
Sept gestionnaires d’organismes et d’entreprises ont participé il y a quelques jours à une table ronde portant sur les enjeux électoraux de l’est de Montréal, organisée par EST MÉDIA Montréal (Photo : EMM)
15 septembre 2026Élection 2026 : le transport, HMR et un plan de revitalisation du territoire cohérent interpellent la société civile dans l’est
EST MÉDIA Montréal a récemment réuni autour d’une table sept gestionnaires d’organismes et d’entreprises de l’est de Montréal afin de discuter des enjeux électoraux qui touchent particulièrement notre territoire. Les principaux points de vue ont été exposés par les participants au cours de cette discussion d’un peu plus d’une heure.

Étaient présents à la table : Ron Rayside, architecte et fondateur (Rayside Labossière architecture et urbanisme), Laurence Lavigne Lalonde, vice-présidente développement (Société de développement Angus), Richard Mimeau, vice-président, affaires publiques et développement durable (Matrec) et président du conseil d’administration de la CCEM, Sandrine Archambault, PDG de la Fondation de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, Martin St-Pierre, directeur général (EST MÉDIA Montréal) et animateur de la rencontre, Édith Cyr, directrice générale (Bâtir son Quartier), André Bérubé, éditeur (EST MÉDIA Montréal), et Guillaume Rousseau, conseiller aux affaires publiques (Renaissance Québec). Absent sur la photo : Jean-Denis Charest, président-directeur général (CCEM). (Photo : EMM)
Question : Est-ce que l’est de Montréal est suffisamment considéré dans la présente campagne électorale ?
Jean-Denis Charest : C’est clair que l’est de Montréal était en mode rattrapage, en déficit d’investissements pendant une quarantaine d’années. Je pense que dans les cinq dernières années il y a eu une prise de conscience collective sur ce déficit-là, mais surtout sur le fait que l’est représentait probablement le plus grand levier pour permettre à la Métropole de jouer son rôle de locomotive économique du Québec. On a vu certains investissements se faire en accéléré, mais il y a encore beaucoup, beaucoup de chemin à faire.
L’autre volet pour moi, c’est que c’est clair que l’investissement principal à réaliser est le Projet structurant de l’Est (PSE), qui lui n’a pas du tout avancé au rythme que nous souhaitions. Tant et aussi longtemps qu’on n’aura pas doté l’est de Montréal d’un vrai mode de transport structurant, il sera très difficile de connecter tous les investissements requis pour la revitalisation du territoire et de réaliser le plein potentiel de l’est. Cette impatience-là, on l’entend dans la communauté.
Si un parti est sérieux au cours de cette élection, il va prendre un engagement extrêmement ferme à réaliser le PSE et à accélérer les investissements stratégiques dans les infrastructures. Sans quoi je pense que la Métropole, sans que l’est de Montréal se revitalise rapidement et fortement, ne pourra jamais jouer le rôle de locomotive dont le Québec a besoin.
Édith Cyr : C’est vrai que si on n’a pas de PSE, tout le reste écope. Mais moi ce que j’ajouterais, c’est la question du logement : si tu veux que le logement suive, il faut que tu le planifies en même temps. Si on dit que le PSE va attirer le développement économique, attirer des emplois, alors il y aura aussi le besoin de loger ces gens-là, sans compter le manque actuel de logements abordables à Montréal et dans l’est en particulier.
Ron Rayside : Ça prend un minimum de planification et de cohérence quand on parle de revitalisation d’un grand territoire comme l’est de Montréal. Il faut aussi penser aux espaces publics, aux services collectifs, c’est beaucoup plus large que des écoles et des commerces. Et selon moi, cette planification est très faible en ce moment, il n’y a pas de schéma global. Il n’y a que le projet de développement de l’ancien site de l’hippodrome de Montréal qui amène ce genre de réflexion, et c’est plutôt nouveau. Il faudrait poursuivre dans ce sens.
Laurence Lavigne Lalonde : Le PSE, c’est bien sûr très important, mais il faut aussi s’assurer que les résidents de l’est puissent aller à l’école sur leur territoire, se former, travailler, se divertir, qu’ils aient accès à un milieu de vie complet sans être toujours obligés de se rendre au centre-ville. On veut que ce soit dans les deux sens, oui pour que le centre-ville soit plus accessible, mais aussi pour rendre accessible l’est et ses milieux de vie à toute la population montréalaise. Le PSE doit servir à améliorer les milieux de vie dans l’est de Montréal.
Sandrine Archambault : Les engagements dans l’est de Montréal pour le moment restent très timides, je trouve, notamment au niveau de la santé. La communauté de l’est est complètement défavorisée au niveau de l’accès aux soins de santé. Alors que HMR dessert 26 % de la population montréalaise, nous avons seulement 17 % des lits, l’équation ne fonctionne pas. Nos hôpitaux sont difficiles d’accès, l’ouest a des hôpitaux flambant neufs, mais HMR est complètement vétuste. Bref, l’iniquité est frappante et la présente campagne doit amener des engagements importants et fermes pour les gens de l’est qui ont assez attendu.
