(Image tirée de la page Facebook de la Ville de Montréal)

Après trois éditions, Montréal met fin au budget participatif

Lancé en 2020 dans la foulée de la pandémie, le budget participatif de la Ville de Montréal visait à donner aux résidents un pouvoir décisionnel direct sur une partie du budget municipal : celui de proposer des idées, d’en débattre collectivement et de choisir, par un vote ouvert à tous, les projets qui verraient le jour. Après 3 éditions et 101,5 M$ investis, la Ville a décidé de ne pas reconduire l’initiative.

Pour justifier cette décision, l’administration municipale invoque des motifs financiers: « Dans un contexte de rigueur budgétaire marqué par la nécessité d’abolir 1 000 postes pour équilibrer le budget municipal, la Ville doit faire des choix difficiles ».

D’une édition à l’autre, l’enveloppe budgétaire a été revue à la hausse : initialement de 25 M$, elle est passée à 31,5 M$ puis à 45 M$ pour les éditions subséquentes. Dans l’éventualité d’un 4e budget participatif, 60 M$ étaient prévus. À ces montants, l’administration municipale mentionne l’ajout de frais de gestion et de ressources humaines nécessaires au bon fonctionnement du programme. Le financement de l’ensemble du programme provenait du Programme décennal d’immobilisations (PDI) de la Ville, financé grâce à un règlement d’emprunt.

Budget participatif : mode d’emploi

Le budget participatif repose sur un principe simple mais structuré, comme l’explique Isabelle Gaudette, coordonnatrice des pratiques collaboratives et du développement au Centre d’écologie urbaine, mandataire de la Ville pour l’accompagnement dans la mise en œuvre du processus et l’animation des comités mixtes des trois éditions : « C’est un processus démocratique qui vise à ce que la population décide d’une partie du budget d’une municipalité ou d’une organisation. Ce n’est jamais l’ensemble du budget, évidemment, et c’est un processus décisionnel — contrairement à de la consultation. À partir du moment où un budget est attribué, les projets qui se retrouvent sur le bulletin de vote sont faisables et réalisables. Quand ils sont votés par la population, il y a un engagement à les réaliser », explique Mme Gaudette.

Le processus comporte plusieurs étapes. Les citoyens soumettent d’abord leurs idées en ligne, par téléphone ou lors d’ateliers en personne. Pour la 3e et dernière édition (2024-2025), 880 propositions ont été recueillies, dont 519 jugées admissibles selon des critères techniques et financiers. Des comités mixtes — réunissant des représentants de la société civile et des employés municipaux — ont ensuite priorisé des idées et les ont développées en projets, avant qu’une analyse de faisabilité soit effectuée par les arrondissements. Au final, 38 projets ont été soumis au vote public, tenu du 10 février au 17 mars 2025.

Isabelle Gaudette, coordonnatrice – Pratiques collaboratives et développement au Centre d’écologie urbaine (LinkedIn)

Mme Gaudette souligne la dimension éducative du processus : « C’est une façon attractive et positive de construire avec la population des idées pour agir sur sa ville. Lors des ateliers, les gens comprennent mieux comment fonctionne la Ville, les coûts, les juridictions — par exemple, un terrain qui n’appartient pas à la Ville versus un terrain qui lui appartient. Il y a beaucoup d’échanges qui permettent d’apprendre », dit-elle.

Pour la troisième édition, une quarantaine d’activités ont été organisées dans divers milieux et auprès des jeunes et des populations socioéconomiquement défavorisées, afin de rejoindre ceux qui participent le moins habituellement à la vie municipale.

Une participation marquée dans l’Est 

Au total, 28 516 personnes ont voté lors de la 3e édition, soit 1,6 % de la population admissible (toute personne de 12 ans et plus résidant à Montréal). 7 projets ont été désignés lauréats, répartis en 35 sous-projets dans 18 arrondissements.

Lors de la soumission d’idées, ce sont les arrondissements de l’Est qui se sont le plus mobilisés, Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles (RDP–PAT) arrivant en tête. Au moment du vote, cet élan s’est confirmé : Montréal-Nord s’est démarqué en occupant la première position, suivi de Rosemont–La Petite-patrie (RPP) et de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve (MHM).

Du point de vue sociodémographique, le profil des votants demeure relativement homogène d’une édition à l’autre. Pour la première édition, environ les trois quarts des répondants au questionnaire facultatif détenaient un diplôme universitaire, et plus de la moitié s’identifiait comme femmes. La participation des jeunes, quant à elle, reste modeste, passant de 1,5 % lors de la 1re édition à 11 % pour la 3e mouture du budget participatif.

Ville nourricière : dix idées, un seul projet lauréat

Le projet Ville nourricière illustre la logique de consolidation propre au budget participatif. La Ville a confirmé à EST MÉDIA Montréal qu’il « est la somme d’un travail de regroupement de dix idées », parmi lesquelles figuraient notamment une proposition de Sécuriterre intitulée Resilient Communities et une autre des Fruits défendus de Montréal portant sur la plantation de forêts nourricières dans des espaces publics.

