L’hôtel de ville de Montréal (Emmanuel Delacour/EMM)

Élections municipales : 12 travaux pour les élus de l’est

La prochaine administration qui gouvernera Montréal à la suite des prochaines élections municipales en novembre aura du pain sur la planche, notamment dans l’est. Logement, infrastructures, environnement et iniquités territoriales : plusieurs dossiers devront être pris en main en priorité, selon le groupe de réflexion Vivre en Ville.

Anticipant que le champ de bataille électoral serait vaste cet automne, l’organisme a rédigé une liste de 12 engagements structurants, « adaptables à toute plateforme électorale, pour répondre aux défis pressants ». Ces 12 travaux, proposés aux futurs élus municipaux de tout le Québec, permettent ainsi d’examiner les principaux enjeux de chaque territoire.

D’après Christian Savard, directeur général de Vivre en Ville, la priorité au sommet de la liste pour l’est montréalais se trouve aussi au premier rang des travaux proposés par son organisme aux élus. Ce premier chantier serait de « s’assurer que chaque terrain soit utilisé à son plein potentiel pour planifier la sobriété territoriale. » En considérant le territoire comme une ressource précieuse dont l’utilisation devrait répondre efficacement à nos différents besoins, le principe de sobriété territoriale prend ses distances avec l’étalement urbain et avec l’artificialisation du territoire.

« L’est a encore de l’espace pour le développement. Il y a encore des terrains sous-utilisés et il y a même des bâtiments inutilisés, comme celui du siège social de l’ancienne commission scolaire de Montréal », explique M. Savard.

Christian Savard, directeur général de Vivre en Ville (X/Christian Savard)

Le nouveau Plan d’urbanisme et de mobilité (PUM) 2050 de la Ville offre une occasion unique pour mettre en œuvre cette sobriété territoriale et il faudrait en saisir le plein potentiel, ajoute-t-il. « Il faudra rapidement mettre à niveau la réglementation des arrondissements concernés pour aller dans ce sens. » Le travail sera herculéen, mais pas impossible, croit le DG de Vivre en Ville. Celui-ci prend en exemple les nombreux centres d’achats en perte d’achalandage qui sont en voie de trouver une nouvelle vocation, notamment la Place Versailles, dont la planification semble aller de bon train.

En outre, M. Savard insiste sur le fait qu’il faudra « permettre à chaque ménage d’accéder à un logement adéquat et de qualité en accélérant la construction d’habitations, en priorisant le logement à but non lucratif », objectif qui se trouve au troisième rang de la liste de Vivre en Ville. « La construction à but non lucratif doit être priorisée. Les pouvoirs publics devront se montrer proactifs pour fournir des terrains aux organisations qui construisent du logement à but non lucratif », estime-t-il. Ce dernier considère que le manque de terrains sur lesquels il est possible d’exercer un véritable contrôle foncier agit souvent comme un frein à la construction de tels logements. Dans son PUM, la Ville s’est donné comme cible la création de 180 000 logements d’ici 2050 pour résoudre le nœud de l’habitation abordable.

En construisant davantage de bâtiments résidentiels dans l’est, on pourrait faire d’une pierre deux coups, selon le DG de Vivre en Ville, puisqu’en plus de répondre à la crise du logement, on aurait l’occasion de combattre l’étalement urbain. « Ce serait aussi une bonne nouvelle environnementale, parce que l’on construirait là où il y a déjà des infrastructures », affirme-t-il. Cesser l’étalement urbain sur les milieux naturels fait aussi partie des 12 travaux de l’organisme.

Équité territoriale

Si on la retrouve à la fin de la liste de Vivre en Ville, la question de l’équité territoriale n’en est pas moins l’une des plus pressantes pour l’est de la métropole, selon le DG de Vivre en Ville.

« Sur toutes les cartes, que ce soit celles du Grand Montréal ou de la Santé publique, on démontre que l’est est l’endroit où l’on retrouve les populations les plus vulnérables et c’est là où se concentrent les iniquités territoriales. Que ce soit le verdissement, l’accès à certains équipements ou aux transports en commun; il y a beaucoup de choses dont souffre l’est de Montréal et qui n’affectent pas le reste de la métropole », soutient M. Savard.

Pour éradiquer ces iniquités, il faudra « investir plus per capita » dans l’est de la ville, qui « part de loin ». On peut ainsi penser à la forte présence d’îlots de chaleur là où se trouvent de nombreuses personnes vulnérables. Des efforts de verdissement dans ces secteurs devraient donc être amplifiés à ces endroits pour véritablement atteindre une équité territoriale, explique le DG.

Le financement est cœur des préoccupations municipales, et Montréal n’y échappe pas : beaucoup de projets nécessitent la participation de Québec et d’Ottawa pour aboutir. Les élus montréalais devront donc user de leur « capital politique » et prioriser les territoires de l’est s’ils souhaitent parvenir à améliorer la vie de leurs concitoyens. « Je pense notamment à Maisonneuve-Rosemont. On a dans l’est la population la plus vulnérable et son principal hôpital est probablement un de ceux qui sont dans le moins bon état au Québec. Il y a quelque chose qui ne fonctionne pas là », souligne-t-il.

Il faudra donc que les vainqueurs de la prochaine campagne électorale sachent faire pression auprès de leurs collègues des deux paliers de gouvernement afin de mettre de l’avant l’est de Montréal, conclut M. Savard.

Les 12 travaux proposés par Vivre en Ville :

  1. S’assurer que chaque terrain soit utilisé à son plein potentiel pour planifier la sobriété territoriale;
  2. Renforcer le centre-ville, les rues principales et les noyaux villageois dès la première année du prochain mandat;
  3. Permettre à chaque ménage d’accéder à un logement adéquat et de qualité en accélérant la construction d’habitations, en priorisant le logement à but non lucratif;
  4. Cesser l’étalement urbain sur les milieux naturels et mettre en place une protection pour les milieux d’intérêt;
  5. Récupérer de l’espace afin de verdir les milieux de vie, notamment en réduisant la place dédiée au stationnement;
  6. Identifier les corridors écologiques, assurer leur conservation et consolider une trame verte et bleue;
  7. Soutenir la décarbonation des bâtiments notamment par des programmes innovants d’aide financière à l’amélioration de l’efficacité énergétique;
  8. Donner plus de place à la marche et au vélo et faciliter leur pratique au quotidien, en toute saison;
  9. Améliorer l’offre de transport collectif urbain, interurbain et régional. S’engager, en milieu urbain, à développer des parcours à grande fréquence et en site propre;
  10. Développer une communauté nourricière et ne demander aucun dézonage agricole au cours du prochain mandat;
  11. Utiliser les leviers d’écofiscalité, notamment afin d’influencer les choix et comportements des acteurs immobiliers et économiques;
  12. Adopter une lunette équité dans l’élaboration et la mise en œuvre de chaque programme, mesure ou politique municipale.