« Consultez un vieux pour 25 cents », avec Hervé Simoneau, est devenu une activité intergénérationnelle phare d’ETA (image tirée de la page Facebook d’ETA)

Au Collège de Maisonneuve, des aînés et des étudiants apprennent à se découvrir

Loin des stéréotypes, les activités intergénérationnelles d’Éducation Troisième Âge (ETA) misent sur l’écoute, les échanges et le partage d’expérience.

Depuis une vingtaine d’années, ETA, un organisme affilié au Collège de Maisonneuve qui offre d’abord de la formation aux retraités, a fait de l’intergénérationnel une composante essentielle de sa mission. Échanges dans les classes, bénévolat, club de lecture, activités culturelles, soutien à certains étudiants ou encore le désormais bien connu « Consultez un vieux pour 25 cents » : les occasions de dialogue se sont multipliées au fil des ans.

La présidente d’ETA, Rose-Lise Blanchette (courtoisie)

« L’intergénérationnel est au cœur de plusieurs de nos projets. Ça fait partie des buts de notre organisme », explique la présidente d’ETA, Rose-Lise Blanchette. « C’est clairement énoncé dans nos statuts et règlements : travailler en collaboration avec le Collège pour organiser et mettre en place des activités intergénérationnelles. »

Déconstruire les préjugés… dans les deux sens

Parmi les activités les plus anciennes figurent les rencontres entre des membres d’ETA et des étudiants en psychologie. Des retraités viennent répondre aux questions des jeunes sur le vieillissement et leur réalité.

Selon Mme Blanchette, ces échanges permettent d’abord de corriger l’image souvent incomplète que plusieurs étudiants entretiennent des personnes âgées. « Le retraité est actif, il n’a pas de problème cognitif ni de mobilité, et ce n’est pas quelqu’un qu’on doit prendre en charge. C’est quelqu’un d’autonome et qui contribue à la société », affirme-t-elle.

Les bénéfices sont toutefois réciproques. Les aînés découvrent eux aussi une réalité qu’ils connaissent parfois mal : celle des jeunes adultes d’aujourd’hui. « Les jeunes font face à des problèmes auxquels nous avons échappé », souligne Mme Blanchette, évoquant notamment la crise du logement et la précarité économique. « Ça nous permet de déconstruire certaines de nos opinions et d’éviter de sermonner en disant : « Dans mon temps… » »

Pour Jean-Philippe Fortin, directeur adjoint aux Services aux étudiants et à la communauté du Collège de Maisonneuve, ces expériences participent également à la mission éducative de l’établissement. « On réussit à former des citoyens engagés dans leur milieu », résume-t-il. « Ce n’est pas une discipline particulière, mais ça fait partie de la mission d’un collège comme Maisonneuve. »

Jean-Philippe Fortin, directeur adjoint aux Services aux étudiants et à la communauté au Collège de Maisonneuve (courtoisie)

Une écoute sans jugement

L’activité la plus emblématique d’ETA demeure « Consultez un vieux pour 25 cents », imaginée en 2005 par Réjean Vanasse et aujourd’hui animée par Hervé Simoneau. Installé dans le foyer du Collège, ce dernier invite les étudiants à venir lui poser une question ou simplement à discuter, en échange d’une pièce de 25 cents.

« C’est le besoin d’écoute », répond-il lorsqu’on lui demande pourquoi la formule fonctionne toujours. « C’est une oreille qu’on prête pour un échange sans prétention. Ce n’est pas une thérapie. C’est un moment d’échange privilégié. »

Au Collège, les étudiants arrivent rarement seuls à sa table. « Ils sont deux, trois, quatre ou cinq. Il y en a un qui avait une question à poser, puis les autres sont là pour écouter et intervenir de temps en temps », raconte M. Simoneau.

Pour lui, ces conversations répondent à un besoin bien réel. « Souvent, on ne peut pas parler de certains sujets avec ses parents, avec ses professeurs ou avec ses amis. Mais avec un aîné, c’est sans conséquence. »

Créer des espaces de dialogue

Cette capacité d’écoute a aussi conduit ETA à participer à des activités portant sur des sujets beaucoup plus sensibles.

Au printemps dernier, deux membres de l’organisme ont rencontré une quinzaine d’étudiants touchés, directement ou à travers leur famille, par les conflits au Moyen-Orient. L’activité, organisée par un travailleur de corridor du Collège, réunissait notamment des jeunes originaires du Liban, de l’Iran, de l’Algérie et du Venezuela.

« Ça a été bien plus un moment d’écoute qu’un moment d’expression de nos opinions », explique Hervé Simoneau. « Nous, on n’y connaît rien à ces guerres-là, autrement que par les lectures qu’on peut en faire. Mais eux, ils le vivent quotidiennement avec de la parenté qui est toujours là-bas. »

Selon lui, la rencontre a permis aux étudiants d’échanger autant entre eux qu’avec les aînés, dans un climat d’ouverture.

D’autres activités intergénérationnelles abordent également des enjeux comme la santé mentale ou la prévention du suicide, et ce, toujours à la demande de professeurs ou des services du Collège.

Le bénévolat comme lieu de rencontre

ETA accueille aussi des étudiants qui souhaitent faire du bénévolat, notamment lors de ses bazars annuels ou d’activités communautaires. Ces expériences donnent parfois lieu à des rencontres marquantes.

Par exemple, les étudiants sont encore aujourd’hui impressionnés par un bénévole de 94 ans, ancien professeur de biologie au collégial, qui participe toujours au tri des livres et échange avec eux sur la littérature ou les sciences, raconte Rose-Lise Blanchette.

Pour les retraités aussi, ces activités représentent une source importante de motivation. « Le contact avec les jeunes est très énergisant », affirme Mme Blanchette. « La transmission est devenue rare et elle crée un lien précieux. On a besoin de contacts, on a besoin d’aller les uns vers les autres. »

Miser sur la diversité

Pour la prochaine année, ETA souhaite poursuivre le développement de ses activités intergénérationnelles tout en élargissant leur portée.

L’organisme prévoit notamment créer un registre des compétences de ses bénévoles afin de mieux mettre leurs expertises au service des différents départements du Collège. Des projets intergénérationnels sont également en préparation avec les Premières Nations dans une perspective de réconciliation, ainsi qu’avec les communautés immigrantes.

Un autre projet vise à réaliser des « portraits de vie » de personnes âgées plus vulnérables, grâce à la participation d’étudiants bénévoles. « On ne veut pas juste qu’ils soient à l’écoute de ce que nous, on a à dire », explique Rose-Lise Blanchette. « On veut surtout les faire parler », indique la présidente d’ETA en terminant.


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