Partie de l’entrepôt de Courchesne Larose à Anjou (photos courtoisie).

DES ENTREPRISES TIRENT LEUR ÉPINGLE DU JEU, MALGRÉ LE COVID-19

Si la pandémie apporte son lot de difficultés financières pour de nombreuses entreprises de toute taille, dont les activités sont actuellement en pause ou au ralenti, certaines voient tout de même leur chiffre d’affaires beaucoup moins affecté par le coronavirus, même si elles doivent réorganiser ou adapter leur processus organisationnel. C’est le cas notamment de ces deux entreprises de l’Est de Montréal, dont nous avons pu rejoindre les dirigeants ces dernières heures.

Courchesne Larose

Le grand distributeur de fruits et légumes, dont le siège social et l’entrepôt principal sont situés à Anjou, roule « à peu près » à plein régime en ce moment, nous dit son président, Alain Routhier. Par contre, l’organisation du travail, le calendrier de livraison et la gestion des achats ont dû être revus rapidement dès la mise en place des mesures de confinement.

« On ne peut pas dire que nous n’avons pas été touchés par la crise, car il a fallu adapter toutes nos façons de faire du jour au lendemain, organiser le télétravail, réduire considérablement les présences dans nos bureaux administratifs et limiter au strict minimum l’accès aux entrepôts dans lesquels seuls nos employés dédiés ont le droit de circuler maintenant. Et au début de la crise, la mise en pause forcée de nos clients dans les secteurs de la restauration et de l’hôtellerie a fait mal, nous en avons subi les contrecoups. Les effets se poursuivent aussi avec la baisse du dollar canadien, d’environ 10 %, puisque nous achetons beaucoup aux États-Unis à cette période de l’année », explique M. Routhier.

Toutefois, la demande plus forte du côté des magasins d’alimentation, surtout des grandes chaînes comme IGA, Métro, Provigo, etc., compense quelque peu la diminution de volume généré habituellement par la restauration et l’hôtellerie, mais pas complètement. Après un début de crise pour le moins mouvementé, alors que l’insécurité généralisée a incité une grande partie de la population à stocker des denrées de toutes sortes, la situation semble maintenant sous contrôle, du moins en ce qui concerne l’approvisionnement, assure M. Routhier. « Disons que les premiers jours de crise, c’était pas mal le choc, la demande a carrément explosé parce que tout le monde avait peur de manquer de nourriture, je n’avais jamais vu cela. Mais aujourd’hui il n’y a pas de problème d’approvisionnement, c’est important que les gens soient au courant de cela, les denrées alimentaires continuent d’entrer au pays comme à l’habitude », affirme le président de Courchesne Larose. Selon lui, s’il est vrai que les supermarchés font de bonnes affaires en ces temps de pandémie, comme le démontrent notamment les résultats du dernier trimestre dévoilés par Métro hier (voir l’article du Journal de Montréal publié aujourd’hui à ce sujet), ce ne serait pas nécessairement l’Eldorado non plus pour tous les magasins d’alimentation actuellement. « Les règles de distanciation sociale et le nombre limité de personnes en magasin atténuent quand même le rythme des ventes, les gens stockent moins, donc ça va finir par s’équilibrer selon moi. Mais ceux qui offrent le service de livraison ont certainement de très bonnes semaines ces temps-ci », dit-il.

Il y aurait même sur le marché un surplus pour certains fruits et légumes en ce moment, compte tenu de la diminution de la demande provenant de la restauration. « Même les prix sont passablement dans les mêmes standards d’avant la crise, donc il y a peu d’incidence pour les consommateurs actuellement. Je dirais que ce que l’on remarque comme changement ces jours-ci, c’est peut-être une petite baisse de la demande pour des aliments plus dispendieux », soutient M. Routhier.

Siège social de Courchesne Larose, à Anjou. L’entreprise possède également un autre entrepôt au Marché Central, à Montréal.

L’élément qui cause le plus grand casse-tête pour l’entreprise angevine depuis la mise en place des mesures de confinement est en fait la fermeture imposée des commerces le dimanche, explique Alain Routhier : « Habituellement nous approvisionnons nos clients sept jours sur sept, et le dimanche était important puisque plusieurs en profitaient pour regarnir leurs étalages après les grosses journées du week-end. Cette situation, en plus de chambouler le calendrier de livraison, amène beaucoup de répercussions dans nos habitudes d’achat auprès des producteurs. Il faut s’ajuster, acheter à des périodes de la semaine différentes pour nous, et tout cela fait en sorte que nous manquons, par exemple, d’un certain produit une semaine, alors que nous en avons trop la semaine suivante. »

Le plus grand défi de l’entreprise depuis la crise? « Évidemment, c’est de se protéger le plus possible afin que le coronavirus ne se propage pas chez nous, on fait tout en notre pouvoir pour y arriver. On prend la température de chaque employé à leur arrivée, nous avons engagé une firme pour désinfecter chaque jour les poignées de portes, surfaces de bureau, ce genre de choses, nos clients et les livreurs ne peuvent plus entrer dans nos entrepôts, etc. Mais somme toute, nous nous considérons bien chanceux de pouvoir continuer nos activités et notre travail dans les circonstances, nous sommes bien conscients que la situation est beaucoup plus difficile pour bien des gens », affirme Alain Routhier.

