Le Centre Trait-d’Union (EMM/Elizabeth Pouliot)

Le Centre Trait-d’Union : réaliser son projet de vie au cœur de PAT

La peinture est encore fraîche sur les murs du Centre Trait-d’Union, un nouveau milieu scolaire destiné aux adultes atteints d’un trouble du spectre de l’autisme ou d’une déficience intellectuelle. Au cœur de Pointe-aux-Trembles, ils peuvent maintenant poursuivre un « projet de vie » de leur choix, accompagnés de professionnels qualifiés. Incursion exclusive dans ce lieu lumineux, qui en est à sa toute première rentrée scolaire.

Dans un local baigné de lumière, un petit groupe d’adultes s’affaire en cuisine. Certains mesurent les ingrédients, d’autres observent attentivement leur crêpe cuire dans la poêle. Il règne ici une atmosphère d’apprentissage calme, patiente, bienveillante. Bienvenue au Centre Trait-d’Union, ouvert en août dernier par le Centre de services scolaire de la Pointe-de-l’Île (CSSPI) pour combler un vide éducatif dans l’est de Montréal.

Marie-Claude Drolet, directrice du Centre Trait-d’Union (EMM/Elizabeth Pouliot)

« On avait des besoins criants », indique d’entrée de jeu Marie-Claude Drolet, directrice de ce centre qui s’adresse à des adultes de 21 ans et plus ayant des défis importants, tels qu’une déficience intellectuelle, un trouble du spectre de l’autisme ou des enjeux de santé mentale. Les élèves à qui il est destiné n’ont jamais cessé de vouloir apprendre. Ils aspirent souvent à plus d’autonomie, à une vie sociale épanouie et même à peut-être occuper un emploi. « Mais après 21 ans, ces jeunes n’avaient plus de services dans notre secteur, ils devaient aller ailleurs. Il fallait donc agir », indique la directrice.

Un programme structuré autour d’un projet de vie

Le centre accueille actuellement 45 élèves et prévoit de monter graduellement à 140. Les profils qu’on y trouve sont variés : certains arrivent tout droit du secteur jeune, d’autres reviennent à l’école après des années d’absence. L’aînée a 62 ans, mais la majorité des élèves a entre 21 et 35 ans. Ce qui les unit? « Le désir de continuer à se développer à leur rythme », insiste Mme Drolet.

L’approche pédagogique du centre repose sur le Programme de participation sociale, refondu en 2022 pour mieux répondre à cette clientèle. Il comprend 30 cours, dont un obligatoire, « Mon projet de vie », où l’élève apprend à se connaître, à nommer ses désirs, ses rêves, ses défis. « On n’impose rien. On part des intérêts de l’élève », explique la directrice. Certains veulent un jour vivre en appartement, d’autres souhaitent former une famille, d’autres encore ambitionnent d’avoir un emploi. Trois parcours ont donc été créés pour refléter ces aspirations : Socialisation et loisirs, Autonomie résidentielle et affective et Préparation au travail. Le tout, dans une logique de flexibilité, c’est-à-dire que si les envies changent, le projet peut évoluer aussi.

Éric, 47 ans, fait partie des élèves qui fréquentent le centre pour cette première rentrée scolaire. Atteint d’une déficience intellectuelle, il fréquentait les Compagnons de Montréal, plus à l’ouest, avant de pouvoir profiter du Centre Trait-d’Union, beaucoup plus près de chez lui, dans l’est. Il vit avec sa mère et il suit entre autres un cours de cuisine, un domaine qui le passionne. « J’aime ça, la cuisine! », lance-t-il, enthousiaste.

En trois semaines, il a appris les noms des ustensiles qu’il ne connaissait pas et a réussi à faire des crêpes. Au-delà des apprentissages pratiques, c’est aussi le sentiment d’appartenance qu’il apprécie. « Il y a des gens que je connaissais, mais il y en a aussi des nouveaux. Je me fais des amis. » Ce dernier participe aussi aux ateliers de danse offerts à tous les élèves par l’organisme Prima Danse. « On fait des exercices et des mouvements. C’est pas facile, mais c’est le fun. » Ambitieux, Éric rêve d’apprendre de nouvelles recettes pour les vendre par la suite, et « faire des profits pour l’école! », s’exclame-t-il.

Éric, un élève du Centre Trait-d’Union (EMM/Elizabeth Pouliot)

S’ancrer dans la communauté

Trois valeurs fondamentales guident la vie au centre : respect, engagement, autonomie. Le respect, surtout, est non négociable. « On est tous différents, et ils l’ont compris. On a eu un élève trans, des élèves posaient des questions, on a expliqué… puis c’est fini. Il n’y a pas de jugement », illustre Marie-Claude Drolet.

L’équipe du centre compte neuf employés : cinq enseignants, un éducateur spécialisé, une secrétaire, un concierge et la directrice. Le personnel joue un rôle de modèle et de repère. « Nos élèves sont des adultes. Ils ont des opinions, des désirs. On est là pour les accompagner, mais aussi pour les recadrer si nécessaire. L’objectif, c’est qu’ils deviennent des citoyens fonctionnels. »

Cette culture inclusive s’installe naturellement dans un environnement où la diversité est la norme, et où l’on valorise les forces de chacun. Certains élèves en aident spontanément d’autres, sans moquerie ni supériorité.

Ce qui distingue profondément le Trait-d’Union, c’est qu’il est ancré dans la réalité quotidienne, pense Mme Drolet. Les élèves vont à l’épicerie, au parc, bientôt peut-être chez les commerçants du quartier. Le centre a été stratégiquement implanté dans le Vieux-Pointe-aux-Trembles, un secteur en revitalisation. « C’est ici que l’action va se passer. On veut que nos élèves participent à cette vie-là, comme tout le monde », révèle la directrice. Le corps professionnel comme étudiant souhaite bâtir, avec les années, une école de proximité, en dialogue constant avec la communauté. Plusieurs partenariats potentiels sont d’ailleurs en discussion.

Les ambitions pour cette première année? « Se faire connaître. Montrer c’est quoi, cette clientèle-là, et tout ce qu’elle peut apporter à la société. » Marie-Claude Drolet espère que la présence du centre dans le quartier contribuera à démystifier les différences, à combattre les peurs. « Ces élèves-là, ils ne vont pas à la même vitesse que nous, mais ils sont aussi capables d’y arriver », conclut-elle.


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