Soraya Martinez Ferrada, cheffe d’Ensemble Montréal et Luc Rabouin, chef de Projet Montréal (Yannick Khong, Cosmos Image)

Soraya Martinez Ferrada, cheffe d’Ensemble Montréal et Luc Rabouin, chef de Projet Montréal (Yannick Khong, Cosmos Image)

Débat électoral de la CCMM : des visions opposées pour l’avenir de Montréal

La communauté d’affaires montréalaise s’était donné rendez-vous, hier soir, au Grand Quai du Port de Montréal, dans le cadre d’un débat organisé par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM). Les deux principaux candidats à la mairie de Montréal, Luc Rabouin, chef de Projet Montréal, et Soraya Martinez Ferrada, cheffe d’Ensemble Montréal, ont exposé leur vision économique aux antipodes l’une de l’autre, tout comme le portrait qu’ils ont brossé de la métropole.

Tout au long du débat, les candidats ont présenté des lectures différentes de la situation actuelle de Montréal. Selon Mme Martinez Ferrada, la métropole est au bord du gouffre et « n’a plus droit à l’erreur ». Cette dernière s’est également largement exprimée sur le déclin du centre-ville.

Luc Rabouin, pour sa part, estime que le centre-ville est « vibrant » : « Les festivals sont là, les touristes sont de retour », a-t-il fait remarquer, avant de pointer la crise de l’itinérance comme étant le principal élément à blâmer pour la détérioration de l’environnement économique.

Dès l’ouverture du débat, les candidats ont été invités à exposer les grandes lignes de leur vision économique pour Montréal. La cheffe d’Ensemble Montréal a mis de l’avant la relance du centre-ville comme priorité : « Si le centre-ville ne va pas bien, Montréal ne va pas bien, et le Québec ne va pas bien », a-t-elle dit. Soraya Martinez Ferrada veut « relancer le centre-ville avec audace » et pour y parvenir, elle a rappelé l’importance de miser sur les services de base : la sécurité, la propreté et la lutte contre l’itinérance.

Luc Rabouin a, pour sa part, placé le logement au cœur de sa vision économique. Il souhaite « réaliser le plus grand chantier de l’habitation de l’histoire de Montréal » afin de répondre à la crise qui fragilise autant les citoyens que l’environnement d’affaires. Il a affirmé que l’accès au logement devait devenir le « grand projet collectif » de la métropole.

Consensus sur l’allègement des processus

Rabouin et Martinez s’entendent sur le fait qu’il faut simplifier les démarches administratives et améliorer l’efficacité des différents processus bureaucratiques, notamment en lien avec l’obtention de permis.

Luc Rabouin a d’emblée donné le ton : « Les citoyens trouvent que c’est compliqué. Les entrepreneurs trouvent que c’est compliqué. Nous, les élus, on trouve que c’est compliqué », a-t-il dit, avant de s’engager à réduire de moitié les délais d’émission des permis de construction et à mettre en place un comité-conseil sur l’allègement réglementaire.

La cheffe d’Ensemble Montréal a pour sa part critiqué l’inaction passée de son adversaire : « Rabouin, qui est maire du Plateau depuis six ans. L’allègement des permis, il aurait pu simplement le faire, même dans son arrondissement. C’est un des pires arrondissements en termes de délais de permis », a-t-elle déclaré. Martinez Ferrada a annoncé vouloir ramener les permis de plein droit à 90 jours et a souligné que « ce n’est pas normal que ça prenne deux à trois ans pour avoir un permis à Montréal pour construire ».

Le transport en commun et l’IA à la rescousse de la mobilité

La congestion routière et la cohabitation des modes de transport ont suscité des propositions divergentes. Rabouin veut miser sur le transport collectif : « La solution qui est la plus efficace, c’est le transport en commun », a-t-il affirmé. Le chef de Projet Montréal a proposé un réseau de bus express et a insisté sur l’importance du tramway de l’est. « L’est, c’est un potentiel de développement extraordinaire, mais la condition du développement, c’est le transport collectif », a-t-il déclaré.

Soraya Martinez Ferrada a quant à elle critiqué le manque de planification et a affirmé que « 87 % des artères du centre-ville ont été entravées à un moment donné en 2024 ». Elle a soutenu que l’intelligence artificielle pouvait être utilisée pour mieux gérer les chantiers et réduire les impacts sur la circulation et les commerces. La cheffe d’Ensemble Montréal a aussi insisté sur la nécessité de consulter les commerçants et de mieux informer les citoyens.

De son côté, Rabouin a reconnu les lacunes dans la coordination des chantiers. « On doit faire mieux. On doit le traiter en priorité », a-t-il affirmé, avant de proposer une structure centralisée inspirée du modèle new-yorkais.

Logement et développement urbain

Sur le développement urbain, Soraya Martinez Ferrada a dénoncé les effets du règlement 20-20-20 de Projet Montréal, une mesure qui « fait fuir les constructions à Montréal ». En revanche, elle a proposé d’adopter une approche basée sur un partenariat financier avec le privé et le communautaire, en offrant notamment des congés de taxes et des incitatifs. Elle s’est engagée à développer « 2000 logements de transition » pour répondre à la crise de l’itinérance.

Luc Rabouin a défendu une simplification du règlement plutôt que son abolition. Il a rappelé que la Ville avait investi « 560 millions dans un plan de développement sur 10 ans pour acquérir des terrains » afin de favoriser le logement social et abordable. Il a également cité des projets réalisés en partenariat entre promoteurs privés et organismes communautaires comme modèle de développement à encourager.

Finances publiques et gestion administrative

M. Rabouin a promis de limiter les hausses de taxes municipales entre 2 % et 3 % par année au cours des quatre prochaines années. Il a rappelé que Projet Montréal n’a « jamais fait de déficit à Montréal » et que la cote de crédit de la Ville avait été améliorée sous l’administration Plante, surpassant même celle du gouvernement du Québec.

Soraya Martinez Ferrada a pour sa part dénoncé l’augmentation des dépenses municipales de l’ordre de 40 % : « Le budget est passé de 5,2 milliards à 7,3 milliards. On est passés de 25 000 à 28 000 effectifs, dont une large partie, ce n’est pas des services directs aux citoyens », a-t-elle dit, avant de s’engager à abolir 1 000 postes.

En somme, le débat de la Chambre de commerce a mis en relief deux visions contrastées. Luc Rabouin a insisté sur le logement et le transport collectif comme leviers de développement, tandis que Soraya Martinez Ferrada a misé sur la relance du centre-ville, la simplification administrative et la réduction des dépenses. Les échanges ont montré des approches divergentes quant aux solutions à apporter aux défis de Montréal, notamment en matière de logement, de mobilité et de finances publiques.