Le voile-aviron Le Méaban (courtoisie)

Courrier du fleuve : une expédition-ateliers sur le Saint-Laurent à partir de Pointe-aux-Trembles

La navigatrice et océanographe Gwenn Duval entreprend une expédition en solo intitulée Courrier du fleuve entre Pointe-aux-Trembles et L’Isle-aux-Coudres, du 9 août au 22 septembre. C’est à bord de son voile-aviron, le Méaban, qu’elle parcourra une distance de 400 kilomètres à partir du parc Clémentine-de-la-Rousselière. 

Après son départ de Montréal, Mme Duval fera escale à Contrecoeur, Sorel, Trois-Rivières, Batiscan, Portneuf, Neuville, Québec, Îles d’Orléans, Berthier-sur-Mer, Saint-Jean-Port-Joli pour enfin arriver à L’Isle-aux-Coudres.

Si l’expédition débute à Pointe-aux-Trembles, c’est en partie parce que la navigatrice connaît bien les lieux pour y avoir enseigné la voile l’été dernier. « J’étais cheffe de bord aux Jeunes Marins Urbains. C’est un lieu où il y avait cette volonté d’avoir un accès à l’eau non motorisé. L’accès à l’eau est quand même un enjeu au Québec. Malgré toute l’eau qu’on a, on a de la difficulté à y avoir accès. Un accès qui soit doux et en lien avec les éléments. » 

Gwenn Duval (courtoisie)

Gwenn Duval (courtoisie)

À chaque escale, l’océanographe, ayant aussi étudié en littérature, présentera des ateliers sur la science marine en plus de proposer un atelier d’écriture. Les riverains sont ainsi invités à rédiger une lettre qui sera distribuée aux habitants de la halte suivante. 

Elle caresse ce projet d’expédition sur le fleuve depuis une quinzaine d’années. « Mon père a fait construire ce bateau à Québec. Un jour, il a dit qu’il voudrait descendre de Montréal à Québec avec ce bateau. Et dans ma tête de jeune adolescente à l’époque je me suis dit que s’il ne faisait pas, moi je le ferais. » 

Après plusieurs années à enseigner la voile en Europe, elle envisage toujours de mener à terme le projet inachevé de son père. « Je me disais que j’avais toujours envie de descendre ce fleuve sur ce petit voilier en bois mais je voulais qu’il y ait une mission qui y soit associée. »

Voguer au gré du vent

Préparer un tel voyage en solo sur le fleuve demande une minutieuse évaluation des conditions pour naviguer. « À certains endroits, il y aura plus de dangers de courants. Comme vers la fin, c’est un défi sportif quand même. Après avoir passé Québec jusqu’à L’Isle-aux-Coudres, il va y avoir pas mal de calculs, pas mal d’attente », commente-t-elle.    

Ses déplacements ainsi soumis « aux éléments, aux vents, aux marées, au temps, au rythme de l’eau» ont toutefois entraîné une certaine difficulté logistique avec les municipalités où elle prévoit s’arrêter. Ne pouvant déterminer de dates précises pour chacune de ses escales, ses arrêts ne peuvent faire partie de la programmation des activités tenues dans ses municipalités.  

C’est pourquoi elle s’en est remis aux réseaux sociaux pour contacter les marinas riveraines. « Ils sont tout le temps là et ils sont juste contents si j’arrive. Ça fait un événement et on va faire des ateliers, on va écrire des lettres. Mais ils n’ont pas à me mettre dans une programmation. » 

La science et l’écriture au coeur de l’expédition 

Les ateliers sur la faune marine mise sur l’importance du rôle joué par certaines composantes telle le plancton : « ce monde du plancton, c’est un monde tellement minuscule. Il y a toutes ses formes géométriques qui sont quand même littéralement à la base de la vie et qui produisent autant d’oxygène que toutes les forêts de la Terre. » 

Les ateliers d’écriture avec les riverains restent tout aussi fondamentales au projet: « J’ai quand même cet amour des mots. Le temps d’écrire une lettre, c’est un moyen de communication important qu’il faut valoriser. » 

Prendre ce temps pour rédiger une lettre serait-il un moyen de décrocher de l’instantanéité des moyens de communication modernes? « Absolument! On va chercher un peu d’autoréflexion aussi dans une lettre. Quand on l’adresse, ça nous demande une forme d’effort mais ça apporte aussi beaucoup de calme. » 

Cet aspect se conjugue bien, selon Mme Duval, « avec le fait d’y aller au rythme du vent, au rythme de l’eau. C’est un projet à un rythme plus doux. C’est tellement important de préserver de la lenteur. »