Une partie du terrain appelé à changer de zonage (Google Maps)

Un changement de zonage controversé dans MHM

Un projet de changement de zonage controversé dans Mercier–Hochelaga-Maisonneuve (MHM) fera l’objet d’une séance extraordinaire du conseil d’arrondissement, annoncée en ligne à moins de 48 h d’avis.

L’arrondissement de MHM s’apprête à autoriser des usages commerciaux sur le terrain situé entre le CPE Les Étoiles du Faubourg et la zone commerciale actuellement en développement près de l’intersection des rues Sherbrooke Est et De Contrecœur. Ce changement, qualifié d’urgent par l’administration, suscite l’opposition de citoyens et d’organismes environnementaux.

Carte présentée lors de l’assemblée publique de consultation du 11 février dernier (Courtoisie de l’arrondissement de MHM/Google maps)

Le 20 février, une séance extraordinaire du conseil d’arrondissement se tiendra à 11 h 30 dans le but d’adopter la deuxième lecture du Règlement. L’adoption finale du Règlement est prévue lors du prochain conseil municipal, soit le 9 mars.

Cette décision survient quelques mois après que l’administration précédente – Projet Montréal – ait effectué le même processus dans le sens inverse pour protéger le terrain visé en modifiant son zonage pour celui de parc. Une décision qui, selon la mairesse actuelle, Chantal Gagnon, « n’était pas logique ».

(Google Maps)

Des commerces de proximité souhaités, mais pas garantis

La mairesse Chantal Gagnon défend le projet en invoquant les besoins du quartier. « Les gens veulent des commerces, des commerces de proximité idéalement. Ça peut être un salon de coiffure, une clinique médicale, un café, une lingerie, un gym », affirme-t-elle. L’élue mentionne avoir été interpelée à de nombreuses reprises lors de son porte-à-porte effectué lorsqu’elle était candidate à la mairie et rappelle s’être engagée, à l’époque, sur ce changement de zonage.

De plus, elle assure que le promoteur immobilier, Harden – responsable du développement du terrain -, est « très à l’écoute et très réceptif ».

Toutefois, l’arrondissement n’a aucun pouvoir sur le choix des commerces une fois le changement de zonage approuvé. « Sans les leviers réglementaires, on est vraiment dépendants du bon vouloir du promoteur immobilier », affirme Nilson Zepeda, responsable – nature et eau au Conseil régional de l’environnement de Montréal (CRE-Montréal). De plus, ce dernier note qu’aucune étude d’impact sur la circulation n’a été présentée.

Actuellement, la zone commerciale comprend un IGA – dont l’ouverture est prévue au printemps -, un Dollorama, un commerce de type restaurant dont l’identité n’a pas encore été révélée ainsi que 172 places de stationnement.

Maquette de la zone commerciale actuellement en développement au Faubourg Contrecœur (Courtoisie Neuf)

Parmi les craintes exprimées par les citoyens, on retrouve celle de voir s’installer dans le secteur des grandes bannières. Sarah V. Doyon, conseillère municipale de l’opposition (Projet Montréal), souligne que le portfolio d’Harden est principalement constitué de projets avec de grandes chaînes. « Sur leur page d’accueil, il y a la liste de leurs partenaires habituels : Costco, Dollarama, Winners, L’Équipeur, McDonald’s, Marshalls […], c’est vraiment des grandes chaînes […]. C’est des strip malls », fait-elle remarquer.

Le corridor vert de l’Est maintenu

L’administration municipale insiste sur le maintien du corridor vert de l’Est. Ce dernier aura une largeur de 15 m « tel qu’il était initialement prévu », indique la mairesse.

Le projet prévoit également la création d’une zone tampon de verdure d’une largeur de 10 m entre le CPE et la zone commerciale. « Cette zone tampon de verdure et le corridor de mobilité vont nous permettre de rallier justement le corridor », a indiqué le conseiller municipal Julien Hénault-Ratelle lors de la séance du conseil d’arrondissement du 2 février dernier. Ce dernier a également mentionné lors du même évènement « ne pas avoir de plan défini pour cette zone-là ».

