
(Courtoisie)
27 août 2025Des fissures de trottoirs transformées en œuvres d’art
Une mosaïste, résidente de Mercier-Est, crée des parcours culturels inattendus dans l’est de Montréal. Laurence Petit, aussi connue comme la Fée des trottoirs, transforme des fissures de trottoirs en véritables œuvres d’art.
Ces fentes de trottoirs métamorphosées se retrouvent dans trois quartiers (Mercier-Est, Rivière-des-Prairies (RDP) et Pointe-aux-Trembles (PAT)) et se déploient en deux volets : une collaboration avec l’Insectarium de Montréal et un projet personnel financé par le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ).

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La technique employée par la Fée des trottoirs consiste à combler les fentes dans le sol avec des mosaïques, une pratique nommée « flacking », inspirée d’un artiste français. « C’est un artiste en France qui s’appelle Ememem qui a inventé cette technique-là. Il vient de Lyon », précise Laurence Petit.
Cette dernière note également les similarités de cette méthode avec une pratique ancestrale japonaise. « Le Kintsugi, c’est un art japonais qui fait de la réparation de céramique brisée avec de l’or. C’est un peu le même principe, c’est-à-dire de magnifier la fissure pour la rendre encore plus intéressante », explique la mosaïste.
Célébrer les insectes dans PAT
Dans les rues de PAT, on retrouve un parcours d’une vingtaine de mosaïques en hommage aux insectes. Le projet « Les insectes et la Fée », en partenariat avec l’Insectarium de Montréal, est né à la suite d’une résidence artistique de six mois effectuée par l’artiste. L’initiative présentée dans le cadre des célébrations de l’entomophilie vise à « sortir des murs de l’Insectarium pour aller rejoindre les Montréalais, pour aller rejoindre les gens », explique l’artiste.
Le parcours commence au Jardin communautaire du parc Richelieu, se poursuit sur la rue Forsyth, avant de bifurquer vers les rues autour de l’école primaire Sainte-Germaine-Cousin et se déploie en direction de la rue Notre-Dame. Des visites guidées sont prévues lors des Journées de la culture, le 27 septembre, en présence de l’artiste.
« Semer la joie » dans Mercier-Est et RDP
Le deuxième volet, intitulé « Semer la joie une mosaïque à la fois », se retrouve surtout dans le quartier de résidence de l’artiste et s’étend vers RDP. L’intervention dans Mercier-Est représente la plus substantielle de l’artiste dans un seul secteur. « Dans Mercier-Est, ça risque d’être un de mes plus grands parcours. Si j’ajoute toutes les mosaïques que j’ai faites déjà, je vais en rajouter une vingtaine. Donc, il y aura près de 60 mosaïques qui vont être répandues un peu partout », souligne Laurence Petit.

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L’extension vers RDP découle d’un partenariat administratif positif. « J’ai décidé de le faire aussi à RDP parce que d’abord, j’ai eu une super belle ouverture et une belle collaboration avec la responsable de l’art public dans l’arrondissement. Puis, on a tellement eu de fun à préparer celui de l’Insectarium, qu’on s’est dit que c’était très le fun d’en amener aussi à RDP. »
Quant aux thèmes des mosaïques qu’on retrouve dans ces deux quartiers, ils sont choisis au gré de l’inspiration de l’artiste en fonction des fissures repérées sur le terrain.
Les défis de l’hiver québécois
L’idée de combler les craques des trottoirs avec des mosaïques a émergée durant la pandémie, explique l’artiste. « J’ai eu beaucoup de temps. Alors, je me suis dit, bon, bien, c’est le moment idéal pour essayer! »
Dès le départ, elle avait tout de même des appréhensions face à l’hiver québécois, et ces dernières se sont rapidement confirmées. « Ils (les œuvres) n’ont pas du tout résisté au premier hiver. Mais j’ai tellement aimé ça, faire ça, que j’ai fait des recherches. J’ai contacté un ingénieur pour essayer de voir quel matériau utiliser pour que ça résiste à notre climat », se souvient-elle.
C’est ainsi que Laurence Petit est parvenue à créer une nouvelle méthode adaptée aux intempéries hivernales. « Assez rapidement, j’ai trouvé un ciment qui fonctionne. (…) J’ai développé́ une nouvelle technique qui n’est pas une technique que j’utilisais dans mes mosaïques régulières. Donc, j’ai inventé ma technique », explique la mosaïste, qui compte une vingtaine d’années d’expérience à son actif.
Grâce à cette approche renouvelée, la durée de conservation des œuvres s’est bonifiée de plusieurs années. « Les plus vieilles ont déjà 4 ans. Elles sont impeccables, s’enthousiasme Laurence Petit. Mais ça peut durer probablement plus longtemps que ça. »
Pour maximiser les chances de pérennité de son art, l’artiste est également en contact avec le département des travaux publics. « Je sais où ne pas aller. Je sais quels trottoirs éviter parce qu’ils vont être réparés bientôt », indique-t-elle.
Au-delà des trottoirs
En dehors de ses interventions sur les trottoirs, l’empreinte artistique de Laurence Petit se retrouve sous différentes formes dans l’est de Montréal. Par exemple, au parc Thomas-Chapais, où elle a créé la mosaïque nommée Éclat de joie avec les élèves de l’école Saint-Justin. Une autre œuvre a été réalisée à proximité de cet emplacement avec des élèves de l’école Cardinal-Léger. On retrouve aussi une sculpture en mosaïque proche du marché Maisonneuve, façonnée en compagnie d’étudiants de l’école secondaire Chomedey-De Maisonneuve.

Éclat de Joie au parc Thomas-Chapais (Courtoisie)
L’est de Montréal : bientôt une destination d’art urbain?
Pour la suite des choses, la Fée des trottoirs souhaite poursuivre sur sa lancée et continuer à créer des œuvres d’art dans les quartiers de l’est montréalais.
Laurence Petit nourrit d’ailleurs de grandes ambitions pour ce secteur de la métropole. « Mon but dans la vie, avec toutes les mosaïques que je fais dans l’est, (…) c’est vraiment de faire en sorte que l’est de Montréal devienne une destination de mosaïques », s’exclame-t-elle.
À travers cette démarche, elle rêve de le transformer en un musée à ciel ouvert, où l’art s’invite dans le quotidien et se découvre au détour d’une rue.







