La rue Ontario (Archives EMM/Mélanie Dusseault)

ÉLECTIONS 2025 : INFLATION ET LOGEMENT AU COEUR DES PRÉOCCUPATIONS DANS HOCHELAGA—ROSEMONT-EST

Créée en 2022 à la suite du redécoupage fédéral des circonscriptions, Hochelaga—Rosemont-Est est constituée de portions des arrondissements de Rosemont et d’Hochelaga. Anciennement appelée Hochelaga, cette circonscription était représentée à la Chambre des communes depuis 2019 par la députée libérale Soraya Martinez Ferrada, aujourd’hui candidate à la mairie de Montréal pour Ensemble Montréal.

Des enjeux bien particuliers à ces secteurs se démarquent lorsqu’on discute avec les candidats des quatre principaux partis. Itinérance, accès au logement, inflation et environnement sont des thèmes dans la bouche de chacun d’entre eux. Toutefois, les solutions pour résoudre ces problèmes varient parfois grandement. Petit tour d’horizon avec chacun de ceux-ci.

Julie Girard-Lemay, NPD

Julie Girard-Lemay, candidate du NPD dans Hochelaga-Rosemont-Est (Courtoisie)

Politologue, avocate et militante, Julie Girard-Lemay a choisi de faire le saut en politique cette année, en réponse à la montée de l’extrême droite dans le monde. Candidate du nouveau Parti démocratique (NPD), elle dit vouloir « protéger les droits qu’il nous reste » dans un contexte où « le révisionnisme historique » et les oligarques prennent de plus en plus de place dans l’actualité. « Quand tout part en cacahuète, je crois qu’il faut défendre nos droits. J’ai décidé de faire campagne pour cette raison et pour mes deux enfants », résume-t-elle.

Au niveau local, la crise climatique est le premier enjeu que souhaite aborder la candidate du NPD. « (Dans Hochelaga—Rosemont-Est), on a des îlots de chaleur, on a des zones industrielles et on a des espaces verts qui sont importants pour les résidents. (…) Pour moi, pour répondre à la crise climatique, il faut d’abord commencer par avoir un environnement qui est sain », souligne-t-elle.

Elle propose ainsi de mettre en place une série de mesures pour protéger les espaces verts de la circonscription. « On a un programme fédéral qui existe déjà par l’entremise duquel le fédéral achète déjà des zones naturelles, qui devrait être bonifié », affirme Mme Girard-Lemay. On pourrait faire appel à ce programme pour protéger des espaces en friche, comme celui sur lequel se trouve en partie le projet de Ray-Mont Logistique, dans le secteur de l’Assomption-Sud—Longue-Pointe. Il serait aussi possible de « donner des droits » légaux aux espaces verts afin de mieux les protéger.  Afin de mieux protéger la qualité de l’air, la candidate veut une réforme des lois qui encadrent les zones portuaires et ferroviaires, qui sont souvent « archaïques ».

En ce qui concerne l’accès au logement, il est urgent d’injecter des fonds pour construire de nouveaux édifices hors marchés dans le parc immobilier fédéral. « Il faut trouver des façons de sortir du marché privé des logements, et donc contrôler réellement le coût de ces logements pour qu’il soit abordable », résume la candidate du NPD. Envoyer des fonds rapidement pour la rénovation, mais aussi pour financer les coopératives d’habitation, serait aussi une priorité pour Mme Girard-Lemay.

Après des années de coupes sous les libéraux et les conservateurs, les transferts d’argent du fédéral vers les provinces doivent être « stabilisés », afin d’assurer une pérennité des programmes sociaux.

Mme Girard-Lemay souhaite aussi que le travail accompli par les organismes communautaires soit reconnu à sa juste valeur. Entre autres, il faut simplifier la vie à ceux-ci en allégeant la lourdeur administrative lorsque vient le temps de trouver du financement, notamment en promouvant les fonds dédiés « à la mission » plutôt que le financement par projet.

Au niveau du coût de la vie, le NPD a misé fort sur sa proposition de plafonner le coût des biens essentiels, afin de réduire la facture à l’épicerie.

