
La cérémonie de graduation 2025 des mentorés du Collège Marie-Victorin, accompagnés de leurs mentors (Courtoisie)
11 Décembre 2025L’École des Grands transforme la vie des jeunes de Montréal-Nord et de partout ailleurs au Québec
Un programme de mentorat par des collégiens et des universitaires, lancé par une professeure du Cégep Marie-Victorin, contribue chaque année à la progression scolaire de centaines d’enfants provenant de milieux défavorisés.
Démarrée par Alisha Wissanji en 2015, l’École des Grands est une initiative dorénavant établie dans 25 cégeps et universités du Québec et de l’Ontario. À ce jour, 2 702 enfants du primaire et 2 241 mentors ont pris part au projet.
Immigrante québécoise de deuxième génération, Alisha Wissanji a eu une enfance particulière. À partir de l’âge de 8 ans, sa famille établie à Granby prend part à un programme gouvernemental pour héberger des réfugiés afghans fuyant la guerre. « On a accueilli comme ça 250 réfugiés sur une période de 10 ans. […] Je trouvais ça injuste que des enfants de mon âge n’aient pas la même chance de réussir à l’école que moi. Alors, j’ai commencé à faire de l’aide aux devoirs auprès d’eux », raconte Mme Wissanji.
Celle-ci continue de s’impliquer ainsi jusqu’à ses 18 ans, puis déménage à Montréal afin de poursuivre ses études. En parallèle, elle ramasse des fonds pour créer à Granby un centre d’aide aux devoirs destiné aux immigrants issus de pays en guerre. Avec sa famille, Alisha Wissanji ouvre ainsi cinq centres du genre au Québec.
Quelques années plus tard, une fois arrivée en poste à titre de professeure au Cégep Marie-Victorin, à Montréal-Nord, elle est choquée d’apprendre qu’un enfant sur quatre décroche du secondaire dans cet arrondissement.
« Ce n’étaient pas des enfants de réfugiés, c’étaient des enfants qui viennent d’ici. Alors, j’ai optimisé mon expérience et je suis allée voir la direction du Cégep en leur proposant un programme, indique Mme Wissanji. Mon petit frère a eu l’idée d’appeler ça l’École des Grands, parce qu’on allait permettre à des enfants du primaire à risque de décrocher d’aller à l’école des grands, c’est-à-dire de venir dans le cégep de leur quartier pour recevoir du mentorat. »
Jumeler petits et grands
Le concept de l’École des Grands est simple : des enfants d’âge primaire qui vivent des difficultés à l’école vont les samedis dans des établissements postsecondaires de leur quartier pour y recevoir du mentorat et de l’aide aux devoirs, et vivre des activités d’éveil scientifique. « On offre le transport et les déjeuners, parce qu’on est en milieux défavorisés, et c’est souvent le seul endroit où ils peuvent manger à leur faim », souligne la créatrice du programme.

Alisha Wissanji, instigatrice du programme de l’École des Grands (Courtoisie)
À travers les activités d’éveil scientifique, les enfants découvrent ce qu’est la méthode scientifique avec de petites expériences, telles que décoder l’ADN d’une fraise ou faire de la crème glacée. « Ce sont des activités ludiques, mais qui leur permettent aussi de démystifier les sciences. Surtout, ça les aide à réaliser que les sciences ne sont pas seulement réservées aux hommes blancs notamment, que ça peut leur être accessible », insiste Mme Wissanji.
Signe que le programme poursuit sa croissance, il accueillera durant l’année scolaire 2025-2026, prévoit-on, un nombre record de 1 800 élèves vulnérables partout dans la province, ce qui représente une augmentation de 50 % comparativement à l’année précédente.
Au Québec, l’École des Grands est déployé dans 12 régions administratives, là où les besoins sont les plus importants. « On sélectionne les centres de service scolaire (CSS) qui ont des taux de décrochage supérieurs à la moyenne québécoise […]. Au sein de ces CSS, on identifie les écoles en milieux défavorisés. Au sein de celles-ci, ce sont tous des enfants en difficulté scolaire que les enseignants identifient qui participent au jumelage », explique Mme Wissenji.
Un effet positif
L’impact de l’École des Grands a été mesuré au fil des ans et une étude résume les données collectées entre 2016 et 2023. « On y va vu que les garçons du primaire provenant de milieux défavorisés, s’ils viennent à l’École des Grands, en mathématiques, ils se maintiennent en réussite toute l’année scolaire, alors que s’ils ne viennent pas dans le programme, ils tombent en échec à la fin de l’année scolaire », souligne la créatrice du programme.
De plus, les études démontrent que les enfants au primaire en milieux défavorisés qui connaissent des difficultés en français et en mathématiques sont plus à risque de décrocher au secondaire. « Ça change une trajectoire de vie », résume Mme Wissanji. Ancien mentoré de l’École des Grands, entre 2015 et 2016, et désormais mentor, Kervens Gino Estimable, abondent dans le même sens que la créatrice du programme.

Kervens Gino Estimable, ancien mentoré de l’École des Grands et mentor actuel (Courtoisie)
« Avec le précieux soutien de l’École des Grands, j’ai surmonté l’isolement et les difficultés que j’éprouvais à l’école. Entouré d’enfants qui partageaient mes défis, j’ai trouvé ma place. L’exemple de mon mentor m’a permis de gagner énormément en confiance et de prendre plaisir à faire mes devoirs. Je suis devenu plus en contrôle, moins stressé », affirme-t-il.
Ce jeune issu de Montréal-Nord, qui étudie aujourd’hui en psychologie au Cégep Ahuntsic, s’est engagé comme mentor au sein de son cégep. « Aujourd’hui, je m’implique au sein du programme afin de faire vivre aux jeunes mentorés l’expérience positive que j’ai vécue et leur offrir un endroit où ils se sentent bien, acceptés, et où ils peuvent croire en leur capacité à dépasser leurs difficultés. »
Pour Mme Wissanji, le travail se poursuit. Elle donne au programme l’objectif d’aider 100 000 enfants par année d’ici 10 ans. « Au Québec, en moyenne, c’est un garçon sur cinq et une fille sur dix qui décrochent du secondaire. Il y a un demi-million d’enfants qui sont dans des écoles publiques primaires au Québec, et là-dessus, c’est le quart qui est en milieux défavorisés et qui a de la misère en français et en mathématiques. C’est le quart qui est à risque de décrocher au secondaire. Je crois qu’on est capable, à l’École des Grands, d’aider 80 % de ces enfants à risque. Et on estime que pour chaque dollar qu’on investit dans le programme, c’est 1 000 $ qu’on sauve à la société québécoise en raison du décrochage scolaire », rappelle en terminant Mme Wissanji.






