Le presbytère de la paroisse Saint-Clément et son église en arrière plan (Emmanuel Delacour/EMM)

Église Saint-Clément : le projet station Viauville tombe à l’eau

La revitalisation de l’église Saint-Clément située dans l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve sous la forme d’un centre multiservice ancré dans la communauté n’aboutira finalement pas. Un des fondateurs du groupe porteur du projet en a récemment fait l’annonce, citant une impossibilité d’arriver à un accord avec les propriétaires pour des raisons pécuniaires.

Après plus de quatre ans à plancher sur le concept de la station Viauville, l’OBNL HocheLab jette l’éponge, n’ayant pu trouver un terrain d’entente avec la fabrique de la paroisse Saint-Nom-de-Jésus.

« Il y a un peu de déception. C’est normal, après trois ans de travail, dont deux durant lesquels le conseil d’administration, Émilie (Therrien) et moi avons travaillé de manière bénévole (…). On a tout mis là-dedans », affirme Marc-André Robertson, directeur général d’HocheLab en entrevue avec EST MÉDIA Montréal.

Marc-André Robertson, directeur général d’HocheLab (LinkedIn)

Depuis 2022, sa collègue Mme Therrien et lui ont passé d’innombrables heures à préparer le dossier, incluant une évaluation de l’état de la bâtisse située au 4903, rue Adam, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. Selon le Rôle d’évaluation foncière de Montréal, l’édifice a été reconstruit en 1928 à la suite d’un incendie deux ans plus tôt. Des informations colligées par Memento, un site répertoriant les immeubles patrimoniaux de l’organisme Héritage Montréal, rapportent que l’immeuble est inoccupé depuis 2009.

La station Viauville se voulait un projet dans lequel des espaces communautaires, un gymnase, sous forme d’une coopérative, et une offre alimentaire auraient été rendus disponibles. L’église et son presbytère étaient visés par le concept, qui aurait par ailleurs conservé les caractéristiques patrimoniales de l’édifice et l’aspect spirituel du lieu de culte.

En 2022, HocheLab avait reçu du ministère de la Culture et des Communications une somme de 43 500 $ pour la station Viauville. Il s’agissait alors du seul projet sélectionné sur l’île de Montréal dans l’enveloppe de 23,95 M$ du ministère pour la requalification de 103 bâtiments patrimoniaux à caractère religieux au Québec.

« La Fabrique espérait encore obtenir un maximum d’argent »

M. Robertson révèle que les négociations entre l’OBNL et la Fabrique n’ont pas débouché principalement pour des raisons pécuniaires.

En effet, plusieurs offres d’achat concurrentielles ont été déposées depuis le début du projet par des promoteurs privés, affirme le directeur général d’HocheLab. « Chaque fois qu’on était sur le point de franchir une nouvelle étape avec ce projet-là, la Fabrique acceptait une autre offre d’achat, mais ces offres d’achat là n’aboutissaient pas. Ça nous a forcés à toujours recommencer », raconte M. Robertson.

Cette instabilité dans les négociations et la « gourmandise » de la Fabrique auront mis un terme aux négociations, indique-t-il. Pour illustrer les attentes élevées des propriétaires de l’immeuble, le directeur général d’HocheLab affirme que lors de la première offre déposée par l’OBNL, la Fabrique aurait fait une contre-offre dans laquelle elle exigeait que les membres du conseil d’administration de l’organisme mettent en hypothèque leurs propres maisons comme garantie financière. « C’est de l’absurdité, qui tue à la base un projet citoyen », s’indigne-t-il.

Dans un message publié il y a quelques jours sur Facebook, M. Robertson soutient que la Fabrique « espérait que l’argent obtenu de la vente de l’église lui permettrait d’entretenir l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus, dont elle est également propriétaire. Ses intentions ont donc toujours été pécuniaires ».

« Nous avons toutefois été bien naïfs de présumer que la Fabrique allait privilégier notre projet ancré dans le quartier et qui s’arrimait aux valeurs de l’église », poursuit-il dans le message. Décidant de se contenter d’acheter seulement le presbytère, l’organisme n’a finalement pas réussi à trouver de terrain d’entente avec le propriétaire.

« La Fabrique espérait encore obtenir un maximum d’argent d’un bâtiment qui nécessite plus d’un million de dollars de rénovations », résume M. Robertson dans son message.

Sur le rôle d’évaluation foncière de Montréal, la valeur du terrain sur lequel se trouvent l’église et le presbytère est estimée à 5 658 000 $, tandis que celle du bâtiment est de 2 310 900 $, pour un total d’une valeur immobilière de 7 968 900 $.

Un projet qui ne sera pas arrimé dans le quartier

Appelé à réagir, le Diocèse de Montréal a répondu à nos questions par l’entremise de la Corporation immobilière Catholique Romaine de Montréal (CICRM). Dans un courriel, le CICRM souligne qu’une autre offre d’achat a récemment été acceptée.

« Au cours des dernières années, plusieurs avenues ont été explorées pour l’avenir de cette propriété, y compris des propositions d’organismes communautaires tels que HocheLab. Bien que celles-ci aient été considérées avec sérieux, aucune n’a permis d’aboutir à une solution réaliste et durable – deux critères essentiels pour répondre à notre responsabilité de réaliser des projets porteurs et à impact social », résume la corporation dans son message.

En raison des engagements de confidentialité liés à cette étape, la CICRM refuse de donner d’autres détails sur le projet lié à l’offre d’achat acceptée.

Pour sa part, M. Robertson croit que c’est un projet d’un promoteur privé qui a été choisi par les propriétaires. Bien qu’il espère que ce projet sera véritablement réaliste et durable, tel que le souhaite la Fabrique, il en doute. « La CICRM aurait dû privilégier un projet par et pour la communauté. (…) Notre projet était durable et réaliste, mais surtout il était ancré dans le tissu social. Les gens qui vont débarquer ici, oubliez ça, ils n’ont pas fait d’études de marché sur le quartier, il n’y a personne qui le connaît », se désole-t-il.

Malgré ce dénouement, HocheLab continuera d’opérer à Montréal. En février, le conseil d’arrondissement de Rosemont—La Petite-Patrie a approuvé une entente de partenariat avec l’organisme dans le cadre du programme Défis innovation Québec en économie sociale, afin de mettre sur pied le projet « Repenser la mixité commerciale par l’acquisition et la location stratégique des espaces commerciaux à Montréal – le cas de la Plaza St-Hubert ».

L’objectif est d’acheter des espaces commerciaux d’ici 2026 sur l’artère commerciale pour les placer à l’abri de la spéculation immobilière. Le projet a une valeur totale de 395 000 $, incluant une subvention de 200 000 $ par le Pôle de l’économie sociale de l’agglomération de Longueuil dans le cadre du programme.