Marie-Gabrielle Ménard, PLC

Marie-Gabrielle Ménard, candidate du PLC dans Hochelaga-Rosemont-Est (Courtoisie)

Impliquée dans le milieu des arts depuis des années, d’abord en tant que productrice, puis en tant qu’animatrice à la radio à Winnipeg et à Montréal, Marie-Gabrielle Ménard, affirme être sensible à l’enjeu de la francophonie partout au Canada. C’est à la suite de la dernière élection présidentielle aux États-Unis que celle-ci a décidé de faire le saut en politique pour le Parti libéral du Canada (PLC). « L’élection américaine a été un électrochoc et une grande préoccupation de mon côté », insiste-t-elle.

D’un point de vue plus local, c’est la crise du logement qui arrive en priorité dans son programme. « En tant que locataire, c’est un enjeu qui est important pour moi. Je suis emballée que le gouvernement fédéral, sous Mark Carney, revienne à titre de promoteur dans la construction résidentielle », affirme Mme Ménard. Créer un plus grand volume de logements rapidement est la première solution à privilégier pour répondre à la crise. La candidate veut aussi qu’on mette de l’avant le modèle des coopératives d’habitation, tout en soutenant les personnes qui sont prêtes à acquérir une première propriété.

Au niveau de l’accès à l’alimentation, Mme Ménard se désole de voir que de plus en plus de personnes dans le quartier doivent faire appel à l’aide alimentaire pour se nourrir. Elle préconise donc d’augmenter le soutien aux organismes locaux, auxquels on ne saurait se substituer en termes d’expertise sur le terrain.

Pour la candidate, l’est de la circonscription est « hyper mal desservi » en ce qui concerne les services de transports en commun et en santé. « Je suis contente que l’on voie le projet structurant de l’Est se réaliser à court moyen terme, et c’est vraiment réjouissant de savoir que l’offre va s’élargir », insiste-t-elle. De plus, Mme Ménard dit avoir à cœur la rénovation de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont. « C’est déplorable, l’état de cet hôpital est inacceptable. On accuse des retards dans ce projet-là », soutiens la candidate, qui affirme vouloir continuer de mettre de la pression pour que le projet de rénovation se réalise.

Celle qui reprend dans la circonscription le flambeau du PLC des mains de l’ancienne députée Soraya Martinez Ferrada insiste vouloir être porteuse des mêmes dossiers dans l’est, mais à sa façon. « On a des personnalités différentes, mais je serai comme elle une pieuvre qui maniera plusieurs dossiers », illustre-t-elle. Ainsi, Mme Ménard a notamment le dossier du développement économique à cœur, particulièrement en ce qui a trait à l’économie sociale.

Enfin, la candidate du PLC souhaite que l’on puisse améliorer la cohabitation entre les citoyens et les entreprises qui sont le moteur de l’économie. « Il y a certaines industries qui sont là pour rester. Je serai une politicienne pragmatique à ce sujet-là », souligne-t-elle.

Carl Belley, PCC

Carl Belley, candidat du PCC dans Hochelaga-Rosemont-Est (Courtoisie)

Après avoir fait carrière dans le transport maritime pendant plus de 20 ans, Carl Belley a été délégué à la Guilde de la Marine marchande du Canada, une association dont la mission est de promouvoir les intérêts de ce secteur d’activité.

Le candidat affirme avoir voulu se lancer dans la politique lors de la présente campagne électorale à la suite de la course à chefferie du Parti conservateur du Canada (PCC). « Je suis devenu membre à ce moment-là, parce que je ne voulais pas d’une course électorale entre Justin Trudeau et Jean Charest. Alors je me suis impliqué dans le parti, puis j’ai commencé à parler à du monde à l’association et de fil en aiguille, je suis devenu candidat dans Hochelaga—Rosemont-Est », raconte M. Belley.

Celui-ci met aussi au sommet de sa liste les questions de l’inflation et de l’accès au logement comme étant des priorités dans la circonscription. « Les propositions du Parti conservateur de réduire les impôts de 15% pour la tranche des travailleurs, c’est une très bonne solution », explique-t-il.

Ensuite, M. Belley propose de bâtir plus de logements en offrant un crédit de taxes sur les nouvelles constructions et de couper dans les processus administratifs en ôtant les frais sur les permis, afin d’avoir « un meilleur contrôle sur les prix » des chantiers.

