
Le Technopôle Angus en mai 2023 (courtoisie SDA)
4 août 2026Un été occupé à la Société de développement Angus
Avec une multitude de nouveaux projets annoncés dans les derniers mois, la Société de développement Angus (SDA) se veut désormais un vecteur de revitalisation à Montréal, mais aussi dans plusieurs villes du Québec. Son président et chef de la direction, Christian Yaccarini, nous a accordé une entrevue pour faire le point à ce sujet.
La SDA ne chôme pas cet été. Aux plus récentes nouvelles, l’entreprise d’économie sociale pilote une douzaine de projets et chantiers, dont celui du Quartier Namur-Hippodrome. En effet, l’époque à laquelle le développeur immobilier se concentrait exclusivement à créer un nouveau quartier dans l’ancien secteur des « shops Angus » est révolue, et il s’attaque à de nouveaux horizons.
Dans le cas du secteur de l’ancien hippodrome, c’est à la SDA que reviendra le rôle de poser la première brique. « On veut être une bougie d’allumage pour le secteur de Blue Bonnet », résume M. Yaccarini.
Celui-ci ne ferme pas la porte à une participation à plus long terme dans le Quartier Namur-Hippodrome, mais la SDA ne vise pas le développement de l’ensemble du secteur, qui à terme pourrait accueillir entre 18 500 et 20 000 logements.
Ainsi, la SDA prévoit tout d’abord y développer 477 logements abordables lors d’une première phase, pour éventuellement atteindre 1 000 unités construites lors de phases subséquentes.
Mais entre-temps, le promoteur a dans ses cartons des projets dans le quartier Ahuntsic, à Laval et à Rimouski. Comment alors cette entreprise d’économie sociale, avec seulement 39 employés, parvient-elle à réaliser un si grand nombre de chantiers?

Christian Yaccarini, président et chef de la direction de la Société de développement Angus (courtoisie Ulysse Lemerise)
Tout ne se fait pas en même temps, explique M. Yaccarini.
« Nous partons la première phase de Laval avant de lancer Blue Bonnet, parce que pendant ce temps-là, Blue Bonnet, il faut faire des plans. Puis, à Laval on a 1 000 logements en construction, mais à la fin de l’automne 2027, Rimouski est terminé. Ils ne sont pas tous en même temps », illustre le président de la SDA.
Précisons que les travaux au Carré Laval devraient débuter sur le boulevard Daniel-Johnson, au coin du boulevard Du Souvenir, au début de l’année 2027. Les premiers logements devraient être disponibles au courant de l’année 2029, et l’ensemble des unités devrait être livré en 2032. Entre-temps, à Ahuntsic, le projet Terra Nostra permettra d’édifier un premier bâtiment dans l’Écoquartier Louvain. Il s’agira d’un complexe immobilier de 323 logements qui sera détenu par un OBNL pour offrir des prix en deçà de ceux du marché. Le chantier a été lancé ce printemps.
Le président de la SDA confie que l’entreprise gère entre en tout temps un ensemble de projets dont la valeur totale varie entre 400 M$ et 450 M$. Des sommes importantes, sans conteste, mais la SDA ne vise pas une expansion sans frein. « On ne se promène pas au Québec pour aller chercher des terrains, pour les acquérir », souligne-t-il.
Effectivement, les incursions en dehors du Grand Montréal, qui visent pour l’instant les villes de Rimouski, Sorel, Sherbrooke et Gatineau, ont été faites en collaboration avec les élus locaux.
Revitaliser les centres-villes
C’est d’ailleurs un peu à l’image de la revitalisation du Vieux-Pointe-aux-Trembles que la SDA souhaite redonner vie à ces centres-villes. Effectivement, comme dans la célèbre chanson des Colocs, on dirait qu’une bombe est tombée sur plusieurs rues Principale partout dans la province.
« Il y a beaucoup de centres-villes qui ne vont pas bien au Québec et c’est toujours pour la même raison : la caisse populaire et la SAQ déménagent dans un centre d’achat et tout le reste s’effondre. Les gens ne fréquentent plus les quartiers centraux et ça tire tout vers le bas », observe M. Yaccarini.
