Section de la plage de l’Est (Marie-Hélène Chartrand)

Un été au fil de l’eau dans RDP-PAT

Ces dernières années, l’arrondissement de Rivière-des-Prairies−Pointe-aux-Trembles (RDP-PAT) a multiplié les initiatives pour faciliter l’accès aux berges et favoriser les activités nautiques. EST MÉDIA Montréal a récemment visité quelques-uns de ces lieux et sondé certains usagers sur le terrain, question de faire un tour d’horizon des aménagements récents et des activités nautiques à essayer cet été à la pointe est de l’île.

Plage de l’Est, une oasis urbaine

Le premier arrêt de notre tournée est un des projets phares de l’accessibilité aux berges :  la plage de l’Est. Achevée en 2020, la transformation de l’ancienne marina Beaudoin a notamment permis la création d’une plage de galets, d’une promenade et d’une jetée d’observation. Lors de la visite d’EST MÉDIA Montréal, le lieu était animé : certains jouaient au volleyball, d’autres pique-niquaient sur l’herbe et une dizaine d’enfants se rafraichissaient dans les jeux d’eau.

Assise sur un banc, Yvette, une résidente de Montréal-Est, partage son enthousiasme : « Je viens ici au moins une fois par semaine, j’aime ça venirvici pour entendre le bruit de l’eau, c’est vraiment bien fait. » Elle dit aussi préférer la plage de l’Est aux berges du parc Bellerive dans Mercier–Hochelaga-Maisonneuve en raison de sa tranquillité.

La plage de l’Est est également devenue un lieu d’activités nautiques encadrées. Il est possible d’y louer des kayaks, de participer à des excursions guidées du vendredi au dimanche, ou encore de s’initier à la pêche. D’autres événements ponctuels viennent enrichir la programmation estivale, comme la sortie « Découverte de l’Île Bonfoin » prévue le 9 août prochain, qui combine randonnée en kayak et marche guidée sur une île méconnue à la pointe est de Montréal. De plus, jusqu’au 31 octobre, une exposition temporaire sur les fouilles archéologiques réalisées sur le site permet de découvrir la richesse patrimoniale et autochtone de la plage.

Plage de l’Est (Marie-Hélene Chratrand)

Malgré cette offre diversifiée, des citoyens rencontrés sur place pointent des lacunes. Andrée Blackburn, une habituée du secteur, déplore le manque d’entretien : « Il y a du laisser-aller! Je ne sais pas s’ils ont nettoyé les berges. Il y a beaucoup d’excréments de… d’outardes je crois. » Son conjoint, Richard Brunel, renchérit : « On n’a jamais vu d’employés nettoyer. Il y a de l’herbe qui pousse à certaines places où ça ne devrait pas pousser sur la plage. On voit que ce n’est pas entretenu, » affirme celui-ci.  Yves Léonard, cycliste de passage venu de Montréal-Nord, abonde dans le même sens : « Je trouve ça plate à cause des outardes et tout ça, dans le sens que tu ne peux pas marcher sur le bord de l’eau, parce que c’est plein de merde, » dit-il.

Enfin, la baignade demeure toujours interdite. Rappelons que le site se trouve dans une zone identifiée comme habitat essentiel du chevalier cuivré, un poisson en voie de disparition. Cette désignation fédérale empêche la Ville de procéder à des travaux de décontamination du littoral et à l’installation d’un quai permanent. Des études supplémentaires sont en cours afin de proposer un projet qui satisferait les exigences de Pêches et Océans Canada dans de telles circonstances, mais aucune échéance n’a été annoncée quant à la levée de l’interdiction ni pour le dépôt d’un projet du côté de la Ville.

Parc Pierre-Payet : nature et quiétude

Deuxième arrêt de notre tournée : le parc Pierre-Payet, un espace riverain situé à proximité de la plage de l’Est, qui a fait l’objet d’un projet de stabilisation des berges visant à limiter l’érosion et restaurer l’écosystème. Ces travaux ont permis de préserver l’accès au fleuve tout en renforçant la qualité de l’environnement naturel.

