
Le maire sortant de Saint-Léonard, prendra sa retraite à la fin de son mandat, après 47 ans de vie politique active (Emmanuel Delacour/EMM)
26 juin 2025DÉPART À LA RETRAITE DE MICHEL BISSONNET : 47 ANS AU SERVICE DES LÉONARDOIS
Le maire sortant de Saint-Léonard, doyen des élus de Montréal et politicien de carrière depuis 47 ans, prendra sa retraite à la fin de son mandat. EST MÉDIA Montréal s’est entretenu avec Michel Bissonnet pour une rétrospective riche en souvenirs et anecdotes.
On entre dans le bureau du maire de Saint-Léonard comme dans un musée. Sur les murs sont exposés des clichés avec des personnalités politiques et publiques qu’il a côtoyées au fil des ans. Derrière son bureau figure à sa gauche un portrait à l’Assemblée nationale du Québec aux côtés de Bernard Landry et de Jean Charest, respectivement anciens chefs du Parti québécois et du Parti libéral du Québec, puis à sa droite un ensemble de portraits retraçant la généalogie de trois générations de Bissonnet, avocats et personnes d’État, qui, à l’instar du maire léonardois, ont marqué la vie publique du Québec.
Au centre, c’est une carte surdimensionnée de l’Italie qui prédomine sur le mur du bureau de l’élu, symbole de son affection pour la communauté qui a bâti l’ancienne banlieue montréalaise devenue arrondissement de la métropole. D’origine québécoise, M. Bissonnet parle couramment l’italien. « C’est la propriétaire du logement dans lequel je résidais à l’époque qui m’a appris l’italien », raconte M. Bissonnet. Ce rapprochement avec la population de Saint-Léonard résume bien la philosophie politique du maire, dont le slogan lors de sa première campagne électorale en 1978 est « Vivre ensemble ».
« Moi, j’étais fait pour la politique. Je suis un gars qui parle à tout le monde. Quand j’ai commencé à Saint-Léonard, je prenais l’autobus sur Lacordaire à partir de l’arrêt sur des Grandes-Prairies, puis je m’assoyais sur le premier banc en avant pour saluer chaque passager et leur donner des pamphlets », raconte le maire sortant.
Le monde politique, il le côtoie tout d’abord en tant qu’employé de la Ville de Montréal, à titre d’archiviste et de commis de bureau, puis de greffier. « J’étais fils d’une mère monoparentale, il fallait donc aider à supporter la famille. J’étais très bon en dactylographie. Après un bout de temps, j’avais pas mal occupé toutes les fonctions à la Ville. Puis en même temps, j’ai fait mon cégep le soir et ensuite mon droit à l’Université de Montréal, sur des heures flexibles », se remémore M. Bissonnet.
Après deux tentatives pour se faire élire, la première sous la bannière du Nouveau parti démocratique dans la circonscription fédérale de Papineau en 1967 et la deuxième en 1969 aux élections municipales de Laval, M. Bissonnet remporte enfin son pari politique en 1978 à Saint-Léonard, ou il siégera en tant que maire jusqu’en 1981, avant de faire le saut en politique provinciale. En effet, il sera député de Jeanne-Mance, puis de Jeanne-Mance—Viger (qui recoupe essentiellement le territoire de Saint-Léonard) de 1981 à 2008. De plus, il sera nommé président de l’Assemblée nationale de 2003 à 2008.
Il reviendra ensuite au poste de maire de Saint-Léonard en 2008, lors d’une élection partielle, qu’il gagne avec 94 % des voix. « Je l’ai remporté contre des candidats italiens et à l’époque certains se sont étonnés d’un résultat aussi fort, parce qu’on voyait rarement cela à Montréal. Certains ont même qualifié ce résultat de « soviétique » », dit-il à la blague.
Pourtant le décompte des voix lui donne raison et 17 ans plus tard, l’élu nous montre fièrement, preuve à l’appui (celui-ci s’est donné la peine d’imprimer le scrutin) le résultat incontestable. Depuis les élections générales de 2009, qu’il remporte à nouveau, M. Bissonnet occupe le poste de premier élu de Saint-Léonard.
Peut-être s’étonnera-t-on moins de son succès en politique en apprenant qu’il était un des plus fiers porte-étendard du PLQ lors de sa carrière de député. Ce dernier raconte : « Quand j’étais député, j’avais une liste de 7 000 ou 8 000 citoyens, avec leur date de naissance. À leur anniversaire, je les appelais ». C’est avec de telles attentions qu’il a réussi à enregistrer à lui seul 6 000 membres du PLQ à un certain point, un nombre substantiel.