Finalement, le distributeur se dit quelque peu inquiet actuellement pour la prochaine saison estivale de nos producteurs québécois. « Ce qui sauve la donne en ce moment c’est qu’il fait encore froid, donc les producteurs retardent la période de semence pour la plupart. Mais la grande interrogation est au sujet des travailleurs étrangers pour la récolte : seront-ils en mesure de venir au Canada en assez grande quantité cet été? C’est ce qui risque d’avoir le plus de conséquences sur l’approvisionnement local. Déjà en ce moment, quelques producteurs m’ont dit qu’ils sèmeront moins cette année afin de réduire d’éventuelles pertes. Ça reste à voir », conclut Alain Routhier.

Courrier Plus

S’il y a un secteur d’activité qui peine à répondre à la demande depuis le début de la crise du Covid-19, c’est bien la livraison à domicile. Par la force des choses, le commerce en ligne est roi en ce moment et les colis, à l’instar des gens qui sortent faire leurs courses à l’épicerie ou à la pharmacie, font la file d’attente avant de se retrouver au pied de votre porte d’entrée.

Les affaires fonctionnent effectivement rondement pour les joueurs d’envergure tels que Postes Canada, UPS ou FedEx, mais qu’en est-il des PME locales comme Courrier Plus, dont les locaux sont situés dans Hochelaga? « La situation occasionne bien sûr des pertes importantes provenant de nos clients corporatifs, qui sont pour la plupart actuellement en pause, puisque notre chiffre d’affaires dépend grandement d’eux. Mais il faut avouer qu’en contrepartie, notre volume provenant des clients qui font du commerce électronique a fait un bond considérable », affirme Marie-Josée Vanasse, présidente et copropriétaire de l’entreprise familiale créée par son père il y a 35 ans.

Marie-Josée Vanasse, présidente de Courrier Plus (photos courtoisie).

Le commerce électronique vient supporter les activités de Courrier Plus à un point tel que l’entreprise réussi actuellement à maintenir son chiffre d’affaires à la hauteur d’environ 75 % comparativement à la même période l’an dernier. « Comme tout le monde le début de crise a été dur, nous avons dû faire des mises à pied, pour la plupart des postes administratifs, mais aussi au niveau des chauffeurs. Et puis graduellement les affaires ont repris, plusieurs commerces ont vu leurs ventes en ligne exploser et cela s’est répercuté sur notre service de livraison. Alors que les gros joueurs ont de la difficulté actuellement à livrer pour le lendemain, chez nous c’est encore possible dans la région métropolitaine. Notre efficacité nous apporte beaucoup de nouveaux clients qui cherchaient une alternative, et ils sont pour la plupart très heureux de découvrir, du même souffle, une entreprise locale qui fait de la livraison professionnelle. On sent d’ailleurs très bien l’engouement pour l’achat local actuellement », explique Mme Vanasse.

Le plus grand défi pour l’entreprise en ce moment est donc d’adapter ses activités quotidiennes de livraison, qui se font habituellement dans les lieux d’affaires, pour livrer plutôt des colis vers les résidences privées, une nouveauté pour Courrier Plus, du moins en terme d’ampleur. « C’est une autre réalité pour nous, la livraison résidentielle est en temps normal plus contraignante pour Courrier Plus qui est organisée avant tout en fonction du business to business, quoique nous développons de plus en plus notre solution d’affaires pour les entreprises en commerce électronique. Par contre, comme tout le monde est à la maison ces jours-ci, et que l’on n’est pas dans l’obligation d’obtenir la signature du destinataire, la livraison à domicile est vraiment plus facile qu’en temps normal », explique la présidente. Évidemment, l’autre défi de l’entreprise est de respecter des nouvelles normes sanitaires très strictes. Notamment, les livreurs doivent porter des gants et un masque et désinfecter leur véhicule à chaque début et fin de quart de travail, entre autres mesures.

Les locaux de Courrier Plus, qui livre dans tout le Grand Montréal, sont situés sur la rue Moreau, dans le quartier Hochelaga.

« S’il y a quelque chose de positif à tout cela, et c’est bien mince, c’est peut-être que le Québec est en train de rattraper un important retard en ce qui concerne le commerce électronique. Les entreprises n’ont pas le choix en ce moment de se mettre en 5e vitesse pour offrir leurs produits et services en ligne, et cela va faire avancer beaucoup de PME, même si pour d’autres c’est la catastrophe en ce moment car leur domaine ne s’y prête pas ou qu’elles n’ont pas les ressources pour mettre tout cela en branle. De mon côté, j’espère que je pourrai garder une bonne partie de ces nouveaux clients », termine Marie-Josée Vanasse. Souhaitons-le, effectivement.