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22 mai 2026Deux pharmacies de l’est de Montréal offrent les produits menstruels au prix coûtant
Il est désormais possible de se procurer des produits menstruels au prix coûtant dans deux pharmacies Familiprix de l’est de Montréal. Les succursales situées sur la rue Masson, dans Rosemont–La Petite-Patrie (RPP) et sur la rue Hochelaga, dans Mercier–Hochelaga-Maisonneuve (MHM) participent ainsi à un mouvement qui prend de l’ampleur au Québec pour contrer la précarité menstruelle.
Le mouvement a été lancé le 1er mai dernier par le pharmacien-propriétaire Michaël Tourigny, à Shawinigan-Sud. Depuis, plusieurs pharmacies indépendantes, principalement affiliées à Familiprix, ont emboîté le pas.
Jean-Maurice Weibel, pharmacien-propriétaire des deux pharmacies de l’est de Montréal en question, dit avoir rapidement pris la décision d’entrer dans la danse dès qu’il a vu l’initiative circuler. « On s’est dit que c’était une action qu’on pouvait mettre en place localement pour faire une différence concrète dans la communauté », souligne-t-il.
De plus, Weibel explique avoir constaté depuis un an un changement notable dans les habitudes d’achats. « On constate qu’une partie de la population en arrache de plus en plus du côté financier. Les gens achètent moins, même pour des items essentiels. On cherchait une façon d’avoir une action communautaire qui puisse avoir un impact tangible dans le quartier », dit-il.
Pour illustrer son propos, outre le volume d’achats en pharmacie moins élevé qu’auparavant, Weibel donne l’exemple des paniers alimentaires LUFA, dont sa pharmacie est dépositaire. Il affirme que les commandes sont moins volumineuses qu’avant, avec moins de produits dispendieux, et certaines ne sont carrément pas récupérées par les clients.
Des économies variables selon les produits
Cette nouvelle politique de prix, en vigueur jusqu’à la fin de 2026, touche l’ensemble des produits disponibles en magasin, qu’ils soient jetables ou réutilisables.
En vendant les produits menstruels au prix coûtant, les pharmacies renoncent à leur marge de profit. Le prix final correspond donc exactement au montant payé au grossiste. Les économies varient selon les articles, mais elles sont particulièrement importantes pour les produits réutilisables.
Par exemple une coupe menstruelle DivaCup, vendue habituellement 37,49$, est désormais offerte à 23,90$. Les culottes menstruelles réutilisables de la même marque passent quant à elles de 33,99 $ à 23,45 $. Pour les produits jetables, les réductions se situent généralement entre 15 % et 20 %.
Selon les calculs du pharmacien, la mesure représente un manque à gagner d’environ 3 000 $ à 4 000 $ par succursale pour l’année 2026. « On n’a pas pris cette décision basée sur ces montants-là, mais plus sur nos valeurs. On voulait vraiment faire une différence concrète dans la communauté », précise-t-il.
Des subventions disponibles… mais pas partout
Certains arrondissements de Montréal subventionnent l’achat de produits menstruels durables. C’est le cas de MHM, où les résidents peuvent obtenir un remboursement allant jusqu’à 66 % du prix d’achat jusqu’à concurrence de 100 $, ou jusqu’à 100 % pour les ménages à faible revenu, jusqu’à concurrence de 180 $. L’initiative, gérée par Nature‑Action Québec, couvre les serviettes hygiéniques et les culottes menstruelles lavables ainsi que les coupes menstruelles.
Toutefois, aucune mesure similaire n’est offerte dans RPP, où se trouve l’une des pharmacies de Weibel. « Les deux pharmacies sont à 20 minutes de marche l’une de l’autre, et dépendamment d’où tu habites, le support que tu peux obtenir pour l’achat les produits menstruels est complètement différent », fait remarquer le pharmacien.
Interrogé par EST MÉDIA Montréal, l’arrondissement de RPP explique que d’autres priorités guident ses investissements actuels. Dans une réponse écrite, l’administration affirme : « L’arrondissement mise sur une gamme de projets bénéficiant à l’ensemble de la population, comme la plantation de microforêts, le verdissement de ruelles, la création de nouveaux espaces de jardinage ou encore l’aménagement de parcs et de places éponges. » Elle ajoute que « différentes possibilités sont envisagées et seront analysées durant le mandat 2025‑2029 » concernant une éventuelle subvention pour les produits d’hygiène durables.
Élargir le débat
À terme, la mesure en vigueur jusqu’à la fin de l’année 2026 dans les deux pharmacies fera l’objet d’une évaluation pour déterminer si elle sera reconduite ou non. « On va regarder si on continue ou si on réoriente les sommes allouées vers une autre action communautaire. Il est encore trop tôt pour se prononcer », précise Weibel.
Même s’il estime qu’il est actuellement prématuré de mesurer les effets de l’initiative sur l’achalandage, le pharmacien souligne les nombreuses réactions positives à la suite de sa mise en place « Ce qui est bien actuellement, c’est que beaucoup de femmes, et d’hommes aussi, nous félicitent.(…) Je trouve que c’est un enjeu de société, pas seulement un débat qui concerne les femmes », dit-il.
Au-delà des économies réalisées par les clientes, le pharmacien constate que le mouvement contribue à mettre davantage en lumière l’enjeu de la précarité menstruelle. « Ce n’est pas un débat qu’il faut cantonner à une situation qui affecte uniquement les femmes. Je pense qu’il faut le regarder de façon plus large; en termes d’égalité et d’équité », déclare Jean-Maurice Weibel.







