• Les lutteurs réalisent un exercice pour renforcer leurs jambes et travailler leur équilibre (photo Charline Caro/EMM)

Le seul club de sumo au Québec est dans MHM

Seul club de sumo au Québec, le Montréal Sumo Club a été créé il y a trois ans à Mercier–Hochelaga-Maisonneuve (MHM). Il accueille chaque semaine une dizaine d’athlètes et de curieux, dont trois ont récemment obtenu une médaille à l’Empire Cup, une compétition annuelle de sumo amateur qui se déroule à New York.

Nadia Cardin est arrivée au Montréal Sumo Club un peu par hasard, après avoir vu un reportage de Radio-Canada sur un club similaire à Vancouver. Un an et demi plus tard, cette résidente d’Hochelaga participe à une compétition nationale aux États-Unis, et remporte l’or dans la catégorie des poids ouverts. Ses partenaires au club de Montréal, Lucas Aubé et Agustín Giménez, remportent respectivement la médaille d’argent et de bronze dans leurs catégories.

C’est ce dernier qui a créé le club en 2023, après qu’il ait découvert ce sport de lutte ancestral lors de son voyage de noces au Japon. De retour au Québec, il réalise qu’aucun club de sumo n’existe dans la province. « J’ai d’abord créé ce club par intérêt personnel, raconte-t-il, pour trouver des gens avec qui pratiquer. »

Agustín Giménez se fait attacher son mawashi, la ceinture traditionnelle des lutteurs de sumo (photo Charline Caro/EMM)

Ils sont désormais une dizaine à s’entraîner chaque vendredi dans un local d’arts martiaux de la rue Hochelaga. Lorsqu’EST MÉDIA Montréal arrive pour assister à la pratique hebdomadaire, les participants sont en train d’enfiler leur mawashi, une bande de tissu que l’on enroule autour de la taille en guise de ceinture.

Le groupe débute avec une série d’exercices, qui visent à renforcer les jambes et à travailler l’équilibre. Ils enchaîneront ensuite avec une série de combats, qui opposent deux personnes dans un cercle de 4,5 m de diamètre, le dohyō. Pour gagner, il faut pousser son adversaire en dehors, ou le faire tomber au sol. Un objectif qui demande d’allier la rapidité, la force et la technique, selon Nadia Cardin.

Alex, l’un des participants du soir, apprécie particulièrement l’intensité de ce sport. « [Le combat] peut durer cinq secondes, mais tu as l’impression que ça dure beaucoup plus », explique-t-il. Même chose du côté du fondateur du club, qui aime « l’agressivité temporaire » des combats, qui se terminent toujours par un salut de respect.

Pour tous les corps

Contrairement à certaines « idées préconçues », il n’est pas nécessaire de « peser 300 ou 400 livres » pour pratiquer le sumo, rappelle Agustín Giménez. Si le circuit traditionnel japonais n’impose pas de limites de poids aux athlètes, le circuit amateur international compte plusieurs catégories de poids.

De plus, les kilos ne sont pas toujours proportionnels au succès dans le dohyō, souligne M. Giménez : « On peut être mince, gros, grand, petit. Toutes les formes physiques sont valables pour pratiquer le sumo. On va trouver le style qui convient le mieux à chaque personne, à chaque corps. »

Agustín Giménez (en noir) et Lucas Aubé, tous deux récemment médaillés, s’affrontent lors d’un entrainement (photo Charline Caro/EMM)

En étant « petit et pas le plus costaud », Alex trouve quand même son compte dans les combats, en misant davantage sur sa technique. « Il y a beaucoup de choses qu’on peut faire, ce n’est pas juste de la force », estime-t-il.

C’est cette diversité corporelle qui a attiré l’attention de Nadia Cardin sur le sumo : « J’ai trouvé ça extraordinaire de voir s’entraîner des corps de toutes formes », raconte la médaillée d’or. « Étant une personne dans un corps gros, c’était difficile de trouver des sports dans lesquels on ne me demandait pas de changer mon corps. »

Démocratiser le sumo

À travers son club, Agustín Giménez veut contribuer à démocratiser le sumo au Québec, qui demeure un sport « assez niche », reconnaît-il. Maintenant qu’il a créé une petite communauté, il souhaite l’agrandir et éventuellement participer à la création d’une équipe nationale canadienne, alors qu’il n’y a pas de fédération dédiée à ce sport au pays, contrairement aux États-Unis.

« On va essayer d’aller chercher des gens qui sont intéressés », expose-t-il, alors qu’il écume les événements de quartier pour faire connaitre la pratique, et projette d’ouvrir un club dans l’ouest de l’île, et « peut-être à Québec. »

La démocratisation chez les femmes est un enjeu encore plus grand, alors qu’elles ne sont que deux à fréquenter le club sur une base hebdomadaire, et qu’elles demeurent sous-représentées dans le circuit nord-américain, rapporte Nadia Cardin. Sa partenaire en club, Tanya, encourage vivement les femmes à venir essayer, décrivant une communauté « accueillante et amicale. »

À la fin de l’entraînement, à la question de savoir si elle est fatiguée d’avoir enchaîné les exercices et les combats, Tanya répond : « Non, j’ai tellement plus d’énergie ! »