
La nouvelle clinique sera située dans les locaux de l’ancien magasin Archambault (Courtoisie UQAM)
10 novembre 2025Une clinique de santé globale dans le Quartier latin : l’UQAM mise sur la formation interdisciplinaire
Au cœur du Quartier latin, dans l’ancien édifice Archambault, l’Université du Québec à Montréal (UQAM) s’apprête à ouvrir une Clinique universitaire de santé globale. Cette initiative, annoncée en octobre par le recteur Stéphane Pallage lors du sommet Une nouvelle vision de la santé, vise à offrir à la fois des services à la population et un milieu d’apprentissage interdisciplinaire pour les étudiants des sciences humaines, de l’éducation et de la santé.
L’UQAM veut faire de cette clinique un lieu où la santé est abordée sous toutes ses dimensions – physique, psychologique, sociale, éducative et relationnelle. « Il faut penser la santé globale comme une santé qui intègre plusieurs dimensions, pas seulement l’absence de maladie », explique Emmanuelle Desrosiers, conseillère d’orientation, responsable de la coordination interclinique et gestionnaire de la Clinique Carrière, l’une des unités fondatrices du projet.

Emmanuelle Desrosiers, conseillère d’orientation, responsable de la coordination interclinique et gestionnaire de la Clinique Carrière à l’UQAM (Courtoisie)
L’approche se veut préventive autant que curative, et centrée sur le bien-être et l’adaptation des personnes plutôt que sur le seul traitement des symptômes. « On parle d’une santé qui tient compte de la vie personnelle, professionnelle et sociale des gens, et de leurs apprentissages. C’est une approche concertée, interdisciplinaire et proactive », précise-t-elle.
Le vice-recteur associé au Développement des sciences de la santé à l’UQAM, le Dr Fabrice Brunet, défend la même vision : une santé « durable et préventive », fondée sur la collaboration entre les disciplines et l’ouverture vers la communauté.
Une structure clinique inédite à l’UQAM
La future clinique regroupera plusieurs entités déjà existantes au sein de l’université, comme la Clinique Carrière, la Clinique de sexologie, le Centre de services orthopédagogiques ainsi que la future Clinique de travail social. Le Centre de services psychologiques de l’UQAM, déjà établi depuis trois décennies, y contribuera aussi, bien qu’il conservera ses locaux actuels. D’autres disciplines, comme l’orthophonie, devraient se joindre au regroupement dans les prochaines années.
Sous la coordination interclinique d’Emmanuelle Desrosiers, chaque clinique aura son autonomie, tout en participant à une gouvernance partagée. « L’idée, c’est d’avoir une coordination qui assure la cohérence entre les cliniques sans empiéter sur leurs modes de fonctionnement. On veut créer des ponts entre les facultés, harmoniser les pratiques et bâtir une culture commune, tout en respectant l’unicité de chaque clinique », souligne-t-elle.
Cette gouvernance s’appuie sur une approche participative chère à l’UQAM, où la planification et la prise de décision sont faites « dans un esprit de complémentarité », dit Mme Desrosiers. Les coordonnateurs de chaque unité seront appelés à travailler ensemble pour développer des projets conjoints et des outils communs.
Former à la collaboration interprofessionnelle
Au-delà de son impact sur la communauté, la clinique sera avant tout un espace de formation. Les services seront offerts par des étudiants au baccalauréat, à la maîtrise et au doctorat, sous la supervision de professeurs et de professionnels expérimentés, membres de leurs ordres respectifs, le cas échéant.
« C’est un peu comme à l’hôpital, quand un résident rencontre un patient et consulte ensuite son superviseur, illustre la responsable. Et les séances sont souvent filmées pour permettre un retour critique et un accompagnement personnalisé. Bien sûr, tout reste confidentiel. »
Ce modèle permettra aux étudiants d’apprendre dans un contexte réel, où ils pourront interagir avec des clients tout en développant leurs compétences pratiques. Les consultations seront destinées à la population générale, à coût modéré, ce qui favorise l’accessibilité et l’inclusion, un souhait de la clinique.
