(Photo : Courtoisie Ville de Montréal)

L’est de Montréal au cœur du défi démographique, selon la CCEM

Le déclin démographique qui se profile pour le Grand Montréal pourrait frapper l’est de Montréal de plein fouet. C’est l’un des constats mis de l’avant par la Chambre de commerce de l’Est de Montréal (CCEM), à la suite d’une étude réalisée avec 15 autres chambres de commerce sur les conséquences des changements démographiques et des politiques d’immigration.

Selon les données analysées dans l’Étude sur l’immigration et l’avenir démographique du Grand Montréal, rédigée par la firme Aviseo, le secteur pourrait perdre environ 113 000 personnes d’ici 2035. Un recul qui risque d’être particulièrement marqué sur l’île de Montréal, estime Jean-Denis Charest, président-directeur général de la CCEM.

« On pourrait être touchés de manière surpondérée », affirme-t-il, soulignant que les effets du déclin démographique ne se limiteraient pas aux territoires directement concernés.

En effet, les entreprises de l’est dépendent notamment de travailleurs qui résident ailleurs dans la région métropolitaine et de chaînes d’approvisionnement qui dépassent largement les frontières de l’île.

Un « double choc » démographique

Au recul de la population s’ajoute, selon l’étude, une détérioration du ratio entre les personnes en âge de travailler et celles qui sont à leur charge. M. Charest parle d’un « double choc démographique ».

Jean-Denis Charest, PDG de la CCEM (Photo : EMM)

Alors que le ratio était approximativement d’une personne à charge pour une personne en âge de travailler dans les années 2000, il pourrait atteindre deux personnes à charge pour chaque travailleur à l’horizon de 25 ans, avance-t-il.

Le phénomène risque d’accentuer les pénuries de main-d’œuvre, mais aussi de peser sur les finances publiques et les services. Moins de travailleurs disponibles devront notamment contribuer au financement d’infrastructures et de services destinés à une population vieillissante.

Pour les entreprises, les conséquences pourraient être importantes. Un sondage réalisé auprès de plus de 500 entreprises révèle que 77 % d’entre elles disent avoir recours à la main-d’œuvre immigrante principalement pour assurer la continuité de leurs opérations, plutôt que pour répondre à une croissance de la demande.

« Un des résultats pourrait être la fermeture d’entreprises, puis peut-être même éventuellement des déstructurations de chaînes de valeur », prévient M. Charest.

Une pression dans plusieurs secteurs

Dans l’est de Montréal, les répercussions pourraient se faire sentir dans plusieurs secteurs : construction, fabrication, santé, éducation, transport, logistique et commerce de détail.

Le secteur manufacturier préoccupe particulièrement le dirigeant de la Chambre de commerce. Déjà soumis aux tarifs, à la concurrence internationale et à la nécessité de se transformer, il pourrait difficilement absorber une nouvelle pression sur sa main-d’œuvre, selon lui.

L’étude préconise donc de mieux arrimer les politiques d’immigration aux besoins du marché du travail, tout en misant sur d’autres leviers, comme l’automatisation, la productivité et la consolidation des entreprises.

Repenser la « capacité d’accueil »

Jean-Denis Charest remet également en question la manière dont est définie la capacité d’accueil du Québec. Selon la revue de littérature effectuée dans le cadre de l’étude, le concept est peu documenté et manque d’indicateurs précis.

La capacité d’accueil varierait notamment selon les régions et les catégories d’immigration. La pression exercée sur le logement, le transport, les soins de santé, l’éducation ou encore le français ne serait donc pas uniforme.

« On ne peut pas avoir un cadre aussi vague pour orienter nos politiques publiques », soutient-il.

L’est de Montréal pourrait justement contribuer à accroître cette capacité d’accueil, notamment grâce à son potentiel de développement résidentiel. M. Charest estime que le territoire pourrait éventuellement accueillir entre 100 000 et 150 000 nouveaux logements, notamment grâce aux chantiers de transport collectif du prolongement de la ligne bleue du métro, ainsi que du Projet structurant de l’Est (PSE).

Une vision à long terme réclamée

Alors que la course électorale provinciale s’achève, la CCEM demande ainsi au prochain gouvernement de dépasser les débats sur les seuils d’immigration à court terme pour élaborer une stratégie démographique à long terme.

Elle estime notamment qu’il faudrait mieux coordonner les politiques d’Ottawa et de Québec et améliorer la cohérence des données utilisées par les deux gouvernements.

Pour M. Charest, une stratégie devrait aussi favoriser davantage la transition des travailleurs temporaires vers la résidence permanente. Selon les données citées dans l’étude, 32 % des immigrants permanents du Grand Montréal proviennent actuellement du bassin de travailleurs temporaires, contre 47 % à Vancouver.

Ces personnes étant déjà présentes sur le territoire, leur langue et leur secteur d’emploi sont connus, ce qui permettrait, selon lui, de mieux arrimer l’immigration aux besoins économiques et à la capacité d’accueil.

Le PDG croit donc que l’enjeu dépasse largement l’immigration. Il s’agit de déterminer comment le Québec entend gérer son avenir démographique. « On ne peut pas accepter un déclin de cette ampleur-là de la locomotive économique du Québec », affirme-t-il.

Et dans cette équation, l’est de la métropole pourrait occuper une place centrale. « Je persiste à croire que l’est de Montréal peut être au centre des solutions », dixit le PDG, évoquant son potentiel en matière de logement, de transport et de développement économique.

Selon ce dernier, sa revitalisation est même une condition du maintien du rôle de Montréal comme moteur économique du Québec. « Le succès du Québec passe par un est de Montréal beaucoup plus fort qui peut atteindre son plein potentiel », termine-t-il.