Parc Pierre-Payet (Marie-Hélène Chartrand)

Un couple rencontré sur place affirme y venir quotidiennement pour observer le décor et profiter du calme. « Ce matin, j’ai pris des photos, il y avait une trentaine d’outardes qui se baignaient,» affirme Paul. Le tandem de résidents se déclare satisfait du résultat des travaux effectués, mais mentionnent qu’ils auraient apprécié l’ajout de toilettes publiques et de balançoires.

Parc du Fort-de-la-Pointe-aux-Trembles, un lieu de rendez-vous au bord du fleuve

Poursuivant notre tournée, nous nous sommes arrêtés au parc du Fort-de-la-Pointe-aux-Trembles, au cœur du Vieux-Pointe-aux-Trembles. Le site a lui aussi connu une transformation d’envergure. Les travaux ont permis de réaménager l’esplanade riveraine, de créer une place publique, une plage urbaine et de favoriser une connexion fluide entre la place du village et le fleuve. L’ajout du café-bar saisonnier « La Buvette du Quai » a complété cette métamorphose. L’établissement est ouvert de juin à septembre et offre une ambiance musicale en soirée.

Sur le site, plusieurs tables à pique-nique ont été aménagées; c’est d’ailleurs l’activité à laquelle s’adonnait plusieurs personnes dont deux aînées, prénommées toutes les deux France, rencontrées lors de notre passage. Elles s’étaient rendues à destination grâce à l’activité Aînées actifs à vélo.

Ce programme, de L’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées de la Pointe-de-l’ Île de Montréal  (AQDR) en collaboration avec d’autres partenaires, permet à des aînés de briser l’isolement par des balades en vélo-taxi et des pique-niques conviviaux. Interrogées sur les nouveaux aménagements, l’ajout de mobilier urbain est ce qui est ressorti de leurs commentaires : « Je n’ai jamais vu autant de tables à pique-nique! », s’exclame l’une des deux France.

France et France en compagnie de leur « pédaleur » et de Chanel, intervenante auprès des personnes aînées (Marie-Hélène Chartrand)

Kamel profite de sa journée de congé pour se détendre au bord du fleuve (Marie-Hélène Chartrand)

Un peu plus loin, Kamel, profite de sa journée de congé pour faire des mots cachés assis sur une chaise à l’ombre du belvédère situé derrière La Maison du citoyen, à Pointe-aux-Trembles. « C’est agréable, c’est convivial, j’apprécie le calme, mais je viens rarement comme mon travail ne me le permet pas », dit-il.

Enfin, un service de navette fluviale saisonnier relie désormais le parc du Fort-de-la-Pointe-aux-Trembles au Vieux-Port de Montréal. Cette traversée du fleuve Saint-Laurent, d’une durée de moins de 30 minutes, offre une alternative pratique et agréable pour se rendre dans l’est de la ville ou en revenir.

Visiter les Jeunes Marins Urbains au parc Clémentine-De La Rousselière

Le dernier arrêt de notre tournée et non le moindre est celui du parc Clémentine-De La Rousselière.  Des travaux effectués en 2023 ont permis d’ajouter au décor des quais flottants et un belvédère assorti

Yves Plante, fondateur des Jeunes Marins Urbains (Marie-Hélène Chartrand)

d’une passerelle. Sur place, plusieurs activités nautiques sont proposées par Jeunes marins Urbains (JMU), un organisme à but non lucratif voué à la démocratisation des sports nautiques. « On veut initier des gens au fleuve », affirme Yves Plante, co-fondateur et président de JMU.

Depuis sa création en 2015, JMU met à la disposition du public des chaloupes et des voiles-avirons. Cette année, l’éventail s’est élargi avec l’ajout de planches à pagaie. « On amène quand même près de 2000 personnes par été. Et depuis 3 ans, toutes les activités sur l’eau sont (offertes par JMU) sont gratuites », fait-il remarquer.

Outre la location d’équipements, l’organisation propose d’autres activités comme des ateliers de maquettes de voiles-avirons, un programme de marins bénévoles et un camp de jour pour les jeunes âgés de 12 à 14 ans. Des campeurs s’apprêtaient d’ailleurs à partir sur l’eau en planche à pagaie – comme le vent n’était pas au rendez-vous lors du passage d’EST MÉDIA Montréal.