Richard Mimeau : La question du transport est primordiale, c’est la colonne vertébrale de la revitalisation de l’est. Se rendre à nos bureaux de Montréal-Est par exemple (Matrec), c’est l’enfer, et c’est une des raisons pour lesquelles certains de nos employés quittent. Sans PSE, ce sera difficile de faire évoluer l’est de Montréal.
Guillaume Rousseau : Nous vivons la même problématique avec le nouveau centre d’impact à Rivière-des-Prairies (Renaissance). Nous sommes rendus à l’étape de faire en quelque sorte la job du réseau de transport public et d’offrir à nos employés un service de navette, parce qu’autrement le délai de transport est incroyable pour nos employés.
Laurence Lavigne Lalonde : Faudrait prendre conscience que les services de santé, le transport, l’éducation, ce ne sont pas des services du gouvernement qui devraient être « rentables ». Ils le sont déjà collectivement. On dirait que nous avons perdu cette notion-là.
Édith Cyr : Il y a des affaires qui ne peuvent pas être traitées par choix. Je ne peux pas dire : je vais te transporter mais je ne te soignerai pas, je vais te transporter mais je ne te logerai pas…
Jean-Denis Charest : Je ne vois pas le PSE comme un projet de transport. Je le vois comme un levier de revitalisation du territoire. Il faut que l’on bâtisse le PSE avec une stratégie parallèle de revitalisation urbaine qui va attirer des investissements économiques, culturels, sociaux, immobiliers qui vont permettre de créer ou d’améliorer des milieux de vie dans l’est. Par exemple, tant qu’on ne sait pas ce que l’on va faire avec le PSE, on ne pourra pas bouger dans le dossier de la rue Notre-Dame, ou encore dans le développement du SIPI (NDLR : grand parc industriel qui inclut les terrains des anciennes pétrolières).
Ron Rayside : Le PSE, c’est le déclencheur de tout le reste. Oui, par exemple, ça peut aider à rendre plus accessible l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, mais ce projet de nouveau HMR devrait lui aussi être planifié pour améliorer le milieu de vie des alentours, ça va prendre de la cohérence pour faire de l’est un territoire vraiment revitalisé.
Richard Mimeau : Les deux principaux objectifs du prochain gouvernement devraient être de finir le PSE et HMR, du moins lancer les travaux dans leur phase finale.
Édith Cyr : Moi je crois que le PSE est effectivement une grande partie de la revitalisation, mais pas que. Oui, c’est une colonne, c’est un levier, mais il faut que tu planifies aussi les autres éléments, que tu trouves des solutions, parce que sans ça on passe à côté et on prend du retard.
Sandrine Archambault : Le danger avec cette élection, c’est que nos grands projets comme HMR, ou le PSE, ralentissent ou reculent. Moi ça m’inquiète.
Ron Rayside : Montréal avait comme réputation dans l’ensemble de l’Amérique du Nord d’être une ville très abordable dans tous les sens du terme : au niveau du logement, mais aussi au niveau des affaires, de la culture, de la vie en général. Il faudrait maintenir cela et en ce sens la revitalisation de l’est de Montréal devient un symbole parce qu’on a encore ce potentiel-là.
Édith Cyr : Il faudrait que ce soit la Ville de Montréal qui dirige la mobilisation, qui porte le discours que c’est l’est qui va contribuer au développement de la Métropole et par la force des choses du Québec. Ce qui est demandé dans l’est, ce n’est pas déraisonnable.
Jean-Denis Charest : Il y a aussi une urgence selon moi d’inscrire l’est de Montréal dans le repositionnement économique que l’on observe du côté du gouvernement fédéral. Si on joue bien nos cartes, l’opportunité est belle de replacer en ce moment l’est de la Métropole au cœur de l’économie du Québec et du Canada. Nous avons les infrastructures et le potentiel industriel pour jouer un rôle majeur.
Guillaume Rousseau : Il faut aussi se poser la question : qu’est-ce qu’on veut attirer comme développement économique avec les terrains qui ne sont pas développés ? Selon moi, on devrait faire en sorte d’attirer des industries qui vont améliorer notre résilience économique. Qui vont nous permettre d’être moins dépendants de l’international. L’économie circulaire, ça en fait partie.
Question : Quoi faire pour créer des emplois de qualité dans l’est ?
Édith Cyr : Créer des entreprises d’économie sociale.
Guillaume Rousseau : L’avantage de l’économie sociale, c’est que ça nous appartient collectivement, ce n’est pas délocalisable. Ce sont des entreprises faites par des gens d’ici au bénéfice des gens d’ici. L’est de Montréal est déjà un pôle important au pays, on a tout intérêt à miser sur cet aspect-là.
Sandrine Archambault : Ce n’est pas juste de créer des emplois, c’est de garder ceux qu’on a déjà. On risque de les perdre si on ne s’occupe pas notamment de nos infrastructures. Évidemment, je pense ici à HMR, mais dans le secteur de l’éducation, c’est aussi problématique en ce moment à certains endroits.