Au niveau des personnes vulnérables, le PCC cesserait de financer les centres de distribution et d’injection à proximité des écoles, « qui amènent beaucoup d’enjeux » de cohabitation, afin de réinvestir les sommes dans des centres de désintoxication.

M. Belley souhaite aussi venir en aide aux personnes âgées en octroyant un congé d’impôt pour les aînés de 10 000$. « On voit que des aînés qui continuent de travailler en raison du coût de la vie, alors je crois que pour les personnes qui travaillent, c’est une très bonne mesure», soutient-il. Ce dernier propose en outre d’étendre à deux ans de plus la période durant laquelle les personnes âgées peuvent cotiser à leur régime enregistré d’épargne-retraite, ou REER.

Pour réduire la facture à l’épicerie et combattre l’inflation, le candidat propose de couper la taxe carbone, car celle-ci « fait augmenter les coûts partout, que ce soit auprès du fermier jusqu’au transport » des marchandises.

La présence des installations portuaires et la cohabitation avec les résidents dans la circonscription est un dossier avec lequel est bien rompu M. Belley. Selon ce dernier, le développement d’une antenne du Port de Montréal à Contrecoeur règlerait beaucoup de problèmes dans la situation actuelle.

Rose Lessard, BQ

Rose Lessard, candidate du Bloc Québécois dans Hochelaga-Rosemont-Est (Courtoisie)

La candidate du Bloc Québécois a la politique dans le sang. Son grand-père, Yves Lessard, était lui-même député du parti dans l’ancienne circonscription de Chambly—Borduas et est l’actuel maire de Saint-Basile-le-Grand. Après avoir passé sa jeune vie à participer à la défense de multiples enjeux dans le milieu communautaire, Rose Lessard s’est engagée dans la politique avec un grand « P » et est devenue présidente du forum jeunesse du Bloc Québécois. Détentrice d’un baccalauréat en science politique et d’une maîtrise en études internationales, elle a voyagé à Paris et au Bénin pour porter des causes qui lui tiennent à cœur, dont l’autonomisation économique des femmes. D’ailleurs, la place des femmes en politique et les difficultés économiques que connaissent les jeunes générations l’ont poussée à faire le saut en politique fédérale.

Dans Hochelaga—Rosemont-Est, Mme Lessard considère qu’Ottawa a le devoir de rendre leur juste part aux provinces, particulièrement au travers des transferts fédéraux. « On le voit, que ce soit dans le logement, dans les transports ou même en santé. Des chantiers comme celui du projet structurant de l’Est ne sont toujours pas réalisés et on voit les dommages que ça fait avec l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont », souligne-t-elle.

Tout d’abord, en ce qui concerne le logement, Mme Lessard souhaite que 20 % des unités disponibles soient des logements hors marché, et qu’un autre 20 % soit réservé au logement social. Elle veut également favoriser l’accès à la propriété en enlevant la TPS sur l’achat d’une première maison.

« On demande aussi davantage de transfert en logement. Le gouvernement fédéral, c’est une grosse machine qui est censée transférer des sommes aux provinces dans des programmes pour le logement. Au Québec, on représente 21 % de la démographie du Canada, mais ce sont seulement 14 % qui sont transférés à la province en matière de logement. C’est une incohérence », martèle-t-elle.

La candidate du Bloc soulève un problème similaire en ce qui a trait à la santé, où 28 milliards de dollars ont été réclamés en transferts par l’ensemble des provinces canadiennes, tandis que « c’est seulement un sixième de cela que le gouvernement libéral a donné ».  Cela a engendré des situations désastreuses, comme celle de la vétusté de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, croit Mme Lessard. Par ailleurs, elle revendique la création de plus de ressources en santé mentale, notamment pour promouvoir le processus de déjudiciarisation des personnes en situation de toxicomanie.

En ce qui concerne l’inflation, la candidate du Bloc Québécois veut que l’on réfléchisse à des solutions pour « briser le cycle de la pauvreté », notamment par l’accès au logement abordable à l’éducation et aux services de la petite enfance par l’entremise de programmes gouvernementaux de soutien aux organismes. D’ailleurs, si elle venait à être élue, cette dernière promet de créer un poste permanent de ressource pour aider les organismes locaux à trouver du financement à son bureau de circonscription.