Jeunes Marins Urbains offre un camp de jour pour les enfants de 12 à 14 ans (Marie-Hélène Chratrand)

Un participant, Alexandre (13 ans), semblait d’ailleurs fort apprécier son expérience : « C’est vraiment cool, on apprend plein de trucs sur les bateaux, on apprend genre à mettre les voiles et à préparer le bateau pour aller naviguer. On a commencé à faire des nœuds et des trucs comme ça », dit-il.

Un nouveau quai au parc des Cageux

Du côté de Rivière-des-Prairies, le parc des Cageux a bénéficié récemment de l’installation d’un quai flottant, accessible du printemps à l’automne. Ce quai permet la mise à l’eau de planches à pagaie et de kayaks, ajoutant un point d’accès concret à la rivière. L’aménagement s’inscrit dans un projet plus vaste, qui comprend également la revalorisation du boisé, l’élimination des espèces envahissantes et la plantation de nouveaux arbres.

Parc des Cageux (Ville de Montréal – Arrondissement de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles)

L’ajout d’un quai à cet endroit permet d’ouvrir un nouveau corridor nautique dans un secteur moins densément équipé, comblant un vide pour les amateurs de sports de pagaie.

Fenêtre sur la rivière au parc Ernest-Rouleau

Au parc Ernest-Rouleau, l’accent a été mis sur l’ouverture visuelle et la contemplation. Le projet « Fenêtre sur la rivière », inauguré en 2021, a permis la transformation de la portion ouest du parc par l’ajout d’un belvédère, de mobilier urbain et de plantations. Il ne s’agit pas ici d’un accès physique à l’eau, mais d’un accès symbolique et esthétique, conçu pour offrir une pause et une perspective sur la rivière des Prairies.

Cet espace est devenu un point de détente pour les marcheurs du secteur et une vitrine paysagère appréciée des résidents.

André-Corbeil-Dit-Tranchemontagne : un quai patrimonial

Plus à l’ouest, sur le boulevard Gouin, le parc André-Corbeil-Dit-Tranchemontagne est l’un des premiers à avoir reçu un quai nautique. Installé en 2017, ce quai modulaire permet de recevoir les embarcations patrimoniales dans le cadre des parcours historiques entre Montréal-Nord et Rivière-des-Prairies.

Le site est aussi le point de départ de l’activité Voile-aviron sur la Skawanoti, une reconstitution immersive qui permet de naviguer à l’ancienne, en compagnie d’un chef de bord. Cet usage patrimonial et éducatif du fleuve s’intègre pleinement dans l’approche durable et inclusive promue par l’arrondissement, nous a indiqué l’administration municipale.

Unis pour le fleuve : la Zone d’Entraide Maritime

Tous ces projets convergent vers une même vision : faire du fleuve un espace public partagé, éducatif, récréatif et écologique. La Zone d’Entraide Maritime (ZEM), lancée cette année par Jeunes Marins Urbains, est au cœur de cette dynamique. S’étendant sur 4 kilomètres entre l’île de Montréal et l’île Sainte-Thérèse, la ZEM est accessible depuis quatre sites dans RDP–PAT : la Plage de l’Est, le parc Marcel-Léger, le parc Pierre-Jamet et la base nautique du parc Clémentine-De La Rousselière.

Le projet repose sur quatre piliers : l’aménagement de la zone, la formation et mobilisation de bénévoles, la tenue d’activités gratuites, et la reproductibilité du modèle ailleurs. « Tu n’as jamais fait de planche? On va t’en prêter une gratuitement, on va te montrer comment t’en servir », explique Yves Plante. L’objectif est de rendre l’accès au fleuve aussi naturel que de fréquenter un parc urbain, en mettant l’accent sur les embarcations non motorisées.

Cet été, que ce soit en kayak, en vélo-taxi, en croisière patrimoniale ou simplement pour un pique-nique au bord de l’eau, RDP–PAT est assurément une destination à considérer, visiter ou redécouvrir!