(Courtoisie Ville de Montréal)

L’est de Montréal à la croisée des chemins : industries, économie circulaire et identité en transformation

Les Rencontres EST MÉDIA Montréal : se mobiliser pour l’avenir de l’Est

Dans le cadre de sa mission d’informer, développer, soutenir et promouvoir l’Est de Montréal, EST MÉDIA Montréal lance les « Rencontres EST MÉDIA Montréal », une série de tables rondes consacrées aux priorités de développement de l’Est de Montréal et visant à mettre en lumière les enjeux névralgiques du territoire et à alimenter le débat public.

Dans un contexte où les décisions structurantes pour l’Est s’accélèrent, ces rencontres qui seront animées par notre directeur général, Martin St-Pierre, visent à rassembler des représentants des milieux économique, institutionnel et communautaire afin de favoriser un dialogue structuré, faire émerger des solutions concrètes, porter une vision forte pour l’Est et influencer les décisions qui façonneront son développement.


Dans le cadre de cette première table ronde, six acteurs issus des milieux industriel, économique, communautaire et de l’économie sociale ont donc échangé ensemble sur l’avenir de l’Est de Montréal. L’exercice, qui réunissait Dimitri Tsingakis (Association industrielle de l’Est de Montréal (AIEM)), Jean-Denis Charest (Chambre de commerce de l’Est de Montréal (CCEM)), Richard Mimeau (Matrec), Eric St-Arnaud (Renaissance), Alexandre Monette (Épiceries Val-Mont) et Peter Batos (Action Secours Vie d’Espoir (ASVE)), a fait émerger une lecture commune : l’Est dispose déjà d’une base industrielle et sociale solide, mais doit résoudre des enjeux structurels pour franchir un nouveau cap.

Au-delà des divergences de secteurs, les échanges ont surtout révélé des préoccupations communes : la nécessité d’un transport structurant, la simplification du développement économique, la consolidation de l’économie circulaire et la construction de milieux de vie complets capables de soutenir la transformation du territoire.

Une identité industrielle en transformation, pas en rupture

Pour plusieurs intervenants, l’enjeu n’est pas de remplacer l’industrie, mais de la faire évoluer.

Pour le directeur général de AIEM, Dimitri Tsingakis, la clé réside d’abord dans une vision collective plutôt que dans une simple stratégie d’image : « Ce n’est pas tant une question d’image que de vision. Il faut être capable de s’entendre comme collectivité sur ce que l’Est de Montréal veut devenir. »

Cette idée de transformation progressive plutôt que de rupture est partagée par d’autres acteurs industriels, qui insistent sur la nécessité de moderniser sans fragiliser le tissu existant. Le président-directeur général de la CCEM, Jean-Denis Charest, insiste d’ailleurs sur la compétitivité globale du territoire : « On doit absolument être compétitifs, autant sur le plan fiscal que réglementaire. Et aujourd’hui, la complexité administrative est un frein majeur. »

Selon lui, l’empilement des paliers décisionnels rend le développement difficile : « C’est l’ajout de couches — arrondissements, ministères, CMM — qui rend le système très difficile à naviguer pour les entreprises. »

Même diagnostic du côté de Val-Mont, où Alexandre Monette met en avant l’importance de la cohérence du développement territorial : « On a tout ici pour garder notre monde sur place et créer une économie circulaire locale. Il faut simplement trouver le bon équilibre pour que ça fonctionne. »

Transport structurant : condition de survie économique ou levier de transformation

S’il y a un sujet sur lequel tous convergent, c’est celui du transport collectif structurant. Pour plusieurs, il conditionne directement l’avenir économique de l’Est.

Jean-Denis Charest est catégorique sur son impact : « L’accès à la main-d’œuvre est un facteur primordial. Et dans l’Est, il est aujourd’hui limité par l’enclavement du territoire. » Il ajoute que l’effet d’un projet structurant se fait sentir avant même sa construction : « Dès qu’un projet est confirmé avec un échéancier clair, on voit déjà un impact sur les intentions d’investissement. »

Dimitri Tsingakis abonde dans le même sens en reliant transport et vision économique globale :
« Sans transport collectif, le reste est beaucoup plus difficile à réaliser. »

Du côté des acteurs terrain, Alexandre Monette souligne les impacts concrets sur les travailleurs et les entreprises : « Si tu n’as pas de voiture, c’est compliqué de venir travailler ici. Le transport, c’est ce qui va tout débloquer. »

Même constat chez Richard Mimeau, vice-président affaires publiques et développement durable de Matrec, qui vit ces enjeux au quotidien : « Le transport est un des défis majeurs de notre région. Plusieurs employés quittent pour un emploi plus près de chez eux parce que c’est trop compliqué de se déplacer. »

L’économie circulaire : une industrie déjà installée dans l’Est

L’économie circulaire apparaît comme l’un des domaines où l’Est de Montréal possède déjà une longueur d’avance.

