Le projet d’aménagement de l’entrepôt Van Horne (Courtoisie OCPM/Ville de Montréal)

Entrepôt Van Horne : un accueil « généralement positif », mais pas unanime

L’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) a déposé jeudi son rapport sur le projet de réaménagement de l’entrepôt Van Horne, cet ancien édifice industriel qui marque le paysage urbain de la métropole. Si l’accueil général de la plus récente mouture est « positif », plusieurs préoccupations demeurent. Elles sont évoquées dans les recommandations de l’organisme paramunicipal.

« Globalement, les gens sont contents de voir qu’on va préserver ce bâtiment emblématique, et c’est ce qui contribue le plus à l’acceptabilité », souligne Philippe Bourke, président de l’OCPM.

Ainsi, après des mois de consultations et 331 contributions citoyennes reçues et entendues, l’organisme recommande que l’aspect patrimonial de l’immeuble du 1, avenue Van Horne soit reconnu par la Ville de Montréal dans le cadre d’un règlement de citation. Selon le site Internet du gouvernement du Québec, « la citation d’un bien patrimonial est une mesure de protection particulière dont dispose le conseil municipal » et qui « permet d’assurer la sauvegarde et la mise en valeur de tout immeuble situé sur son territoire ».

En effet, le projet dont il est question vise à repenser les espaces situés près de la voie ferrée, à la frontière des arrondissements du Plateau-Mont-Royal, de Rosemont—La Petite-Patrie et d’Outremont, pour y établir un complexe hôtelier d’environ 120 chambres, mais aussi des espaces créatifs et des ateliers d’artistes abordables, un lieu de diffusion artistique, des commerces, des restaurants, un café et une serre productive sur le toit du bâtiment.  La construction d’un nouveau bâtiment qui sera jumelé à l’édifice original, sur le terrain voisin à l’ouest, soit au 55, avenue Van Horne, est aussi prévue.

En outre, l’OCPM propose de créer un soutien financier pour la réalisation et la pérennité des ateliers d’artistes et encourage la mise en place d’une fiducie d’utilité sociale pour sécuriser les espaces dédiés aux artistes et à un local communautaire.

« Il existe encore des inquiétudes et il y a encore des gens qui sont foncièrement opposés à l’idée d’un hôtel à cet endroit », reconnaît toutefois le président de l’OCPM. Effectivement, la société immobilière derrière le projet, Rester Management, a revu ses plans avant de présenter sa dernière mouture déposée devant l’Office. En 2023, l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, territoire sur lequel se trouve l’édifice en question, avait tenu des consultations citoyennes sous forme de sondage lors desquelles de nombreuses personnes s’étaient inquiétées du sort réservé à l’entrepôt construit en 1925.

Une image du concept d’aménagement de l’hôtel déposé par le promoteur (OCPM/Rester Management)

Ainsi, la première mouture du projet déposée en 2022 proposait la création d’espaces de bureaux sur 61 % de la superficie totale des nouveaux aménagements, tandis que la portion hôtelière aurait occupé 29 % de la superficie. De surcroît, les plans du promoteur prévoyaient initialement de fortement transformer certains éléments architecturaux de l’édifice en y ajoutant un grand nombre de fenêtres. Depuis, l’ajout de 40 000 pieds carrés d’espaces d’ateliers pour artistes, ainsi que la préservation des éléments architecturaux industriels du bâtiment, ont grandement contribué à l’acceptabilité sociale du projet, affirme M. Bourke.

D’aucuns auraient préféré voir la construction de logements sociaux et abordables au lieu d’un hôtel, parfois qualifié « de luxe » dans plusieurs mémoires déposés devant l’OCPM. Le contexte de la crise du logement fait craindre à plusieurs que la venue d’une installation hôtelière promeuve un embourgeoisement du secteur.

Toutefois, la création d’habitations était impossible dans ce contexte, précise Marie Plourde, conseillère d’arrondissement du Plateau-Mont-Royal. « Techniquement, ce serait impossible d’intégrer des mesures de mitigation aussi près du chemin de fer du Canadian Pacific sans détruire une partie du bâtiment. C’est un lot qui est assez atypique, qui est large, mais peu profond, alors ça ne nous permet pas d’avoir assez de recul pour intégrer de telles mesures », explique l’élue. De ce fait, la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme exclut aussi d’y établir des usages sensibles, tels que des garderies ou des établissements en soins de santé, tandis que les bureaux et les hôtels y sont quant à eux permis.

Préserver le patrimoine

Chez Héritage Montréal, organisme qui défend le patrimoine bâti de Montréal, on se réjouit de la recommandation de l’inclusion d’un énoncé de citation patrimonial de la part de la Ville de Montréal.

« Si la Ville met en œuvre cette recommandation, ce sera un bâtiment qui devra être bien traité. C’est un édifice qui est remarquable par sa présence et qui est un peu insolite par sa structure, mais qui est aussi abandonné et attaqué par les vandales. Alors, si on lui donne une nouvelle vie, ça va de soi qu’il sera plus heureux », soutient Dinu Bumbaru, directeur des politiques chez Héritage Montréal.

De plus, ce dernier espère que les mesures nécessaires seront prises pour conserver le château d’eau qui surplombe l’édifice. Héritage Montréal a promu la préservation d’installations similaires dans le passé, incluant le château d’eau en forme de pinte de lait situé au centre-ville de Montréal. M. Bumbaru demande donc que tout soit mis en œuvre pour préserver « ce monument » de l’époque industrielle de Montréal qui, pour lui, « couronne » le bâtiment « un peu à la manière des clochers » d’églises.

Dans son mémoire présenté devant l’OCPM, Héritage Montréal s’inquiétait aussi de la viabilité du volet hôtelier, puisqu’aucun fournisseur de services n’en est encore officiellement partie prenante. Effectivement, M. Bumbaru redoute que des interventions architecturales soient apportées à l’édifice sans garantie quant à la concrétisation du projet d’hôtel. À ce propos, Mme Plourde affirme que Rester Management possédait des lettres de garantie de la part de ses institutions financières pour financer le projet. « Le Plateau-Mont-Royal demeure un des secteurs touristiques les plus visités à Montréal. L’enjeu des Airbnb et autres locations à court terme est venu cannibaliser le parc locatif du Mile-End. On a retiré beaucoup de ces possibilités en modifiant notre règlement en matière d’habitation à court terme. Est-ce que ça va faire en sorte que le projet d’hôtel soit plus rentable? Peut-être que ça fait partie de l’équation du promoteur », conçoit-elle.

Au moment d’écrire ces lignes, Rester Management n’avait pas répondu aux demandes d’entrevue d’EST MÉDIA Montréal.