Les artéfacts ont été obtenus lors de fouilles archéologiques effectuées en 2016-2017 sur le terrain où se situe la nouvelle Maison de Radio-Canada (Emmanuel Delacour/EMM)

Faubourg à M’lasse : des trésors du passé ouvrier de Montréal obtenus par la Ville

Des milliers d’artéfacts archéologiques en provenance de l’ancien quartier du Faubourg à M’lasse ont récemment été acquis par la Ville de Montréal. Si ceux-ci sont entreposés à l’abri des regards, le public pourrait éventuellement y avoir accès dans le cadre d’expositions montées par les musées locaux.

En mai dernier, le comité exécutif de la Ville a voté en faveur d’un projet de convention de prêt avec la Société Radio-Canada et la Société en commandite La Nouvelle Maison. Ce prêt perpétuel vise à mettre entre les mains de la Réserve des collections archéologiques de la Ville de Montréal des objets découverts lors de fouilles menées en 2016 et 2017.

Dans une impressionnante liste de plus de 360 pages, on recense les artéfacts déterrés il y a dix ans dans le stationnement de Radio‑Canada, avant le début des travaux de construction de la nouvelle Maison de Radio‑Canada. De la poterie, des pipes, des objets de fer et des jouets figurent parmi le long inventaire dressé par les archéologues de la firme Ethnoscop, embauchée à l’époque par le promoteur Broccolini, propriétaires des terrains. Les artéfacts sont contenus dans un total de 47 boîtes de format archive.

« Cette collection couvre un large éventail d’activités : chasse, pêche, agriculture, vie domestique et industrielle. Elle constitue un patrimoine matériel précieux, représentatif de l’évolution du territoire et de ses habitants, les Montréalaises et les Montréalais, du passé jusqu’à aujourd’hui », met en relief la Ville dans ses documents décisionnels.

Les interventions archéologiques ont été réalisées avant le début des travaux de construction de la nouvelle Maison de Radio‑Canada. Contacté par EST MÉDIA Montréal, Broccolini n’a pas souhaité commenter à ce sujet.

« Il s’agit d’artéfacts et d’écofacts associés à des contextes d’occupation domestique dans un secteur faisant partie du faubourg Sainte‑Marie. Ces vestiges témoignent de l’occupation et du développement du faubourg au cours du XIXe siècle », explique Hugo Bourgoin, relationniste à la Ville de Montréal.

Ainsi, la collection dévoile le passé manufacturier et industriel du secteur, assez récent. Questionnée à ce propos, la Ville indique qu’on ne retrouve pas d’artéfacts attribuables à une occupation autochtone. « À ce jour, aucune trace d’occupation autochtone n’a été mise en évidence dans les secteurs fouillés, ce qui pourrait s’expliquer par les perturbations importantes causées par le développement urbain subséquent », précise-t-on.

Au moment d’écrire ces lignes, la firme Ethnoscop n’avait pas retourné notre demande d’entrevue. Toutefois, sur son site internet on peut lire que les fouilles « ont permis la mise au jour de vestiges de manufactures et d’industries, dont une ancienne fabrique de savon et de chandelles, ainsi que des installations du moulin à scie Munro, devenues plus tard la Dominion Metal Works ». De plus, des éléments architecturaux de l’hospice Sainte-Brigide ont été découverts, ainsi que les murs de plusieurs habitations du quartier. Les interventions ont permis « d’ouvrir une fenêtre inédite sur les conditions de vie des résidents de ce modeste quartier montréalais », ajoute Ethnoscop.

Conservés loin des yeux du public

À l’heure actuelle, la collection est conservée à la Réserve des collections archéologiques de la Ville de Montréal, située au 333, rue Peel et « aucun projet d’exposition n’est prévu », souligne-t-on à la Ville.

« La Réserve n’est pas ouverte au public, mais les institutions culturelles et scientifiques peuvent soumettre une demande d’accès. Par ailleurs, des visites ponctuelles sont organisées dans le cadre d’événements spéciaux, tels que le Mois de l’archéologie », indique M. Bourgoin.

Dans ses documents, la Ville souligne que l’un des moyens de diffusion des artéfacts consiste à prêter des objets à des institutions muséales pour des expositions permanentes ou temporaires. Ainsi, dans le passé, le Musée Pointe-à-Callière a monté des expositions à partir d’objets en provenance de la Réserve.

Selon la Ville, ce dépôt permet d’assurer la conservation à long terme de la collection, tout en favorisant son accessibilité à des fins de recherche, d’étude et de mise en valeur, conformément à la mission de la Réserve.

Selon les plus récentes données de la Ville, la Réserve comprend plus de 7 500 objets dont les plus anciens datent de plus de 4 000 ans.