À gauche, le terrain situé sur le site de l’ancien hôpital Grace Dart (Courtoisie Maître Carré)

Faute de fonds, la création d’une coopérative d’habitation dans MHM est en péril

Des citoyens porteurs d’un projet de coopérative d’habitation sur le site de l’ancien hôpital Grace Dart craignent de ne pas voir leurs plans se concrétiser. Ils risquent de perdre le terrain qui leur a été réservé par la Ville, faute de financement pour lancer l’initiative.

En novembre 2024, la Ville de Montréal a accordé à la coopérative d’habitation l’Espoir de l’Est une « préséance » quant à l’acquisition d’un terrain municipal situé à l’angle des rues Sherbrooke Est et Du Quesne, dans l’arrondissement de Mercier—Hochelaga-Maisonneuve (MHM).

Dans la lettre de réservation de la Ville, qu’EST MÉDIA Montréal (EMM) a pu consulter, l’administration pose quelques conditions à cette préséance sur le terrain d’une superficie de 2 309,5 m². Parmi ces conditions, les 15 citoyens porteurs du projet doivent confirmer le montage financier du projet « dans un délai de 24 mois des présentes ». Ainsi, l’initiative a jusqu’au mois de novembre 2026 pour boucler le financement du fonds de démarrage de la coopérative, qui s’élève environ à 60 000 $.

Or, au moment où cette promesse de réserve sur le terrain a été énoncée par Montréal, Québec avait tout juste mis la hache dans le programme de financement de logement social AccèsLogis, pour le remplacer par le Programme d’habitation abordable Québec (PHAQ). « Avec le gouvernement qui a arrêté de déposer des fonds dans le programme AccèsLogis, cela fait en sorte que pour démarrer une coopérative d’habitation, c’est vraiment difficile », explique Stéphanie Boulianne, présidente du noyau fondateur de la coopérative l’Espoir de l’Est. Cette dernière souligne que l’obtention de ces fonds de démarrage est aussi nécessaire pour se qualifier au financement fédéral pour la création de logements sociaux.

En effet, afin de pouvoir déposer des demandes de subventions auprès de différents bailleurs de fonds gouvernementaux, les porteurs d’un tel projet doivent avoir en main plusieurs documents de démarrage, notamment des études de caractérisation environnementale, des études géotechniques et des certificats de localisation, dont le coût s’élève à plusieurs milliers de dollars, somme que la coopérative n’a toujours pas en main.

« Ce sont des documents que la Ville demande, mais on est un peu coincés. Les fonds pour le démarrage de logement social qui existaient avec AccèsLogis n’existent plus dans le cadre du PHAQ. Alors, si la Ville nous donne 50 000 $, on va le lancer, le projet. Mais pour l’instant on n’a pas cet argent », se désole Lili Bergeron, chargée de projets chez InfoLogis de l’Est de l’île de Montréal, organisme qui prête main-forte aux citoyens dans leurs démarches.

Mme Bergeron demande donc que Montréal accorde une extension aux citoyens pour trouver les montants nécessaires, sans quoi le terrain en question, évalué à 1,9 M$ par le rôle foncier de la Ville, pourrait retourner sur le marché et être racheté par un autre promoteur.

Un plan architectural du projet monté par la firme Rayside Labossière (Courtoisie Rayside Labossière)

C’est une situation qu’ont déjà connu les citoyens porteurs du projet, alors qu’il y a quelques années, ils espéraient pouvoir fonder leur coopérative sur un terrain des Cours Bellerive, dans l’est de MHM. Finalement, le terrain appartenant à la Ville avait été acquis par l’OBNL Mission Unitaînés pour la construction de logements abordables pour les personnes âgées.

Cette fois-ci, la phase préparatoire du projet semble bien avancée, selon les documents fournis par InfoLogis. Les travaux d’architecture de la coopérative sont menés par la firme Rayside Labossière et des plans d’aménagement ont déjà été préparés. La coopérative est aussi accompagnée dans le processus par Bâtir son quartier, une entreprise d’économie sociale qui coordonne la réalisation de projets immobiliers communautaires ou sociaux.

Au total, le projet préliminairement estimé à 35 M$ permettrait de sortir de terre 75 logements, dont 38 subventionnés et 18 adaptables.

Un nouveau programme pour sauver la mise?

Que ce soit au niveau fédéral, provincial ou municipal, tous les élus s’accordent pour appuyer le projet. Toutefois, peu d’engagements concrets ont été mis de l’avant publiquement par ceux-ci pour assurer qu’il ne tombe pas à l’eau.

Dans un courriel envoyé à EMM par le cabinet du comité exécutif de la Ville de Montréal, l’équipe des relations médias de l’élue responsable de l’habitation et de l’urbanisme, Caroline Braun, indique que « le canal de communication est ouvert » avec les membres de la coopérative et qu’un « accompagnement est offert par la Ville de Montréal ».

En outre, on reconnaît qu’il « est juste de dire que la réservation a une durée limitée dans le temps. Nous sommes toutefois sensibles aux préoccupations du groupe et poursuivons les efforts avec celui-ci », ajoute-t-on dans le courriel.

Un partenariat récemment lancé entre Montréal et le fonds « Plancher » de la Fédération de l’habitation coopérative du Québec pourrait donner un coup de pouce au fonds de démarrage de l’Espoir de l’Est, car ce financement prévoit des prêts au prédéveloppement pouvant aller jusqu’à 250 000 $ par projet afin d’accélérer la réalisation d’habitations hors marché sur les terrains appartenant à la Ville.

Du côté du bureau de la députée Karine Boivin Roy, élue provinciale d’Anjou–Louis-Riel, circonscription dans laquelle se trouve le terrain convoité, on assure appuyer le projet. L’attaché politique de Mme Boivin Roy, Pierre Trudel, confirme avoir rencontré les citoyens concernés et on envisage une aide financière à même un fonds discrétionnaire accordé aux élus, mais son montant n’a pas pu être confirmé par le bureau de Mme Boivin Roy.

Enfin, dans une lettre datant de novembre 2025, la députée fédérale d’Hochelaga—Rosemont-Est, Marie-Gabrielle Ménard, exprimait son « appui sincère et enthousiaste » quant au projet de coopérative. Rejoint par EMM, son cabinet confirme dans un courriel avoir rencontré l’équipe derrière le projet.

« J’ai également facilité des échanges avec la secrétaire parlementaire de la ministre du Logement et de l’Infrastructure, Mme Caroline Desrochers, ainsi que des représentants du ministère. Ces échanges ont permis d’explorer différentes avenues pour le projet. Nous continuons de suivre ce dossier de près et de soutenir les démarches en cours », affirme Mme Ménard dans le courriel.