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Demandes d’aide alimentaire : l’est de Montréal franchit « un cap inquiétant »

Les organismes montréalais comblent chaque mois plus d’un million de demandes d’aide alimentaire. Ce bilan record est dressé par Moisson Montréal, plus grande banque alimentaire du Canada, qui fournit des denrées à près de 300 organismes sur l’île. On y constate d’ailleurs des besoins accrus dans l’Est.

« Pour la première fois de son histoire, Montréal franchit un cap inquiétant », écrit la directrice générale de Moisson Montréal, Chantal Vézina, dans le Bilan faim 2025. La demande d’aide alimentaire a augmenté de 10 % en un an, et de 54 % depuis 2021, révélant « une détresse réelle, tangible et quotidienne ».

Cette demande est comblée chaque mois par près de 300 organismes communautaires qui offrent des repas, des collations et du dépannage alimentaire à leurs usagers. Parmi eux, un sur deux réduit ses paniers pour la distribution, et un sur trois doit refuser des gens à cause de la demande exponentielle, selon Moisson Montréal.

Des besoins qui augmentent quotidiennement

« Tous les jours, on a de nouveaux clients à l’épicerie », témoigne Donald Boisvert, directeur général de La Corbeille, un organisme d’aide alimentaire et de réinsertion sociale situé dans Bordeaux-Cartierville.

La Corbeille offre notamment une épicerie communautaire pour les personnes aux revenus limités, qui peuvent magasiner un panier d’une valeur de 50 $ en échange d’un faible montant.

Donald Boisvert, directeur général de La Corbeille (Charline Caro/EMM)

« C’est fou, le besoin qu’il y a », rapporte M. Boisvert, qui constate l’augmentation de la demande au quotidien. Au cours des 6 derniers mois, 100 familles se sont inscrites à l’épicerie solidaire, pour un total de 600 familles qui s’y rendent plusieurs fois par mois, selon le directeur.

Ahuntsic-Cartierville représente 5 % des demandes d’aide alimentaire à Montréal, avec 55 000 demandes mensuelles. Quant aux autres arrondissements de l’Est, Villeray–Saint-Michel– Parc-Extension totalise 12,5 % de la demande, Mercier–Hochelaga-Maisonneuve 10 % et Montréal-Nord 5,5 %.

De nouveaux profils

« Quand je suis arrivé ici, il y a 20 ans, les usagers étaient pour la plupart sur l’aide sociale. Aujourd’hui, c’est des gens qui travaillent et qui ont de la misère à joindre les deux bouts », témoigne M. Boisvert. Selon Moisson Montréal, les personnes avec un emploi représentent 18 % de la demande dans la métropole.

Beaucoup de nouveaux arrivants font également partie des usagers de La Corbeille. « Cartierville a toujours été une terre d’accueil pour l’immigration », se l’explique M. Boisvert. L’organisme porte par ailleurs attention aux habitudes alimentaires culturelles de ses usagers, en leur permettant de choisir eux-mêmes leurs produits à l’épicerie communautaire et en fournissant des denrées adaptées.

Enfin, les familles représentent la majorité des bénéficiaires de l’épicerie. On y accueille « beaucoup de familles nombreuses et monoparentales », observe le directeur. Au niveau de la métropole, selon le Bilan Faim 2025, les familles représentent plus de 50 % de la demande.

L’explosion de la demande d’aide alimentaire, qui a doublé depuis 2021, est directement reliée à l’inflation des loyers et de la nourriture, soutient Moisson Montréal. Entre 2022 et 2024, le prix de location d’un appartement de 2 chambres a augmenté de 18 % à Montréal, selon Statistique Canada. Quant à l’épicerie, le prix d’un panier mensuel pour une famille montréalaise de 4 personnes a augmenté de 16 % sur la même période, selon l’organisme Alima.

Des ressources insuffisantes

« Si les organismes n’étaient pas là, le monde aurait faim », estime M. Boisvert, qui juge leur rôle « essentiel » dans la lutte contre l’insécurité alimentaire et, indirectement, dans la préservation du tissu social.

Les tablettes de l’épicerie communautaire de La Corbeille (Charline Caro/EMM)

Les ressources des organismes sont toutefois limitées et ne permettent pas d’assurer sereinement la sécurité alimentaire face à l’explosion de la demande et des coûts. « C’est sûr que l’achat de denrées va être plus difficile », relate M. Boisvert, qui doit compléter les dons de nourriture qu’il reçoit avec des achats, pour s’assurer que les tablettes de son épicerie restent remplies.

Dans ce contexte, le soutien financier du gouvernement est insuffisant, selon le directeur général de La Corbeille, qui estime que « l’argent n’est pas dépensé au bon endroit ». Exception faite à Noël, où son organisme reçoit des fonds supplémentaires. « Mais les gens n’ont pas faim juste à Noël; la faim, ça n’a pas de saison. »

Pour sa part, Moisson Montréal recommande aux pouvoirs publics d’accroître l’offre de logements abordables ainsi que d’augmenter le salaire minimum et le nombre de ressources en santé mentale, le tout afin de réduire l’insécurité alimentaire à la racine.