Réussites
À l’âge vénérable de 83 ans, M. Bissonnet ne le dément pas, il était temps de prendre sa retraite. Tout d’abord parce que sa santé a été ébranlée par un AVC en 2022. Après une pause de la vie politique et une réadaptation, il reprend progressivement son poste trois mois après l’incident. Toutefois, même s’il affirme qu’il s’agissait d’un « léger AVC », l’histoire laisse sa marque et est un rappel des effets inéluctables du temps sur le corps et l’esprit. Cependant, quand on parle au doyen des élus de Montréal, rien n’y paraît, celui-ci est toujours vif d’esprit, même après une bonne heure d’entrevue.
« Malgré tout, 83 ans, je trouve que c’est assez vieux pour une retraite. Ça fait 47 ans que je fais de la politique active, sans arrêt. Puis, je regarde ce qui s’est passé avec (Joe) Biden (46e président des États-Unis qui a quitté son poste à l’âge de 82 ans), puis je me dis qu’il faut laisser la place aux jeunes », insiste-t-il.
Les jeunes, il les porte dans son cœur et a toujours voulu partager sa passion de la politique avec eux. D’ailleurs, une de ses plus fières réussites est d’avoir mis sur pied le premier conseil jeunesse de Saint-Léonard en 2022.
Évidemment, le prolongement de la ligne bleue du métro de Montréal est le chantier incontournable qui transformera sans équivoque Saint-Léonard pour les décennies à venir. À ses premières heures, M. Bissonnet en est le défenseur. Même dans les années 1980, lorsqu’on imagine un projet qui mourra au feuilleton, celui-ci y voit un potentiel énorme. « On était tous pour ça. Il faut pouvoir développer l’est de Montréal. Il y a des terrains qui sont en attente de redéveloppement, et la ligne elle va aider pour ça », assure-t-il.
L’histoire semble vouloir se répéter dans cet arrondissement, qui passe de l’état de petite bourgade de l’île de Montréal dans les années 1950, alors qu’à peine un millier d’individus y résident, à un véritable village urbain avec une population de plus de 50 000 citoyens à peine vingt ans plus tard.
On peut donc s’attendre à une autre explosion de la population dans l’arrondissement avec l’arrivée d’un nouveau mode de transport en commun. Les projets de tours à logement se multiplient et les projections démographiques (15 000 à 20 000 résidents de plus) pourraient faire tourner la tête à plus d’une personne responsable d’une telle planification urbaine. Nul doute, celui ou celle qui succédera au maire sortant aura entre les mains un travail herculéen à compléter. Pourtant, M. Bissonnet se veut rassurant : il est convaincu que les plans d’aménagements déjà échafaudés par l’arrondissement et la Ville sauront guider un développement judicieux.
Dans un tout autre registre, le maire tire une grande fierté de plusieurs autres accomplissements sous sa gouvernance, dont la création de 18 clubs d’âge d’or pour les Léonardois, la construction d’innombrables pavillons dans les parcs de l’arrondissement, l’édification de résidences pour les personnes âgées et de coopératives pour les familles dans les dernières années. Parmi les édifices construits en vue d’offrir une abordabilité du logement, on pensera entre autres à la Coopérative de solidarité Les Voisins de Viau-Robert construite en 2021, comportant 197 unités locatives pour les familles et petits ménages. « On en a un autre projet avec Bâtir son quartier sur la rue Bélanger avec du logement social qui est en train de se réaliser », ajoute M. Bissonnet.
De plus, le maire a été l’architecte et supporter de plusieurs grands événements marquants dans l’arrondissement, dont son 125e anniversaire, les 50e anniversaires de la bibliothèque et de l’aréna (aujourd’hui nommé) Martin-Brodeur et près de 30 éditions de la Fête du citoyen. Enfin, c’est à M. Bissonnet qu’on doit le retour de la métropole dans les rangs de l’Union des municipalités du Québec. En tant que responsable des relations gouvernementales et des affaires institutionnelles sur le comité exécutif de la Montréal, il a su convaincre l’ancien maire Gérald Tremblay de rejoindre cette institution, au sein de laquelle M. Bissonnet a siégé à titre de membre du CA et du CE.







