
Le Champ des Possibles (Photo tirée de l’Instagram des Amis du Champ des Possibles)
25 février 2026Quand les citoyens prennent les espaces verts en main
Les espaces verts urbains sans statut officiel sont souvent à la merci des projets de développement. C’est pourquoi des citoyens se mobilisent en groupe pour les défendre — une démarche qui exige temps et énergie, et dont la durée peut grandement varier d’un cas à l’autre. EST MÉDIA Montréal s’est intéressé au parcours ainsi qu’au mode de fonctionnement de deux de ces groupes : Les Amis du Champ des Possibles et Mobilisation 6600 Parc-Nature MHM.
Dans le Mile-End, l’organisme Les Amis du Champ des Possibles a été créé pour s’opposer à un projet de stationnement municipal à la fin des années 2000. La réaction citoyenne a été rapide. Un expert en biodiversité urbaine (le naturaliste Roger Latour), des biologistes et des résidents attachés à cette ancienne friche ferroviaire se sont mobilisés pour en défendre la valeur écologique, communautaire et historique. De plus, l’artiste Emily Rose Michaud a su attirer l’attention du public sur son importance en créant une œuvre de land art – une forme d’art qui utilise les éléments naturels comme matériaux de création – sur le site.
« Il y a eu des personnes comme Roger Latour qui organisait des marches dans le champ pour faire découvrir la flore, et Emily Rose Michaud, une artiste qui fait du land art, qui ont contribué à faire connaître l’enjeu de la protection du champ », dit Kiho Hazelton-Cook, membre du conseil d’administration (CA) des Amis du Champ des Possibles.

Le Champ des Possibles (Photo tirée de l’Instagram des Amis du Champ des Possibles)
En 2009, le sujet s’est invité dans la campagne municipale et le parti s’étant positionné en faveur de la protection du site – Projet Montréal – a remporté l’élection. C’est ainsi qu’en 2013, le site est passé d’un zonage industriel à un zonage d’espace naturel. Une entente de cogestion a également été signée entre les Amis du Champ des Possibles et l’arrondissement.
Du côté d’Assomption-Sud, dans Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, c’est l’annonce d’un projet de l’entreprise Ray-Mont Logistiques, une plateforme intermodale de transbordement de marchandises agricoles, à quelques centaines de mètres d’un CHSLD et de logements qui a mené à la création en 2016 de Mobilisation 6600 Parc-Nature MHM (Mobilisation 6600).
« La CAQ a refusé le BAP. (…) Ce qu’ils visent, c’est 200 wagons de trains par jour, c’est 1 500 camions, c’est 15 000 conteneurs constamment en action, en activité. C’est du 24 h sur 24 h, 7 jours sur 7 », mentionne Elisabeth Greene, membre cofondatrice de Mobilisation 6600.
Près d’une décennie plus tard, la mobilisation citoyenne a permis d’obtenir quelques gains, mais la lutte n’est pas terminée pour autant.

(Courtoisie de Mobilisation 6600)
Deux structures, deux réalités
Les deux groupes ne fonctionnent pas de la même façon et ne se trouvent pas au même point dans leur trajectoire.
Les Amis du Champ des Possibles ont atteint une forme de maturité institutionnelle. Fondé en 2010, l’organisme à but non lucratif (OBNL) est doté d’un CA et d’une coordonnatrice à temps partiel rémunérée. De plus, l’entente de cogestion avec l’arrondissement prévoit une subvention annuelle : « On reçoit environ 30 000 $ par année pour supporter nos activités. En retour, on s’engage à faire certains événements comme des corvées de nettoyage », indique Kiho Hazelton-Cook.

(Courtoisie de Mobilisation 6600)
Pour sa part Mobilisation 6600 fonctionne de manière beaucoup plus organique, sans structure précise. L’initiative est portée par une dizaine de citoyens et le nombre de membres actifs varie. « C’est des bénévoles, des militants, leur nombre varie énormément au fil des saisons, mais on réussit tout le temps à avoir beaucoup de gens qui participent à nos événements. Il y a des centaines de personnes qui nous suivent et qui nous appuient dans nos démarches. Au quotidien, on est un petit groupe de personnes qui s’organisent ensemble », indique Anaïs Houde, co-porte-parole de Mobilisation 6600.
L’organisme n’a pas de statut légal et ne bénéficie d’aucun financement institutionnel. Le groupe se finance par des dons, la vente de marchandises et des levées de fonds lors d’événements : « Tout l’argent récolté revient à la lutte pour poursuivre la mobilisation », dit-elle.
Kiho Hazelton-Cook des Amis du Champ des Possibles situe lui-même la différence entre les deux groupes : « Mobilisation 6600, ils sont à un stade un peu différent de leur cycle de vie de « mobilisation ». Les Amis du Champ des Possibles sont passés par la même phase que celle où se trouve actuellement Mobilisation 6600. »
Animer et occuper le territoire
Au-delà de leurs démarches politiques et juridiques respectives, les deux groupes accordent une grande importance à la vie de quartier et à l’animation de leurs espaces.
Les Amis du Champ des Possibles privilégient une approche non interventionniste dans la gestion du site, laissant autant que possible la nature suivre son cours. Leurs activités visent à faire vivre le lieu : corvées de nettoyage, entretien d’un jardin collectif, contrôle des espèces invasives, visites guidées, bioblitzs (observer et identifier les animaux, les insectes et les plantes du lieu), sessions de yoga et conférences ponctuent leur calendrier. À l’automne, une foire paysanne et un marché fermier rassemblent la communauté, tandis qu’un marché de Noël marque la saison hivernale.
Mobilisation 6600 mise également sur une présence régulière pour maintenir le lien entre les résidents et le terrain qu’elle défend. Corvées printanières, création d’un jardin collectif, organisation de visites guidées, d’événements festifs et parfois de conférences font partie de leur approche. De plus, Anaïs Houde souligne quelques éléments qui contribuent au charme du site : « Partout en ville, les chiens n’ont pas le droit d’être sans laisse, on n’a pas le droit de faire de feu, des partys ou de la musique, mais ça se fait souvent de manière informelle au terrain vague. Cette liberté-là est vraiment appréciée. (…) On souhaite protéger l’environnement tout en protégeant l’usage qu’en font les gens. »

(Courtoisie de Mobilisation 6600)
Que la bataille soit gagnée ou toujours en cours, les deux groupes s’accordent sur une chose : l’implication citoyenne en vaut la peine. Anaïs Houde invite ceux qui souhaitent se lancer à ne pas hésiter : « Il suffit vraiment d’en avoir l’envie, la volonté, l’énergie, de parler à ses voisins, d’être en communauté. » Elisabeth Greene, quant à elle, rappelle que chaque gain, aussi partiel soit-il, nourrit la persévérance : « C’est ainsi qu’on a réussi à protéger des boisés, à faire changer des projets. »