La question de l’implication future de ces organismes dans la mise en œuvre du projet demeure ouverte. Selon la Ville, « l’implication éventuelle d’organismes comme Les Fruits défendus ou Sécuriterre dépend des décisions prises par les équipes d’arrondissements responsables du projet » et « le recours aux déposeurs d’idées n’est donc pas systématique mais possible ».

Ce cas de figure illustre également une distinction fondamentale du modèle retenu par la Ville. Comme la Ville l’a précisé dans ses échanges avec EMM, « le budget participatif se distinguait, dans son processus, d’un appel à projets porté par des organismes puisque les projets à terme appartiennent à la Ville ». Et le financement du programme provient du budget d’investissement municipal. « Selon les règles financières en vigueur, ce financement doit être utilisé pour des projets réalisés par les instances municipales elles-mêmes », explique la Ville.

Les projets lauréats de la troisième édition dans l’est de Montréal

Parmi les sept projets lauréats de la troisième édition du budget participatif de la Ville de Montréal, deux d’entre eux visent l’installation de toilettes dans les parcs. Prendre des grandes marches sans souci au bord de l’eau nécessite l’aménagement d’installations sanitaires dans les parcs donnant accès au fleuve. Dans MHM, des travaux sont en cours au parc Pierre-Tétreault, la fin étant prévue au printemps 2026. Le parc du Fort-de-Pointe-aux-Trembles à RDP–PAT bénéficiera également de cette initiative.

Un second projet vise à améliorer l’accès aux toilettes dans les parcs de quartier. À Montréal-Nord, des installations sont prévues aux parcs Pilon, Sauvé et Henri-Bourassa, les travaux sont envisagés en 2027 ou 2028, et la livraison est prévue pour 2028. À RPP, les parcs De Gaspé et Beaubien sont en analyse préliminaire, avec une livraison prévue à l’été 2027. À Saint-Léonard, des installations sont projetées au parc-école Laurier-Macdonald ainsi qu’à proximité des terrains sportifs de l’École secondaire Antoine-de-Saint-Exupéry. Dans Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension (VSP), huit sites sont ciblés, dont les parcs George-Vernot et Villeray.

Projet « Verdir des milieux insolites en ville » (Courtoisie de la Ville de Montréal)

L’initiative Ville nourricière, quant à elle, prévoit l’aménagement ou la préservation d’espaces destinés à la culture de fruits, légumes et plantes comestibles, accompagnés d’activités éducatives. À Montréal-Nord, des interventions sont prévues au Centre de loisirs Montréal-Nord et à la place Charleroi. À Saint-Léonard, un site est ciblé aux Dolmens, à l’angle des boulevards Viau et Robert. Du côté de Ville-Marie, on relocalise actuellement le Potager du Voyageur sur la rue Notre-Dame et d’autres sites dans Sainte-Marie–Saint-Jacques font présentement l’objet de travaux. Enfin quatre sites dans l’arrondissement de VSP sont concernés dont les parcs François-Perrault et Paul-Ouellette.

Un autre projet, intitulé Les fesses au chaud, prévoit l’installation de toilettes autonettoyantes accessibles en tout temps. Il comprend notamment une intervention au parc Spalding, à Anjou, avec une livraison prévue à l’automne 2026, ainsi qu’au parc Baldwin, dans le Plateau-Mont-Royal. À Ville-Marie, des sites comme le parc des Royaux et la place Sun-Yat-Sen sont à l’étude.

Le verdissement constitue un autre axe important mis de l’avant par le budget participatif. Le projet Verdir des milieux insolites en ville vise l’ajout d’espaces verts dans des zones fortement minéralisées. Il se déploiera dans trois arrondissements dont Montréal-Nord. L’emplacement est encore à déterminer, la Ville hésitant entre le Centre de loisirs Montréal-Nord et l’Espace Rolland. Des travaux sont aussi prévus au printemps sur un site situé près de la station de métro Saint-Laurent, à Ville-Marie.

Le projet Des intersections transformées en oasis urbaines prévoit des aménagements paysagers pour réduire les îlots de chaleur et accroître la biodiversité. Dans RPP,  14 intersections seront réaménagées, et à Saint-Léonard, des interventions sont envisagées sur le boulevard Langelier ainsi que sur la rue Puyseaux.

Projet « Des intersections transformées en oasis urbaines » (Courtoisie de la Ville de Montréal)

Enfin, le projet Baignade en douceur pour toutes et tous vise l’installation de rampes et de monte-personnes dans plusieurs piscines municipales. Dans l’Est, des interventions sont prévues à la piscine Pierre-Lorange (MHM), aux piscines extérieures de Montréal-Nord et au Complexe aquatique Rosemont.

La Ville a réitéré son engagement à concrétiser l’ensemble des projets lauréats des trois éditions. Leur réalisation se poursuivra au cours des prochaines années, les arrondissements étant responsables de leur mise en œuvre.

Aucun programme de remplacement du budget participatif à l’échelle de la Ville n’a été annoncé. L’instance municipale a évoqué la possibilité que certains arrondissements le relancent localement — une piste qui existe déjà. En effet, le Plateau-Mont-Royal et Ahuntsic-Cartierville sont parmi les arrondissements ayant déjà mis en place un budget participatif à l’échelle locale.

Pour suivre l’état d’avancement des projets lauréats des trois éditions, visitez le montreal.ca.