contrat à Proanima.

Il s’agit d’un projet de 160 M$ sur dix ans, incluant l’enveloppe pour la reconstruction du bâtiment (un ancien concessionnaire) et les frais d’exploitation.

S’il reconnaît qu’il s’agit d’un gros montant, le directeur de médecine note que de tels investissements sont nécessaires dans les grands centres urbains. « On offre un service clés en main à la Ville. Toutes les villes sont aux prises avec des enjeux de gestions des animaux. C’est nécessaire de s’en occuper; ce sont des enjeux qu’on ne peut ignorer, insiste le Dr Paradis. Les policiers ne peuvent pas se déplacer pour aller chercher des chats dans la rue, ça n’a pas de bon sens. »

En effet, selon les données fournies par la Ville, 12 000 animaux de compagnie ou de faune sont admis en refuge annuellement à Montréal.

Ainsi, l’édifice, d’une superficie de 39 000 pieds carrés, regroupe une centaine d’employés et déjà plus de 200 animaux y sont hébergés. Lorsque les opérations rouleront à plein régime, on s’attend à y recevoir 7 500 animaux par année.

« Déjà, au premier trimestre, on a reçu environ 15 000 appels téléphoniques », indique le Dr Paradis.

Une offre de service globale

Un large éventail de services animaliers sont offerts au centre Proanima de Montréal.

Cela inclut la prise en charge des animaux pour les personnes qui ne peuvent plus s’en occuper et de l’hébergement temporaire pour les animaux de personnes vulnérables. De plus, un service de stérilisation à moindre coût est octroyé pour les personnes à faible revenu.

(Emmanuel Delacour/EMM)

Les experts de Proanima accompagnent aussi la Ville dans la gestion des chiens mordeurs.

Bien entendu, les animaux rescapés qui cherchent un nouveau domicile sont mis en adoption. Ce service comprend la stérilisation, le micropuçage, les premiers vermifuges et les premiers vaccins de l’animal. Chats, chiens, lapins et animaux exotiques sont disponibles pour l’adoption.

« Depuis janvier, on offre des services d’adoption et jusqu’à présent pratiquement 100 % des gens qui viennent repartent avec un animal », assure le directeur de médecine.

Les installations correspondent aux plus hautes normes en matière de soins animaux. Par exemple, les cages des chats mesurent 5 pieds carrés et sont pensées pour leur offrir le plus grand confort.

Des espaces fermés et sécurisés, où on entend à peine les jappements des chiens, une grande cour arrière pour leur permettre de courir, des installations sanitaires de grande qualité, sont quelques exemples d’aménagements. De plus, un centre de chirurgie permettant d’opérer jusqu’à 20 animaux par jour est prévu.

L’organisme dispose aussi d’une flotte d’une dizaine de camions pour aller chercher les animaux chez les gens qui ne peuvent pas se déplacer.

La gestion des chats au cœur des opérations

Comme dans la plupart des grandes villes d’Amérique du Nord, c’est la gestion de la population de chats errants qui accapare la majeure partie des ressources du centre.

« Ce qu’on veut, c’est mitiger l’impact de ces chats à l’extérieur. Il faut procéder à une stérilisation structurée, afin d’atteindre un taux de stérilisation plus élevé sur le territoire. Sinon, ça ne fonctionne pas », affirme le Dr Paradis.

Proanima pratique donc le CSRM, soit la Capture, Stérilisation, Relâche et Maintien pour gérer efficacement les populations de chats dans la rue.

Effectivement, retirer un chat de la rue ne règle pas le problème, car sa place sera rapidement comblée par un autre chat. Laisser ces chats vivre à l’extérieur limite les ressources disponibles sur un territoire déterminé. « Il n’y a pas de solution magique, il n’y a nulle part dans le monde où on brandi une baguette magique et c’est réglé. On doit se pencher sur la surpopulation des chats », souligne-t-il.

L’épineuse question de l’euthanasie

Un des dossiers les plus controversés pour les établissements de gestion animalière est sans contredit la question de l’euthanasie.

Cette pratique, inévitable selon le Dr Paradis, fait partie de la réalité des soins de santé pour les animaux. « On fait de l’euthanasie et je vous garantis qu’on va toujours en faire, parce que l’euthanasie, c’est un soin nécessaire pour beaucoup d’animaux », résume-t-il.

Il s’agit avant tout d’un acte de compassion dans la plupart des cas, surtout lorsque l’animal est en fin de vie, soit en raison de son état de santé ou à cause d’un accident.

(Emmanuel Delacour/EMM)

« Le chat qui a été frappé sur le bord de la route et qu’un bon Samaritain récupère, malheureusement cet animal est en train de mourir. Il aboutit chez nous, mais cet animal, le soin dont il a besoin ce n’est pas de s’acharner dessus puis de le laisser mourir de lui-même. Il est en train de mourir et il faut donc abréger ses souffrances et lui offrir la plus belle mort possible », insiste le directeur de médecine.

Une autre raison pour laquelle il est nécessaire de procéder à l’euthanasie de certaines bêtes est leur dangerosité. Ce sont toutefois des cas beaucoup plus rares, précise le Dr Paradis.

Quoi qu’il en soit, il ne s’agit jamais d’une décision basée sur le temps, mais plutôt sur des critères décisionnels qui sont tirés de l’expertise des employés du centre animalier.

« On ne se dit pas : dans trois jours, si aucune solution n’est trouvée, on l’euthanasie. Ça ne fonctionne pas comme ça. En revanche, c’est sûr que le chien qui tue les humains, on n’attendra pas deux mois à prendre une décision, il va être euthanasié très rapidement », illustre-t-il.

Toutefois, ce sont environ 70 % des cas qui vont en animalerie pour recevoir des soins, puis passer à l’étape d’adoption. Dans certains cas, des groupes de sauvetage pour les animaux pourront prendre la relève pour offrir un milieu de vie à des animaux dont l’intégration en famille est plus difficile, en raison de leur âge avancé ou de problèmes de santé.

Pour contacter Proanima Montréal : 514 379-2525