De plus, l’arrondissement affirme avoir des discussions avec la Société d’habitation et de développement de Montréal (SHDM) concernant l’achat de terrains afin d’agrandir le parc Carlos-D’Alcantara.

Visuel des modifications effectuées à la suite du changement de zonage (Courtoisie de l’arrondissement de MHM)

Néanmoins, selon M. Zepeda, le projet constitue « un recul » par rapport à la protection mise en place en septembre 2025 par Projet Montréal. Ce dernier affirme qu’avec 15 m de largeur, « on parle vraiment plus d’une promenade verte que d’un corridor écologique ». Quant à l’achat annoncé du terrain de la SHDM pour agrandir le parc Carlos-D’Alcantara, il évoque « une mesure pour mieux faire passer la pilule du changement de zonage ». Il rappelle que les co-bénéfices d’un parc de loisirs n’ont rien à voir avec ceux d’un milieu naturalisé.

Des citoyens inquiets

Josée Desmeules, résidente et militante de Mobilisation 6600, s’oppose fermement au changement de zonage. Elle souligne l’importance d’entourer le CPE Les Étoiles du Faubourg d’espaces verts, notamment en raison de sa proximité avec la carrière Lafarge. « Je pense que c’est une bonne idée de l’entourer d’espaces verts. C’est dans une perspective d’offrir aux enfants un milieu beaucoup plus sain », explique-t-elle.

Elle propose une vision alternative : « On peut laisser l’épicerie s’ouvrir, s’implanter, puis peut-être après ça, analyser qu’est-ce qui peut manquer. » Pour elle, la perspective à long terme devrait primer : « Dans 5 ans, 10 ans, 15 ans, qu’est-ce qui sera le plus utile? […] Dans une perspective à plus long terme, c’est un legs qui est beaucoup plus significatif. »

Daniel Chartier, architecte paysagiste et citoyen engagé, adopte une position plus nuancée. Il ne s’oppose pas totalement au développement commercial, mais exige qu’une grande partie du terrain reste un parc. « Il faut au moins 30 m de large comme bande écologique et il faut que le corridor de l’avenue de Grosbois reste en parc », soutient-il.

Il propose la création d’une place publique pour faire la transition entre la partie urbaine et le corridor écologique : « Les commerces et ce parc-là [doivent avoir] un dialogue. C’est gagnant-gagnant. »

Un processus critiqué

Le processus de consultation et le calendrier accéléré soulèvent de vives critiques. Sur une dizaine de commentaires écrits, reçus lors de la consultation publique du 11 février, un seul se serait révélé favorable au projet, selon Sarah V. Doyon.

Daniel Chartier, qui était présent à la consultation, témoigne que les interventions étaient « exclusivement ou presque exclusivement des contre ». Il qualifie le processus de « plus que décevant » et déplore le manque de transparence. « Quand ce n’est pas assez transparent, les gens s’imaginent des affaires effrayantes », affirme-t-il.

Josée Desmeules partage cette frustration concernant la diffusion de l’information. « Il a fallu qu’un site Facebook relaie une publication faite sur un autre groupe Facebook privé pour finalement voir une illustration du projet », déplore-t-elle.

La rapidité du processus complet préoccupe également, il se déroule en cinq semaines : première lecture le 2 février, consultation publique le 11 février, deuxième lecture lors d’une séance extraordinaire du conseil le 20 février et adoption finale prévue le 9 mars. Lors du conseil d’arrondissement du 2 février, le conseiller Julien Hénault-Ratelle a justifié cette rapidité : « On reprend le dossier en urgence parce qu’il avançait dans une direction qui n’était pas tout à fait la nôtre ».

De plus, la tenue d’une séance extraordinaire en plein jour fait réagir : « Il y a quand même quelque chose de spécial de faire un CA extraordinaire de jour, ce qui permet moins de participation du public », déclare Sarah V. Doyon. À ce sujet, cette dernière a indiqué via une publication Facebook que les questions transmises par écrit ne seront pas permises lors de l’évènement.

Enfin, les opposants au projet ont la possibilité de s’y opposer formellement en demandant la tenue d’un référendum. Sarah V. Doyon a d’ailleurs confirmé avoir été contactée par des citoyens qui souhaitent se mobiliser.