
(Photo tirée du Facebook de l’arrondissement Ville-Marie)
8 septembre 2025La démographie distinctive du Centre-Sud
La population du quartier Centre-Sud de Montréal se distingue de celle du reste de la métropole, plusieurs caractéristiques démographiques faisant de ce territoire un secteur particulier dans le paysage montréalais. Les données issues du dernier recensement de Statistique Canada, ainsi que des portraits produits par la Direction régionale de santé publique et par le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, permettent d’en observer les principales particularités.
Le Centre-Sud regroupe les territoires de Sainte-Marie et de Saint-Jacques dans l’arrondissement de Ville-Marie. On y retrouve notamment le Village qui ne constitue pas un secteur administratif en soi, mais qui contribue à la notoriété du quartier. Sa population est composée en grande partie de jeunes adultes âgés de 18 à 44 ans, ce qui explique qu’on y trouve proportionnellement moins d’enfants et de personnes âgées que dans d’autres secteurs de Montréal. L’espérance de vie y est également légèrement plus courte que la moyenne montréalaise.
« Quand on regarde les données statistiques, on remarque, grosso modo, une population au cours des 20-25 dernières années qui est assez stable au niveau de l’âge. Ce n’est pas une population qui vieillit beaucoup à comparer à d’autres quartiers de Montréal où la population va rester longtemps dans le quartier », explique François Bergeron, directeur général de la Corporation de développement communautaire (CDC) Centre-Sud.
« Le pic au cours des 20 dernières années, c’est toujours autour d’une moyenne de 35-45 ans », ajoute-t-il.
Nick Revington, professeur adjoint à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) note pour sa part qu’il s’agit « d’un quartier qui est en cours de gentrification, mais contrairement, par exemple, au Plateau, on ne le décrirait pas forcément comme étant complètement gentrifié ». La présence d’étudiants et de jeunes travailleurs contribue à maintenir cette particularité et explique le roulement élevé des résidents.
Ce dernier relève également la proximité de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et de plusieurs cégeps pour expliquer la moyenne d’âge. « L’UQAM, c’est quasiment juste à côté (…). Ça serait très pratique pour un étudiant d’y vivre », fait-il remarquer.
Une population de passage sans enfant
La mobilité des résidents est aussi particulièrement marquée dans ce secteur. Beaucoup s’y installent pour une période limitée avant de déménager vers d’autres endroits. Les femmes y ont en moyenne moins d’enfants que dans l’ensemble de Montréal, ce qui contribue à la faible présence de familles avec de jeunes enfants dans le quartier.

François Bergeron, directeur général de la CDC Centre-Sud (LinkedIn)
« Ce qu’on voit, c’est principalement des personnes qui sont en fin d’études, début de carrière, qui à un moment donné dans le parcours de leur vie veulent s’établir dans des milieux, disons pour avoir des familles », observe François Bergeron. Plusieurs de ces ménages quittent donc le quartier au moment d’avoir des enfants, privilégiant d’autres secteurs où l’offre de services éducatifs et communautaires correspond davantage à leurs besoins.
Par ailleurs, les données de santé publique révèlent que les habitudes de consommation sont plus marquées que dans d’autres quartiers de Montréal. Près d’un tiers des résidents consomment de l’alcool de façon excessive, alors que cette proportion correspond plutôt à une personne sur cinq dans la métropole. Le même constat s’applique au cannabis, davantage consommé dans le Centre-Sud qu’ailleurs.
Le tabac y est aussi plus présent, et les problèmes de santé liés au stress ou aux troubles mentaux touchent une part importante de la population. Le taux de suicide est plus élevé que la moyenne montréalaise, de même que les maladies respiratoires chroniques.
Les locataires majoritaires
Le logement constitue un enjeu central pour le Centre-Sud. La grande majorité des habitants louent un appartement, ce qui les rend exposés aux hausses de loyer et aux fluctuations du marché immobilier, explique François Bergeron. « La forte majorité des gens qui vivent dans le quartier sont locataires. Les propriétaires, c’est principalement les propriétaires de condos et ils ne sont pas nécessairement encore très nombreux. »

Nick Revington, professeur adjoint à l’INRS (LinkedIn)
Nick Revington complète : « Avec une haute proportion de locataires, c’est un quartier qui est particulièrement sensible aux conditions du marché de l’immobilier, surtout du marché locatif, et donc, il risque d’y avoir une plus grande précarité résidentielle. »
La mobilité résidentielle y est également élevée : de nombreux ménages changent de logement après seulement quelques années, ce qui renforce le caractère transitoire du quartier.
Un secteur animé et artistique
Le Centre-Sud est un quartier « qui ne dort pas », fait remarquer François Bergeron. Ce dernier observe trois types d’horaires chez les résidents du secteur. « Tu as l’horaire des travailleurs de jour, tu as l’horaire des travailleurs de soir aussi, qui relève plus du domaine du spectacle, du domaine des loisirs », dit-il.
Le directeur du CDC Centre-Sud en profite pour souligner le nombre important de salles de spectacles, de bars et de restaurants sur le territoire. « C’est une population aussi qui vit durant la nuit. Donc, autant des gens qui fréquentent les bars, mais aussi des gens qui sont probablement en situation d’itinérance ou des choses comme ça », précise-t-il.
Par ailleurs, on compte deux fois plus de professionnels du milieu des arts et de la culture au prorata dans le quartier Centre-Sud que dans le reste de la ville, indique François Bergeron. « Dans le quartier, c’est 14 %. La moyenne à Montréal, c’est 7 %. »
Tout comme pour la moyenne d’âge, la situation géographique du secteur est un élément considéré pour expliquer cet état de faits. « L’avantage du quartier, c’est que assez rapidement, tu peux te retrouver à la Place des Arts, tu peux te retrouver dans la Cité des ondes, avec Radio-Canada, TVA, qui n’était pas très loin à l’époque, qui a déménagé. (…) Donc un pôle médiatique où se trouvent aussi des institutions artistiques », note M. Bergeron.
En somme, le quartier Centre-Sud se caractérise par une population composée surtout d’adultes, avec une proportion moindre d’enfants et d’aînés que dans d’autres secteurs de Montréal. La prédominance des locataires, la mobilité résidentielle élevée, un taux de natalité plus bas que la moyenne et des indicateurs socioéconomiques marquant certaines inégalités définissent son profil démographique.





