
L’oeuvre UN BRIN D’SOLEIL (Courtoisie EN TEMPS ET LIEU/Latrompette Studio)
19 Décembre 2025EN TEMPS ET LIEU, une pratique à deux voix dans l’espace public
Fondé en 2016 à Montréal, l’atelier EN TEMPS ET LIEU, situé sur le Plateau à la frontière de Rosemont, est né de la rencontre entre deux parcours professionnels distincts. D’un côté, Stéphanie Leduc, une artiste et designer formée en arts plastiques et en design, dont la pratique initiale se déployait auparavant à plus petite échelle dans l’espace public. De l’autre, Manuel Baumann, gestionnaire de projets allemand issu du milieu événementiel, spécialisé dans la production de spectacles et d’installations complexes.
Les deux se rencontrent alors qu’ils travaillent pour un même employeur. Rapidement, l’idée de mettre leurs compétences en commun s’impose. « À travers le travail et différents projets, j’ai rencontré Manuel, qui avait une pratique différente. On a décidé de mettre ça ensemble justement pour aller plus loin », explique la cofondatrice. Manuel, de son côté, décrit un constat similaire : « Quand j’ai rencontré Stéphanie, on s’est dit que ce serait intéressant de mettre nos forces ensemble. »

Stéphanie Leduc et Manuel Baumann, les deux artistes derrière EN TEMPS ET LIEU (Courtoisie)
La naissance d’un duo arrivée… en temps et lieu
Leur première collaboration, Expose, réalisée en 2013 devant la station de métro Mont-Royal, marque un point de bascule. L’installation, un photomaton interactif nécessitant la présence simultanée de deux personnes pour se déclencher, met déjà en évidence les fondements de leur démarche : interaction humaine, espace public et dispositif technique. Le projet connaît une réception favorable et incite le duo à formaliser leur collaboration sous une identité commune. « On travaillait sous nos noms respectifs, mais c’était moins facile pour les gens de se rappeler de nos noms. On a créé EN TEMPS ET LIEU, un atelier de design en bonne due forme », précise Stéphanie.
Au sein du duo, les rôles sont clairement définis, sans être cloisonnés. La conception et la recherche sont principalement portées par la designer, tandis que Manuel prend en charge l’évaluation technique, la fabrication et la gestion budgétaire. Le processus se veut itératif. « Je laisse vraiment aller mon imagination, ma créativité. Puis quand le concept est final, je le remets entre les mains de Manuel », explique Stéphanie. Son coéquipier intervient alors pour ajuster le projet aux contraintes matérielles : « Souvent, l’imagination est beaucoup plus grande que le budget. Alors, il faut trouver des façons de concentrer l’idée pour que ça fonctionne techniquement et financièrement. »
Après plus de 70 projets réalisés, EN TEMPS ET LIEU revendique une pratique qui se situe à la croisée de l’art, du design et de l’architecture. Pour le duo, le point de départ demeure systématiquement le lieu. « Pratiquement tout ce qu’on fait, ça part du lieu de l’intervention », affirme la cofondatrice. Le design, lui, répond aux usages et aux fonctions, tandis que l’art introduit une dimension poétique. « La forme suit la fonction, mais pour nous, ce n’est pas suffisant », précise-t-elle, évoquant leur volonté d’aller au-delà de l’utilitaire.
Le duo est entre autres derrière PARTIELLEMENT NUAGEUX, une installation qui prenait la forme d’un nuage suspendu, conçue pour créer de l’ombre durant la saison estivale. Les artistes décrivent ce projet comme une réponse directe aux conditions du site, la place des Fleurs-de-Macadam, alors dépourvue de végétation et fortement exposée au soleil. « Après le nuage qui devait créer de l’ombre en été; l’hiver, place au soleil! », résume la cofondatrice. En effet, l’œuvre qui allait suivre, UN BRIN D’SOLEIL, allait s’inscrire dans la continuité logique de PARTIELLEMENT NUAGEUX.

L’oeuvre PARTIELLEMENT NUAGEUX (Courtoisie EN TEMPS ET LIEU/Latrompette Studio)
UN BRIN D’SOLEIL, une œuvre issue du lieu et de son histoire
Arrive donc par la suite UN BRIN D’SOLEIL, cette installation lumineuse aussi réalisée sur la place des Fleurs-de-Macadam, sur le Plateau-Mont-Royal. Le projet prend forme à partir de la connaissance approfondie du site par le duo. « La première chose, c’est toujours le lieu. C’est vraiment le lieu qui va dicter la suite des choses », rappelle Stéphanie.
Lieu d’une ancienne station-service appartenant au père de Jean-Pierre Ferland, le site est devenu un parc municipal nommé en référence à la chanson de ce dernier Les fleurs de macadam. Cette histoire figure aussi comme un socle important du projet. « Le premier couplet de la chanson commence par les paroles “un brin d’soleil” », souligne-t-elle. Cette référence textuelle, déjà inscrite physiquement autour d’un bassin du parc, oriente donc le concept de l’installation.
L’œuvre prend la forme d’un dispositif lumineux circulaire, évoquant à la fois un soleil et une fleur. Cette ambivalence est volontaire, explique la conceptrice, précisant que les animations lumineuses alternent entre des tableaux où une fleur s’ouvre et se referme, et d’autres où le soleil apparaît. L’installation se compose de neuf séquences distinctes, pensées pour offrir des expériences variables aux passants. « Si je passe tous les jours, j’ai la chance de ne pas toujours voir la même chose », indique-t-elle.
La lumière joue ici un rôle central, tant sur le plan fonctionnel que perceptif. « On travaille avec des appareils d’éclairage qui s’illuminent », précise Stéphanie. L’installation vise aussi à répondre à des usages concrets : le parc est traversé quotidiennement par des résidents se rendant vers le métro ou les arrêts d’autobus. « Il y a un certain sentiment de sécurité à créer, parce que beaucoup de gens traversent le parc en diagonale », observe-t-elle.
Conçue pour l’hiver, UN BRIN D’SOLEIL s’inscrit également dans une réflexion plus large sur le climat et les contraintes urbaines. Pour EN TEMPS ET LIEU, ces contraintes sont envisagées comme des points de départ. « On ne les appelle pas des contraintes, mais des révélateurs », affirme Stéphanie. L’hiver, loin d’être perçu comme un obstacle, devient alors un contexte propice à la lumière et à l’expérimentation pour le duo d’artistes.
Comme l’atelier réalise de plus en plus de projets permanents, UN BRIN D’SOLEIL est adaptable et appelée à évoluer selon les saisons et les usages. Sans chercher à imposer un message unique, les deux artistes derrière l’œuvre souhaitent la voir s’inscrire dans une pratique qui privilégie l’expérience du lieu et les parcours quotidiens de celles et ceux qui la traversent.

L’oeuvre UN BRIN D’SOLEIL (Courtoisie EN TEMPS ET LIEU/Latrompette Studio)






