(Image tirée de la page Facebook d’Ericka Alnéus)

Ericka Alnéus : à la tête de Projet Montréal en pleine transition vers l’opposition

Projet Montréal amorce une nouvelle ère. Après huit ans à la tête de la métropole, la formation doit désormais apprendre à siéger sur les bancs de l’opposition officielle. Au lendemain de la défaite électorale de novembre, c’est la conseillère d’arrondissement Ericka Alnéus qui a été choisie à l’unanimité pour guider le parti durant cette période de transition.

Pour la nouvelle cheffe intérimaire, cette nomination est à la fois un honneur et une responsabilité. Elle insiste d’entrée de jeu sur la continuité de la confiance que lui accorde une partie importante de la population : « Des dizaines de milliers de Montréalais et Montréalaises ont réitéré leur confiance auprès de nous », dit-elle. La défaite marque la fin d’un cycle — il est rare, rappelle l’élue, qu’un parti municipal obtienne trois mandats consécutifs — mais elle ne signe en rien le déclin du mouvement, selon elle.

Reconstruire un parti ébranlé sans perdre son identité

Alnéus assume pleinement son rôle de rassembleuse. Depuis l’élection, elle s’affaire à retisser les liens avec les membres et à maintenir la cohésion d’un caucus composé de figures d’expérience et de nouvelles recrues. Elle sourit quand on lui rapporte que certains collègues la comparent à « la vinaigrette dans la salade » : celle qui unit, mélange et harmonise les ingrédients.

La course officielle à la direction du parti n’a pas encore été déclenchée, mais la cheffe par intérim affirme que celle-ci aura bel et bien lieu et qu’elle respectera la tradition démocratique de Projet Montréal. Le congrès prévu au printemps devrait permettre d’établir un calendrier plus clair.

Redéfinir les priorités de l’opposition

(Courtoisie)

Dès son entrée en poste, Ericka Alnéus a restructuré le cabinet fantôme de son parti afin de refléter les dossiers que ce dernier juge essentiels — mais qu’Ensemble Montréal, selon la cheffe intérimaire, relègue au second plan. Celle-ci cite notamment la lutte aux changements climatiques, la réconciliation avec les peuples autochtones, la lutte contre la discrimination systémique ainsi que la défense des droits des femmes et des communautés racisées.

Pour elle, ces enjeux doivent rester explicitement visibles dans l’action politique. « Ce sont des réalités qu’on ne peut pas occulter », insiste-t-elle, rappelant les efforts déjà amorcés sous l’administration précédente, comme la création d’un guichet unique pour les plaintes internes liées à la discrimination. Le travail est loin d’être terminé, dit l’élue, surtout dans une ville aussi diverse que Montréal.

Défendre l’héritage urbanistique et climatique de Projet Montréal

Sur les critiques d’Ensemble Montréal, qui reproche à Projet Montréal d’avoir mis trop d’accent sur l’urbanisme au détriment de la voiture, Alnéus répond sans détour. Pour elle, les pistes cyclables, les places publiques, les espaces verts et les aménagements résilients ne sont pas des choix idéologiques, mais des investissements pour les générations futures.

Elle évoque le carré Augier, un ancien îlot de chaleur transformé en « carré éponge » capable d’absorber les eaux de pluie. Elle rappelle aussi que lors des pluies torrentielles de l’été dernier, certains arrondissements ayant adopté cette approche résiliente — comme Rosemont — s’en sont nettement mieux tirés que d’autres, notamment Saint-Léonard. Une preuve, selon elle, que ces choix fonctionnent.

L’est de Montréal au cœur du projet politique

Lorsqu’on aborde avec elle le sujet de l’est de Montréal, l’un des thèmes qui reviennent le plus souvent dans le discours d’Alnéus est celui de l’équité territoriale. Selon elle, cet immense territoire souffre encore d’un déficit de mobilité, de services, d’infrastructures et d’espaces frais. Les enjeux climatiques y sont plus aigus, les îlots de chaleur plus nombreux, et les vulnérabilités sociales plus marquées, dit-elle.

Elle cite des exemples concrets, comme la ligne d’autobus 445 ou les besoins criants en matière de transport structurant. Elle voit aussi dans l’Est un potentiel culturel important, encore sous-exploité : « L’Est aussi a le droit d’avoir sa place, de prendre sa place. »

Le dossier chaud du logement

C’est toutefois sur le logement que l’opposition se prépare à livrer son plus grand combat. L’administration en place a promis d’abroger le règlement sur la métropole mixte, pilier de l’approche de Projet Montréal en matière de logement social et abordable.

Alnéus s’inquiète d’un retour à une logique purement marchande. Elle rappelle que le règlement offrait deux options aux promoteurs : intégrer du logement social et abordable dans leurs projets ou verser une contribution financière, laquelle a permis de soutenir des initiatives concrètes, selon la cheffe intérimaire. Le hors-marché, insiste-t-elle, est essentiel pour prévenir l’itinérance et garantir l’accès à un logement stable.

« Le règlement sur la métropole mixte, c’est d’avoir des gains pour le futur », dit-elle, craignant que son abolition se fasse sans vision alternative.

Une vision de Montréal enracinée dans sa diversité

Pour cette femme d’origine haïtienne, issue du milieu communautaire, engagée depuis longtemps auprès des citoyens, la métropole est un espace pluriel façonné par des migrations successives, une ville francophone, mais profondément ouverte sur le monde.

Alnéus rappelle toutefois que de nombreuses inégalités y persistent : profilage racial, discriminations systémiques, absence de responsabilités politiques explicites sur certains dossiers sensibles. À ses yeux, une ville inclusive nécessite plus que des symboles — elle exige des structures, des engagements et une vigilance constante.

La cheffe par intérim de Projet Montréal promet donc une opposition « constructive », prête à collaborer lorsque nécessaire, mais résolue à défendre des valeurs définies par son parti depuis sa création. Pour elle, l’opposition doit éclairer, proposer, contester, mais aussi protéger des acquis qu’elle juge essentiels à l’avenir de la ville.

Malgré la transition difficile qui a cours, Ericka Alnésu voit dans ce moment une occasion de renouvellement. « On va continuer à être qui on est, résume-t-elle, et cela commence par écouter, rassembler et bâtir à nouveau. »