La solution? Ramener une offre mixte de logements abordables et de commerces de proximité « à deux pas de l’hôtel de ville » pour redonner une impulsion au cœur de ces villes.
À Rimouski, on parle d’un projet déjà bien entamé, avec un chantier de 328 unités résidentielles lancé en 2025 en bordure du fleuve Saint-Laurent. Les locataires devraient pouvoir y emménager à l’été 2027.
Ensuite, à Sherbrooke, M. Yaccarini mentionne quatre terrains à proximité de l’hôtel de ville. Deux de ceux-ci serviront à la construction d’environ 200 logements, tandis que sur les autres terrains, on prévoit la relocalisation du Musée des beaux-arts de Sherbrooke, ainsi que la création d’un hôtel et d’un centre des congrès.
Enfin, à Gatineau, c’est un « très grand terrain » qui est dans la mire de la SDA. « On ferait quelque chose de semblable à ce qu’on a fait dans Angus, ici. On en aurait pour dix ans si on fait ça », souligne-t-il, rappelant que les discussions avec les élus de Gatineau se poursuivent.
Mais cela ne peut se faire en silos. Ainsi, c’est en établissant peu à peu un lien de confiance avec les acteurs du milieu que la SDA est parvenue à entreprendre son impressionnante croissance dans les dernières années. « Tout d’abord, on a livré nos précédents projets à temps sans dépasser les coûts. Puis, on a de bonnes relations avec nos partenaires professionnels, qui ont su développer l’expertise nécessaire afin de mener à terme nos types de projets », souligne M. Yaccarini.
C’est sans compter l’appui inestimable du mouvement Desjardins depuis les 30 dernières années, « qui nous permet réellement de faire du logement abordable sans demander des sommes énormes au gouvernement », met-il en lumière.
« Lorsqu’on a construit nos 1 000 premiers logements, l’apport du gouvernement était de 193 M$. Mais on savait qu’on ne pourrait pas toujours demander de telles sommes à Québec. C’est pourquoi on est allé voir Desjardins pour la suite. Maintenant, des projets comme Blue Bonnet, pour 1 000 logements, l’apport du gouvernement, c’est environ 35 M$. C’est comme ça qu’on réussit à livrer du logement abordable », explique le président.
Mais tout n’est pas toujours rose quand on tente de transformer des quartiers complets. Certains projets n’ont pas la chance de lever, comme celui d’un redéveloppement dans le quartier de Saint-Michel, dont la rumeur avait couru, malheureusement mort dans l’œuf, faute de mettre la main sur un terrain.
Et même lorsqu’une idée se concrétise, comme celle de construire du logement sur le site d’un ancien concessionnaire à Montréal-Est, il arrive que du sable se retrouve dans l’engrenage. En effet, bien que ce projet de 200 logements qui devrait être lancé en 2027 au coin de la rue Notre-Dame Est et de l’avenue Broadway soit toujours au programme, il a fallu se réajuster.
« Le problème, c’est la question du stationnement. Ici (dans le secteur Angus) on ne prévoit pas une case de stationnement pour chaque logement. C’est toutefois impossible de ne pas fournir un espace de stationnement pour chacune des unités à Montréal-Est, car c’est encore le mode de transport principal. Il a fallu qu’on retourne à nos planches à dessin et ça coûte cher du stationnement », indique M. Yaccarini.
Va-t-on voir d’autres projets immobiliers de la SDA dans l’est de Montréal bientôt? Il s’agit en effet d’un de ses axes stratégiques de participer à la revitalisation du secteur. Toutefois, outre le projet à Montréal-Est précédemment mentionné, la SDA n’entrevoit pas de chantier sur le territoire dans l’immédiat.
Cela ne signifie pas pour autant qu’elle ne prendra pas part à d’autres sortes de projets dans le secteur. « Ça reste une priorité l’Est. Alors, on a monté une petite équipe dont la mission est de voir ce que la SDA peut y apporter sans y faire un projet immobilier. On a rencontré 55 partenaires, le CIUSSS, la Chambre de commerce, Parc olympique et ainsi de suite, pour connaître leur vision du territoire et voir comment on pourrait intervenir pour y créer de véritables retombées », affirme M. Yaccarini.