Ron Rayside : Oui des emplois, mais il faut aussi offrir aux employés des milieux de vie développés, agréables, et pas juste du logement…
Question : Est-ce qu’on peut concilier le développement industriel, écologique, l’économie circulaire, etc., et marier tout ça avec une qualité de vie pour les résidents de l’est ?
Laurence Lavigne Lalonde : Il y a des enjeux avec des industries existantes, il ne faut pas se fermer les yeux, mais je pense qu’on a l’intelligence collective dans l’est pour être capable de faire quelque chose d’intéressant.
Sandrine Archambault : Oui, c’est possible. Et l’est a un bel exemple avec ce qui s’est passé dans Angus.
Édith Cyr : Il faut réfléchir à la cohabitation. Des zones d’emplois, ça se planifie.
Jean-Denis Charest : Il faut faire attention à ne pas refaire des erreurs du passé, parce que dans plusieurs secteurs de l’est de Montréal on a en quelque sorte créé ces frictions-là en ayant pas ou peu de zone tampon pour certains usages. Je pense qu’avec l’expérience que nous avons, avec la qualité des acteurs en place, économiques, institutionnels et communautaires, l’est va être capable de trouver des solutions pour rendre cohérents tous ces projets de revitalisation sur le territoire.
Question : Après de fortes mobilisations, comme les Sommets de l’est par exemple, on se retrouve aujourd’hui avec à peu près les mêmes demandes, les mêmes thématiques qu’avant (HMR, PSE, revitalisation des zones industrielles, Notre-Dame, etc.). Qu’est-ce que l’est doit faire pour se faire entendre ?
Jean-Denis Charest : Maintenant ce sont les actions qui vont parler. Mais il y a quand même des choses qui se sont faites dans l’est de Montréal ces dernières années. L’achat des terrains d’Esso, le toit du Stade, la ligne bleue…
On a un débat le 22 septembre… Nous allons être extrêmement exigeants avec les partis.
Aujourd’hui on a un chef du PQ qui est dans l’est. Une cheffe de la CAQ qui a été PDG de la CCEM, un Parti libéral avec une très forte députation dans l’est et un ancien dirigeant de la Fédération des chambres de commerce qui connaît très bien le potentiel qu’il y a dans l’est. On a QS qui a la majorité de sa députation dans l’est de Montréal… Si avec le niveau d’intérêt politique que l’on voit maintenant, arrimé avec une mairesse de la Métropole dont la priorité est l’est de Montréal, et un gouvernement fédéral qui cherche des solutions… Si on n’arrive pas maintenant à démarrer ces grands projets pour la revitalisation du territoire, il n’y aura jamais de meilleur moment…
Question : Vous avez 30 secondes avec le futur premier ministre, vous lui dites quoi ?
Édith Cyr : Il y a un enjeu majeur sur l’abordabilité, on a vraiment besoin d’un financement prévisible, récurrent, pluriannuel. Ça passe inévitablement par le transport, mais simultanément il faut régler la question du logement. Il faut intervenir sur ces deux aspects.
Sandrine Archambault : Je mettrai de l’avant toute l’excellence qu’il y a à HMR, qui traite des gens de partout au Québec. C’est absolument inéquitable le sous-financement des infrastructures, pour HMR c’est, on le sait, une urgence. Je dirai aussi au Premier ministre que le développement de l’est est une grande opportunité pour la croissance du Québec.
Ron Rayside : Je lui dirais que l’est doit se doter d’une vision d’ensemble pour sa revitalisation, même si on sait que ça commence par le PSE. Mais ce dernier doit être un outil pour consolider et densifier des quartiers, pour maintenir l’est de Montréal dans son caractère abordable, autant pour se loger que pour y faire des affaires et se divertir, pour y vivre quoi.
Laurence Lavigne Lalonde : Ça doit faire plus de 60 ans que le tissu social de l’est est tenu par les gens de l’est. On a créé les plus belles organisations sociales. Il est temps que le gouvernement fasse sa part et qu’il nous donne un petit coup de main dans le transport, dans le logement… Nous avons tellement d’intelligence collective ici que nous n’avons pas besoin de 100 % des investissements pour être capables de créer un levier et d’en faire quelque chose d’extraordinaire. On a fait nos preuves mais on a besoin d’un soutien financier.
Richard Mimeau : De mon côté ce serait : vous avez l’article d’EST MÉDIA Montréal entre les mains. Si vous faites ce qui est écrit là-dedans, mes deux premiers ministres souverainistes peuvent compter sur l’est pour devenir la plaque tournante pour démarrer le nouveau pays… Et mes trois premiers ministres fédéralistes, l’est peut devenir votre plaque tournante pour solidifier le Canada et gagner la guerre commerciale ! La revitalisation de l’est de Montréal, ça va juste aider le Québec à être meilleur.
Jean-Denis Charest : 1er message : vous avez deux ans pour lancer les appels d’offre pour le PSE. 2ᵉ message : vous n’avez pas les moyens de ne pas saisir le potentiel de l’est de Montréal.







