Photo : courtoisie CCEM

L’EST EST BIEN POSITIONNÉ POUR AMORCER UNE NOUVELLE LANCÉE SELON CHRISTINE FRÉCHETTE

Pour souligner le lancement du site EST MÉDIA MONTRÉAL, une douzaine de dirigeants d’organismes et d’élus influents de l’Est de la métropole ont accepté de participer à une importante série d’entrevues exclusives et de partager avec vous leur vision des enjeux et des défis à relever sur le territoire au cours des prochaines années. Cette semaine, le résumé de notre rencontre avec Christine Fréchette, présidente-directrice générale de la Chambre de commerce de l’Est de Montréal.

« Je dirais que le territoire se porte de mieux en mieux depuis les récentes années et cela se caractérise par une certaine effervescence. On sent un renouveau économique et démographique s’installer, et le dynamisme est fort en ce moment », affirme d’entrée de jeu celle qui est à la tête de la CCEM depuis la fin 2016.

L’organisme connaît également sous sa gouverne un regain d’énergie avec notamment une présence médiatique accrue, et une participation marquée dans la plupart des grands enjeux de l’Est. « C’est une volonté de la Chambre d’être plus active dans les débats et d’être plus visible, non seulement sur la scène économique mais aussi en ce qui concerne les enjeux sociaux. Nos membres veulent que la voix de l’Est se fasse entendre », soutient Mme Fréchette, dont l’équipe prévoit organiser pas moins de 45 événements cette année. Rappelons que le territoire de la CCEM est plutôt vaste puisqu’il est délimité par le boulevard Saint-Laurent jusqu’à la Pointe-de-l’Île, et du nord au sud. Il compte quelque 850 000 résidents, 32 000 entreprises et 400 000 emplois. La Chambre possède 1 200 membres dont 83 % sont des PME et au moins 15 % de ceux-ci sont des OBNL, ce qui la différencie considérablement des autres grandes chambres de commerces québécoises. « Les organismes occupent une bonne part de notre membership et certains siègent sur le conseil d’administration. C’est très caractéristique de l’importance de l’économie sociale dans l’Est de Montréal », ajoute-t-elle.

De grands défis attendent l’Est

Affichant un positivisme somme toute réservé, Mme Fréchette est d’avis qu’il y a encore beaucoup de boulot à accomplir pour élever le territoire à son plein potentiel. Les deux principaux obstacles à son développement socio-économique sont selon elle le transport et la contamination de terrains qui touche environ 20 % de la superficie de l’Est.

Concernant le premier point, elle milite activement pour un investissement majeur afin d’assurer une meilleure connexion entre le Port de Montréal et l’autoroute 25, via la réfection et le prolongement de l’avenue Souligny et du boulevard de l’Assomption : «Cela permettrait à des milliers de camions, ils sont 5 000 par jour, à transiter directement du port aux autoroutes et à désengorger enfin le réseau routier local. Ça c’est très important, et c’est urgent. » Quant au transport collectif, dont 75 % de la population du secteur est dépendante (le taux le plus élevé de l’Île), elle se réjouit de l’annonce du prolongement de la ligne bleue et des 300 nouveaux autobus de l’administration Plante, dont elle s’attend à en voir un grand nombre déployé dans le secteur. Mais il y a aussi les transports alternatifs qu’il faudrait selon elle mieux implanter sur le territoire : « Les Communauto, car2go et BIXI sont presqu’inexistants à l’est de la 25, et cela ne répond pas aux attentes des jeunes familles urbaines qui s’installent de plus en plus chez nous, en lien avec notamment le boom de projets résidentiels que l’on connaît. »

L’autre enjeu majeur qui freinerait la revitalisation de l’Est est donc l’immense superficie de terrains contaminés. « Nous avons des millions de pi2 de disponibles pour de grands projets dans les secteurs industriel, commercial et résidentiel, mais on ne peut rien faire avec tant qu’ils ne sont pas décontaminés. Tous les investisseurs regardent ailleurs quand on leur parle de terrains contaminés et ça nous fait vraiment mal en ce moment. Il faut que l’on trouve le financement pour décontaminer et faire ça le plus vite possible », soutient Mme Fréchette. Elle rappelle d’ailleurs que la décontamination des anciens terrains de la raffinerie Shell à Montréal-Est (10,5 millions de pi2) devrait être complétée cet été et que plusieurs entrepreneurs se sont déjà montrés très intéressés à mettre la main sur des parcelles : « c’est la preuve que lorsque les terrains sont prêts à bâtir, l’Est est attirant pour les gens d’affaires. Pas étonnant puisque nous sommes très bien positionnés pour le transport, et nous avons un excellent bassin de main-d’œuvre qualifiée. »

Moderniser l’Est

Outre le transport et la décontamination de sols, Christine Fréchette a dans sa mire la revitalisation de l’image de marque de l’Est de Montréal. « Beaucoup de gens ont encore une vieille perception de l’Est, les raffineries, l’industrie lourde, etc., mais il y plus que ça évidemment, surtout aujourd’hui. Il faut faire éclater cette ancienne vision et bâtir une image qui mettra de l’avant la qualité de vie, l’innovation et le dynamisme de l’Est », dit-elle. Des initiatives comme le Technopôle Angus (la phase 2 vise à obtenir la certification LEED-ND V4 PLATINE) ou encore l’expertise en matière d’économie circulaire qui se développe via PME MTL Est-de-l’Île, à titre d’exemples, devraient être mis de l’avant de façon plus soutenue afin de démontrer ce que l’Est développe aujourd’hui, toujours selon la principale intéressée.

Différents pôles d’expertise, spécifiques à l’Est, pourraient aussi être exploités dans un avenir rapproché si la décontamination des sols s’accélère et le transport s’améliore. Christine Fréchette avance ici notamment la transformation de matières en vrac qui transitent au Port de Montréal, et qui pourraient s’avérer un immense marché : « Surtout vers l’Europe. Je crois qu’il y a un énorme potentiel pour l’exportation vers ce continent et la Chambre va d’ailleurs accentuer son service d’accompagnement pour les entreprises qui désirent développer ce marché », affirme-t-elle, en ajoutant que « le secteur agroalimentaire, même s’il est bien présent dans l’Est, peut assurément se développer encore plus. »

Finalement, pour la pdg de la Chambre de commerce de l’Est, le territoire bénéficiera de belles opportunités de densification dans les prochaines décennies et il faudra en profiter pour contrer, autant que faire se peut, le phénomène d’étalement urbain. « Il y a encore de la place ici, et c’est très rare sur l’Île de Montréal, il faut donc en profiter. On voit d’ailleurs de nombreux projets résidentiels en construction, et cela va je l’espère attirer entre autres des commerces de proximité, des startups, et toutes sortes d’initiatives qui vont venir enrichir et diversifier le portrait socio-économique de l’Est, et notre qualité de vie. C’est ce que je nous souhaite », conclut-elle.