
Le Show de ruelle de Gab Bouchard (Image tirée de la page Facebook de la SDC Hochelaga)
30 mai 2025LES FESTIVALS, UN MOTEUR DE RASSEMBLEMENT DANS L’EST
Reconnu pour ses festivals et autres rassemblements urbains, Montréal en propose une multitude chaque été. L’est de la métropole ne fait pas exception, et quelques-uns de ces événements, à la fois festifs et rassembleurs, s’y déroulent aussi. Les Shows de ruelle, dans Hochelaga, attirent chaque saison des milliers de curieux et créent des moments uniques. Et le festival Vue sur la relève, se passant entre autres à la maison de la culture Claude-Léveillée, dans Saint-Michel, permet de faire (re)découvrir ce secteur parfois méconnu culturellement. Discussion autour de la culture des festivals dans l’est de Montréal avec deux de ses acteurs.
Événements culturels uniques à Montréal, Les Shows de ruelle se déploient au mois d’août sur la toute petite artère Gaboury qui longe le parc Morgan, au cœur du quartier Hochelaga. L’implantation dans ce lieu, à la fois familier des résidents et peu conventionnel, transforme les spectacles en expériences quasi communautaires. « L’environnement distinct de la ruelle ajoute à la singularité du projet et participe à l’objectif de rapprocher les gens de la culture de manière décontractée et locale », indique l’idéateur et organisateur des Shows de ruelle, Patrick Legault, aussi directeur général de la Société de développement commercial (SDC) Hochelaga.

Patrick Legault, directeur général de la SDC Hochelaga et idéateur des Shows de ruelle (Courtoisie)
En effet, l’initiative, à la base, visait à sortir les artistes des grandes scènes traditionnelles pour les amener dans des endroits plus intimes afin de briser la barrière avec le public. « On souhaitait réduire la distance physique et émotionnelle qui existe habituellement dans le contexte d’un spectacle régulier », ajoute-t-il. « La proximité est centrale au format de notre événement, elle favorise une expérience plus humaine et directe. »
Plus au nord a lieu chaque printemps le festival Vue sur la relève, un événement pluridisciplinaire qui présente autant de la danse, du théâtre, du conte que de la musique, et qui met l’accent sur les artistes émergents. Le festival attire un public varié en âge et en origine, et a lieu notamment dans Saint-Michel.
L’événement joue un rôle fédérateur dans la vie culturelle et sociale de ce quartier, pense le directeur général. « Notre volet extérieur attire les passants par simple curiosité, ce qui participe à créer de nouveaux publics qui découvrent aussi la maison de la culture Claude-Léveillée. » Ce lieu, gratuit et accessible, permet également à des personnes avec des moyens financiers plus limités de profiter aussi du festival.
Des retombées sans équivoque
Les Shows de ruelle attirent autant des gens du quartier que des visiteurs de l’extérieur, ce qui engendre des retombées économiques importantes. « Ils agissent comme une locomotive dans la revitalisation du secteur », indique Patrick Legault. Les commerçants locaux, que ce soient les bars, les restaurants, les dépanneurs ou les épiceries, en raison de la forte affluence, en profitent. « Notre événement agit ainsi comme un vecteur de découverte, non seulement du quartier, mais de ses commerces. »
Jovan Savoie, du festival Vue sur la relève, va même plus loin : « Une étude récente a démontré que les arts et la culture génèrent une activité économique notable dans les quartiers, par exemple via la restauration et l’hôtellerie. Les subventions publiques dans ce domaine doivent donc être plutôt perçues comme des investissements, avec des rendements sociaux et économiques tangibles. »

L’artiste Ève Constantin lors du festival Vue sur la relève 2024 à la maison de la culture Claude-Léveillée (Courtoisie/Vanessa Fortin)
Sentiment d’appartenance
Les organisateurs des Shows de ruelle travaillent à promouvoir l’est à travers l’intégration d’artistes et d’équipes techniques issues du territoire. Un effort particulier est même fait pour inclure des artistes ayant un lien direct avec le quartier lui-même, comme le Cirque Alfonse et Mononc’ Serge, qui se sont produits dans leur propre environnement de vie. La collaboration avec les résidents de la ruelle est aussi très forte, les loges étant installées dans leurs appartements. « Et ceux-ci participent activement à l’ambiance en organisant leurs propres partys lors des spectacles, dans leur cour », illustre Patrick Legault.
Chez les autres résidents aussi, l’événement d’Hochelaga favorise un sentiment croissant d’appartenance. Ils reviennent d’année en année, impatients de découvrir la programmation, ce qui renforce les liens sociaux et l’implication citoyenne. « On constate une belle fidélité du public local et une reconnaissance mutuelle entre organisateurs et résidents », mentionne le directeur général de la SDC Hochelaga.

Jovan Savoie, directeur général du festival Vue sur la relève (Courtoisie)
Même son de cloche du côté du festival Vue sur la relève. « Il permet aux gens du quartier de se croiser, d’échanger et de partager des expériences communes, parfois fortuites », avance son directeur général, Jovan Savoie. « De plus, il offre aux artistes provenant d’autres quartiers une chance d’en découvrir un nouveau et la communauté qui y vit. »
Bien qu’il ne soit en poste que depuis un an et demi, M. Savoie remarque une montée progressive du sentiment d’appartenance dans le quartier grâce au festival. « Contrairement aux plateformes numériques où chacun consomme à son rythme, l’art vivant rassemble les gens dans un temps et un lieu communs. Il s’agit d’une expérience partagée qui contribue à tisser des liens sociaux. »
En accord avec l’importance, à ses yeux, des expériences culturelles partagées, Patrick Legault se remémore le Show de ruelle de Bran Van 3000, le premier après la pandémie. « L’émotion collective de se retrouver en groupe devant un spectacle était palpable. Et plus largement, c’est le genre d’événements qui contribue à améliorer la perception que les gens ont de l’est de Montréal. Historiquement associé à des problématiques sociales, l’est met en lumière, de cette façon, tout son dynamisme et sa richesse culturelle », conclut-il.














