
(Courtoisie/Margaux Pommier)
11 novembre 2025Couvent des Franciscains : de monastère à pôle communautaire
L’organisme à but non lucratif (OBNL) Entremise a récemment obtenu un soutien financier de 450 000 $ de la Ville de Montréal pour son projet de requalification de l’ancien couvent de la Résurrection situé dans l’est de Rosemont–La Petite-Patrie. Le bâtiment patrimonial accueillera des espaces communautaires, des ateliers d’insertion et des chambres d’hébergement temporaire.
L’acquisition du couvent de la Résurrection, également appelé couvent des Franciscains, se trouve au 5750, boulevard Rosemont et représente le premier projet de développement immobilier pour Entremise.

Philémon Gravel, cofondateur d’Entremise (LinkedIn)
« On a créé pour ce projet-là une société immobilière. Notre objectif est de développer d’autres bâtiments comme ça. On sait qu’il y en a beaucoup qui attendent des projets pour lesquels le marché privé a de la misère à trouver des solutions », explique Philémon Gravel, cofondateur et chargé de projets du pôle immobilier d’Entremise.
Le projet du couvent des Franciscains s’inscrit dans un contexte de développement majeur du site par le promoteur immobilier Groupe Prével, qui prévoit construire 700 unités d’habitation, dont 150 logements sociaux. La requalification du couvent constituait une condition imposée par la Ville lors de l’approbation du projet, tout comme la création de logements hors marché.
Une démarche adaptative et ouverte
Pour donner une seconde vie à ce bâtiment, Entremise privilégie une approche minimaliste avec comme objectif de préserver l’esprit du lieu et son histoire.
« Notre prémisse, c’est de dire : qu’est-ce que le bâtiment propose? C’est quoi le minimum d’intervention qu’on peut faire et comment on peut-on en faire un projet viable et recréer un peu une vie de communauté? Parce que ce qui est certain, c’est que ce bâtiment a été conçu pour la vie en communauté », explique le cofondateur d’Entremise.
Ce dernier poursuit : « Les Francicains y ont habité́ pendant plus de 100 ans. Donc, la meilleure manière de le transformer, c’est de recréer une communauté. La meilleure manière pour refaire vivre l’histoire du lieu, mais aussi la meilleure manière pour s’assurer que les travaux et les interventions soient le plus frugal et minimum possible ».
Cette stratégie permet de réduire les coût du projet tout en préservant le caractère du bâtiment.
Pour déterminer l’offre de services, l’équipe d’Entremise est allée à la rencontre de différents organismes communautaires, culturels et sociaux. De plus, Philémon Gravel mentionne que le projet vise à garantir des espaces abordables à perpétuité.

Une ancienne salle de classe du convent (Courtoisie/Margaux Pommier)
Quatre axes de développement
Le développement repose sur quatre lignes directrices : préserver l’esprit du lieu, pérenniser le patrimoine bâti, assurer une cohérence avec l’histoire du site et favoriser l’ouverture à la communauté.
Au rez-de-chaussée, une offre alimentaire solidaire se déploiera sur la future place publique, accompagnée d’un espace polyvalent et d’un centre d’activités physiques. « On a commencé à discuter avec la Fondation de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, qui pourrait être intéressée à participer au développement de ce projet-là, et potentiellement aussi avec les YMCA », indique Gravel.
Les anciennes salles de classe accueilleront des ateliers d’insertion socioprofessionnelle. « On a plusieurs organismes intéressés qui auraient besoin de ces espaces, que ce soit pour des cours de francisation ou pour des formations spécifiques pour des jeunes de la DPJ », ajoute-t-il.
Le projet prévoit également 35 chambres d’hébergement temporaire, d’une durée de un à six mois. « C’est un besoin qu’on sent être nécessaire dans l’écosystème de l’accueil et de l’hébergement d’urgence », note le chargé de projets.
Au dernier étage, un pôle de santé communautaire accueillera des cliniques sous forme de coopératives, en lien avec l’écosystème de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont.
Un modèle de gestion collective
Entremise ne compte pas opérer directement les activités du couvent, mais plutôt fournir une infrastructure viable à des loyers abordables.
« Ce n’est pas nous qui allons opérer ces activités. Nous, on permet à ce que la coquille soit viable, que le tout soit cohérent. Et après, on va permettre à ces occupants d’avoir un loyer abordable et surtout d’avoir une garantie qu’ils pourront rester longtemps », explique Gravel.

Un couloir du couvent (Courtoisie/Sandrine Gaulin)
Cette approche vise à décharger les organismes communautaires des risques liés au développement immobilier. « Pour eux, se lancer dans un projet immobilier, le développer eux-mêmes pourrait être très risqué et mettre en danger leur organisation, leur mission, même s’ils ont besoin d’espaces abordables et d’une certaine stabilité », observe-t-il.
Le modèle économique reposera sur des loyers solidaires, où certains occupants paieront davantage pour permettre à d’autres de payer moins. « Par exemple, une offre commerciale alimentaire à proximité d’un hôpital, c’est sûr qu’il y a un potentiel de revenus; mais des classes d’insertion socioprofessionnelles, c’est plus difficile, il n’y a pas le même type de revenus à la clé », précise Gravel.
Un patrimoine au service de la communauté
Le bâtiment, construit entre 1914 et 1960, a abrité l’Ordre des Franciscains pendant plus de 100 ans. Entremise souhaite préserver cet héritage tout en l’adaptant aux besoins contemporains.
« Les communautés religieuses, par exemple, au Québec, ont été les services sociaux des Québécois pendant plus de 300 ans. Ils s’apprêtent à s’éteindre. Mais ce flambeau-là qui s’apprête à être légué, c’est un flambeau en termes de valeur… qui se trouve dans un bâtiment magnifique », affirme Gravel.
L’organisme envisage de créer une fiducie d’utilité sociale pour assurer la pérennité du projet. « La vocation du couvent, c’est de rester toujours au service du quartier », même à long terme, précise-t-il.
Calendrier et prochaines étapes
Un appel à candidatures est actuellement en cours pour identifier les futurs occupants du couvent. Des visites guidées du site sont organisées un mercredi sur deux, et des ateliers participatifs se tiendront à partir de la mi-novembre pour réfléchir collectivement aux usages potentiels.
Une première phase de travaux, gérée par Prével, débutera au printemps 2026. Elle comprendra la démolition de certaines parties désuètes et la reconstruction de salles mécaniques. Les travaux portés par Entremise commenceront à l’automne 2026 et devraient se terminer à la fin de l’année 2027.