Une expérience interdisciplinaire concrète
L’un des objectifs majeurs du projet est de développer la communication interprofessionnelle entre disciplines. « On veut que les étudiants apprennent à comprendre ce que font leurs collègues d’autres domaines, explique Mme Desrosiers. Parfois, on travaille dans des silos sans connaître les pratiques des autres. Cette clinique va permettre des échanges de perspectives, autour de cas réels. »
La responsable donne l’exemple d’un parcours typique d’accompagnement : « Prenons une jeune femme qui reprend ses études et craint l’épuisement. Elle pourrait consulter en orientation pour planifier sa trajectoire, en psychologie pour sa gestion du stress, en sexologie pour renforcer sa confiance en soi, en orthopédagogie pour améliorer ses méthodes d’apprentissage et en travail social pour organiser ses ressources de vie. »
À moyen terme, les étudiants de ces disciplines, réunis en équipes interdisciplinaires, discuteront ensemble de cas, sous supervision, pour croiser leurs analyses et coordonner leurs interventions. Ce type de pratique vise à préparer les futurs professionnels à la réalité du travail en réseau, de plus en plus courant dans les milieux de la santé et de l’intervention sociale.
Un lieu d’ancrage urbain et communautaire
Au-delà de la formation, la clinique aura une vocation urbaine et sociale affirmée. Son implantation dans le Quartier latin n’est pas anodine : elle s’inscrit dans le vaste chantier de revitalisation du secteur, auquel l’UQAM participe activement.
« Nos locaux seront en plein cœur du centre-ville, tout près du métro Berri-UQAM. C’est un bâtiment mythique, récemment réaménagé, qui nous permettra d’être visibles et accessibles. Ce positionnement renforce le rôle social de l’université dans le tissu urbain montréalais », affirme Mme Desrosiers.
La clinique se voudra inclusive, accueillant toutes les personnes, qu’elles habitent le quartier ou non. Certaines interventions pourront être offertes en ligne, afin de rejoindre une clientèle plus large, y compris les personnes vulnérables ou éloignées des services.
Une ouverture graduelle dès janvier
Le déménagement vers les nouveaux locaux de l’édifice Archambault est prévu pendant les vacances des Fêtes, pour une ouverture graduelle à l’hiver 2026. Les cliniques déjà existantes — sexologie, orthopédagogie, carrière et psychologie — continueront leurs activités sans interruption, tandis que la Clinique de travail social, nouvelle venue, amorcera ses opérations progressivement au début de l’année.
En attendant la centralisation complète, le public peut déjà consulter chacune des cliniques individuellement, dont les coordonnées sont disponibles en ligne. « Pour l’instant, les gens peuvent encore appeler directement la clinique qui les intéresse. Mais à terme, tout sera regroupé sous une seule vitrine web », indique la responsable.
Une expansion déjà en préparation
L’UQAM ne cache pas ses ambitions : d’autres services devraient se joindre à la Clinique universitaire dans les prochaines années. L’arrivée de l’orthophonie est déjà confirmée, et l’équipe espère attirer d’autres disciplines issues des sciences de la santé. « Notre objectif, c’est de prendre de l’ampleur, tant dans la taille que dans la diversité des spécialités, pour que ce modèle rayonne à l’échelle du Québec », souligne Mme Desrosiers.
Le projet s’inscrit dans la volonté institutionnelle de rapprocher la recherche, la formation et l’intervention communautaire. Selon l’UQAM, il s’agit d’un modèle évolutif, appelé à s’adapter aux besoins changeants de la population montréalaise.
Une approche centrée sur le lien et la prévention
Si l’UQAM insiste sur l’innovation et la collaboration, Emmanuelle Desrosiers insiste surtout sur l’importance du lien humain et de la prévention. « La santé globale, c’est aussi une question d’éducation et d’adaptation. On veut aider les gens à mieux comprendre leurs besoins et à agir avant que les problèmes deviennent trop lourds. »
Pour les étudiants, cette approche offrira une immersion dans un modèle de soins plus souple et centré sur la personne. Pour la population, elle représente une nouvelle porte d’entrée vers des services accessibles, supervisés et de qualité.
Avec l’ouverture officielle de la clinique prévue pour janvier 2026, l’établissement d’enseignement supérieur souhaite donc devenir, à terme, un espace de convergence entre formation, recherche et engagement social, et ce, au cœur d’un quartier en pleine transformation et avec ses propres défis.