Pour Richard Mimeau, cette réalité est déjà concrète : « Tous les bacs bleus de l’Est de Montréal viennent chez nous. L’économie circulaire est déjà avec nous. » Il insiste sur le rôle structurant de son secteur : « On est une industrie qui protège et assainit l’environnement tout en participant à l’économie circulaire. »

Cette vision est largement partagée par le directeur général de Renaissance, Éric St-Arnaud, qui rappelle que ce modèle est déjà appliqué à grande échelle : « L’économie circulaire, pour nous, ce n’est pas un concept théorique : c’est notre modèle depuis plus de 30 ans. »

Il précise l’ampleur de l’impact de son organisation : « En 2025-2026, nous avons détourné 36 000 tonnes de biens des sites d’enfouissement » et ajoute une dimension sociale essentielle : « L’économie sociale crée des emplois locaux, elle réduit les coûts environnementaux et elle garde la valeur dans la communauté. »

Dans la même logique, Peter Batos, d’ASVE, insiste sur le potentiel encore sous-exploité de la collaboration locale : « On peut organiser une chaîne de solidarité : identifier les besoins, mobiliser les citoyens et redistribuer rapidement. »

Revitalisation et inclusion : un développement qui doit rester humain

Au-delà des infrastructures et de l’industrie, plusieurs intervenants rappellent que le développement de l’Est doit aussi répondre à des enjeux sociaux. Peter Batos aborde l’importance de combler les besoins de base dans les quartiers : « Dans une ville comme Montréal, personne ne devrait être privé d’un manteau ou de bottes pour des raisons économiques. »

Il voit un rôle clair pour les organisations communautaires et les entreprises : « Les organismes connaissent le terrain, les entreprises peuvent soutenir logistiquement, et ensemble on peut structurer une chaîne de solidarité. »

Éric St-Arnaud pousse cette réflexion plus loin en intégrant l’économie sociale au cœur du développement territorial : « Il faut se demander si le développement sert la communauté et si les personnes vulnérables y trouvent leur place. »

Selon lui, l’économie sociale est encore sous-estimée : « Elle est souvent perçue comme un secteur d’accompagnement, alors qu’elle est un véritable moteur économique. »

Industrie, terrains et avenir économique : le pari de la transformation

Sur le plan industriel, Jean-Denis Charest met en garde contre une tendance lourde : la désindustrialisation relative du territoire. « On est passé de plus de 20 000 emplois manufacturiers en 2016 à une décroissance depuis les années 2000. » Néanmoins, il y voit une opportunité stratégique majeure : « L’Est de Montréal est au cœur de la réindustrialisation du Québec et du Canada. »

Mais cette transformation exige des conditions précises : « Il faut des terrains prêts à développer, des infrastructures de base et une stratégie claire pour accélérer la décontamination. »

Richard Mimeau partage cette vision d’un renouveau industriel, mais par la diversification : « On veut diversifier l’est de l’île avec de nouvelles industries pour faire une transition nécessaire. » Il ajoute même une dimension de projection : « Je vois l’Est de Montréal devenir une plaque tournante importante de l’économie circulaire au Canada. »

Conclusion : une convergence autour d’un même constat

Malgré leurs angles différents — industrie, environnement, commerce ou milieu communautaire — les intervenants convergent sur un point central : l’Est dispose déjà des bases de sa transformation, mais doit maintenant accélérer et structurer son développement.

Entre la nécessité d’un transport structurant, la simplification administrative, la valorisation de l’économie circulaire et le renforcement du tissu industriel existant, tous soulignent une même urgence : celle de donner une direction claire à un territoire en pleine redéfinition.

Comme le résume Dimitri Tsingakis : « Il faut être capable de s’entendre sur une vision commune de ce que l’Est veut devenir. » Une vision qui, à les entendre, reste encore à construire — mais dont les fondations semblent déjà bien visibles.


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