
Terrain à décontaminer dans le secteur du SIPI (photo : EMM).
29 mai 2026Décontamination des sols industriels : état de la situation dans l’est de Montréal
Après un lent départ, le généreux programme de subvention pour la décontamination des sols industriels contaminés dans l’est de Montréal (zones Assomption-Sud-Longue-Pointe et Secteur industriel de la Pointe-de-l’Île), affiche aujourd’hui complet. L’enveloppe de 100 M $ provenant de Québec mais gérée par l’administration montréalaise depuis mars 2020 est entièrement engagée dans une douzaine de projets, confirme le Service de développement économique de la ville.
La superficie totale à être réhabilitée via ce programme est évaluée à 5 575 705 pieds carrés. Fait intéressant : environ 60 % du 100 M $ a été engagé pour la décontamination de terrains publics, soit 20 M $ pour la Ville de Montréal-Est et 40 M $ pour la Ville de Montréal. Montréal-Est a sollicité l’aide du fonds spécial pour procéder à la décontamination d’une parcelle de terrain de la pétrolière Esso qu’elle a achetée en utilisant son droit de préemption (1,1 million de pieds carrés), et la Ville de Montréal a notamment bénéficié de l’enveloppe pour requalifier ce qu’elle appelle aujourd’hui les terrains 12 et 13 mis en vente l’an dernier. Ces deux terrains sont situés aux abords du boulevard Henri-Bourassa Est dans l’arrondissement de RDP-PAT. Le terrain 12 offre une superficie développable de 594 986 pi2 alors que pour le terrain 13 on parle de 473 535 pi2.
Toujours selon les données de la Ville de Montréal, pour les 5 projets de développement sur les 12 sites en processus de décontamination dont le Service de développement économique possède l’information, les investissements seraient évalués à plus de 261 M $. Pour les autres projets dont on ne connait pas encore les montants d’investissements, ils représentent une superficie totale de terrains à développer de 2 541 693 pi2. À noter que les terrains des pétrolières, par exemple ceux d’Esso en friche depuis de nombreuses années, ne pouvaient bénéficier du programme.
Le secteur privé plus difficile à faire bouger
Malgré des dépenses couvertes par le programme spécial de 100 M $ allant jusqu’à 90 % des montants investis, la Ville de Montréal a somme toute reçu moins de demandes qu’espéré pour les projets de décontamination provenant des entreprises privées dans les deux territoires industriels visés.
Selon les informations recueillies par EST MÉDIA Montréal, cela s’expliquerait en bonne partie par la réticence de plusieurs entreprises à procéder à ce genre travaux alors qu’elles sont en exploitation, des travaux qui pourraient finalement nuire à leur production même si le processus de décontamination est pratiquement défrayé par les instances publiques. Donc visiblement la décontamination de sites est plus facile à entamer en ce qui concerne les terrains en friche ou lors de l’implantation d’un nouveau projet qui demande de grands travaux. Un autre obstacle serait dû à la difficulté de rejoindre et d’expliquer le programme à certains propriétaires et exploitants dans ces zones industrielles dont les décideurs sont à l’étranger (sièges sociaux à l’extérieur du Canada).
Beaucoup reste à faire
Si le fameux programme de 100 M $ aura permis la décontamination de quelque 5.5 millions de pi2, on est toutefois encore loin d’avoir requalifié l’immense superficie de terrains industriels contaminés dans l’est de Montréal.
Selon les estimations gouvernementales, sur environ 90 millions de pi2 disponibles pour du développement dans l’est de la métropole, plus de 40 millions de pi2, dans le Secteur de la Pointe-de-l’Île seulement, seraient à décontaminer.
Une énorme tâche mais qui n’est rien si on considère qu’une grande partie de ces terrains devront aussi faire l’objet par la suite d’implantation d’infrastructures publiques (aqueduc, égouts, gaz, électricité, routes, etc.). Alors que les coûts de décontamination se chiffrent à quelques centaines de millions de dollars, pour les infrastructures publiques ce sera dans l’ordre de milliards d’investissements qui devront se faire dans les prochaines années et décennies. Particulièrement pour les immenses terrains des anciennes pétrolières qui n’ont pratiquement aucune ou très peu d’infrastructures actuellement, compte tenu qu’ils accueillaient surtout des réservoirs.

Décontamination «in situ» comme on en voit actuellement dans les zones industrielles de l’est de Montréal (courtoisie Englobe)
Esso : aucune annonce pour le moment
Sur les 40 millions de pi2 à décontaminer dans le SIPI, plus de 12 millions appartiennent à Esso qui a fermé ses installations de Montréal-Est dans les années 1980. L’entreprise albertaine a officiellement mis en vente ses terrains il y a environ trois ans.
Lors du Sommet de l’Est en novembre 2024, le gouvernement québécois, par l’entremise d’Investissement Québec, avait alors annoncé la mise sur pied de la Société de mise en valeur des terrains de l’est de Montréal, un fonds de 100 M $ géré par Fondaction. Sans que Québec s’avance officiellement sur son intérêt à acquérir une bonne partie des terrains d’Esso, il fait nul doute que ce sont ces pieds carrés qui sont dans la mire du gouvernement, qui aimerait assurer un développement réfléchi de ce secteur industriel stratégiquement situé. Le ministre responsable de l’époque, Pierre Fitzgibbon, n’hésitait pas alors à comparer les terrains industriels vacants de l’est de Montréal au développement de la zone industrielle de Bécancour où Québec avait fait l’acquisition de millions de pieds carrés pour les mettre en état de recevoir des industries ciblées.
Contactés par EST MÉDIA Montréal, aucun des intervenants dans ce dossier n’a voulu commenter l’avancement du dossier (Québec, Investissement Québec, Fondaction), mais tous ont affirmé que des négociations avaient toujours lieu pour l’acquisition de terrains, sans mentionner qu’il s’agissait bel et bien des terrains d’Esso. Quant à cette dernière, elle confirme être en négociation pour une parcelle de ses terrains, mais sans indiquer avec quelle.s instance.s.
Finalement, soulignons qu’actuellement l’aide gouvernementale pour la décontamination des terrains industriels dans l’est de Montréal est pratiquement au point mort, puisqu’en plus de l’enveloppe spéciale de 100 M $ qui est épuisée, le fonds ClimatSol-Plus du ministère de l’Environnement est aussi vide depuis le 31 mars dernier. Québec espère relancer ce programme cet automne, mais rien n’est encore confirmé.













