
Le Centre St-Pierre (Courtoisie)
6 février 2026Vers un carrefour communautaire au cœur du Centre-Sud
Depuis plus de cinquante ans, le Centre St-Pierre occupe une place singulière dans le paysage communautaire de Ville-Marie. Installé dans une ancienne école du quartier Centre-Sud, à proximité de la vieille tour de Radio-Canada, il accueille chaque année près de 100 000 personnes issues principalement des milieux communautaires, syndicaux et progressistes. À cette institution bien établie viendra bientôt s’ajouter la Maison St-Pierre, un projet immobilier communautaire d’envergure destiné à offrir des espaces locatifs à long terme à des organismes confrontés à la pression immobilière croissante du centre-ville.
Charles Fillion dirige le Centre St-Pierre depuis 2019. Issu du milieu communautaire et de l’économie sociale, il décrit l’organisation comme un acteur collectif avant tout. « Je dis toujours que je dirige une extraordinaire organisation, mais surtout une entreprise d’économie sociale », affirme-t-il. Il définit le Centre St-Pierre comme le plus grand centre de formation et d’intervention sociale au Québec.

Charles Fillion, directeur général du Centre St-Pierre (Courtoisie)
Sous un même toit, l’organisme offre des services de psychothérapie à tarifs modulés, des activités de formation et de mobilisation, ainsi que des espaces de location à court terme pour des conférences, des rencontres ou des formations. Sa tarification abordable constitue un principe central. « On s’adresse à des personnes et à des groupes communautaires dont les moyens sont limités. Maintenir cette abordabilité-là, c’est fondamental pour nous », explique M. Fillion.
Des racines historiques et une mission transformée
Le bâtiment du 1212, rue Panet est au cœur de l’identité même du Centre St-Pierre. Ancienne école tenue par une communauté religieuse, les Oblats de Marie Immaculée, elle a été reconvertie au début des années 1970 à la suite de l’éviction de nombreuses familles du quartier lors de l’implantation des grands complexes médiatiques comme la tour de Radio-Canada. À l’origine, la mission du centre était religieuse. « À l’époque, c’était un centre d’évangélisation populaire. Ça, ça a fondamentalement changé », rappelle Charles Fillion.
Au fil des décennies, le Centre St-Pierre est devenu une organisation entièrement laïque, axée sur l’éducation populaire, la justice sociale et la transformation sociale. « Les valeurs universelles sont demeurées, mais elles se sont modernisées, tout comme les services, en fonction des nouvelles réalités sociales », précise-t-il.
Justice sociale et accompagnement au quotidien
Concrètement, le Centre St-Pierre se positionne comme un lieu d’accueil et d’accompagnement. « On est là pour donner des outils, un cadre, pour permettre aux personnes et aux groupes de se transformer et de renforcer leur autonomie », explique son directeur général. Cette approche se traduit par un soutien aux organismes qui travaillent auprès de populations en situation de vulnérabilité, qu’il s’agisse de santé mentale, de défense des droits ou de lutte contre les inégalités sociales.
L’ancrage territorial est également central. « On est profondément enracinés ici. Tout notre modèle repose sur ce lieu-là », affirme M. Fillion, allant jusqu’à dire que l’organisation ne pourrait survivre à un déménagement hors du Centre-Sud.
La Maison St-Pierre : une réponse à la crise des espaces communautaires
C’est dans ce contexte qu’est née l’idée de la Maison St-Pierre, située sur la rue de la Visitation, juste à côté du stationnement du Centre St-Pierre. Acquise en 2022, cette propriété, qui appartenait aussi aux Oblats, accueillera des organismes communautaires à long terme, avec des baux de cinq à dix ans et plus.
Pour Charles Fillion, le projet répond à un enjeu largement invisible : « On parle beaucoup du logement social résidentiel, mais très peu du logement pour les groupes communautaires. Pourtant, c’est une crise bien réelle. » La Maison St-Pierre visera ainsi à offrir des espaces abordables à des organismes souvent forcés de quitter le quartier faute de moyens.
Contrairement à un projet immobilier traditionnel, le Centre St-Pierre agit ici comme un promoteur-propriétaire guidé par sa mission sociale. « On ne fait pas un projet immobilier pour faire de l’argent. On répond à des besoins sociaux à travers un moyen qui est immobilier », insiste-t-il.

La future Maison St-Pierre (Courtoisie du Centre St-Pierre)
Financement et partenariats publics et privés
Le montage financier repose sur une combinaison de fonds privés, de dons de fondations et de contributions gouvernementales. Le gouvernement fédéral a annoncé en 2024 un investissement de 8 M$ pour soutenir la vocation écologique et communautaire du bâtiment. La Ville de Montréal a pour sa part accordé cet automne 400 000 $ pour la première phase des travaux.
Plus récemment, un financement de 1,2 M$, lié au Fonds signature métropole, a été confirmé pour la transformation de la cuisine. « C’est une marque de confiance importante pour nous », estime M. Fillion, tout en précisant que des démarches sont toujours en cours pour obtenir un soutien financier supplémentaire du gouvernement du Québec, notamment en raison de l’importance patrimoniale du site.
À terme, le Centre St-Pierre et la Maison St-Pierre formeront ensemble le « Carrefour St-Pierre », soit près de 80 000 pieds carrés dédiés aux missions communautaires. « Dans dix ans, j’aimerais qu’on parle de ce lieu comme d’un espace de mise en commun des forces des groupes communautaires », ajoute Charles Fillion.
Mutualisation, gouvernance et défis
La Maison St-Pierre accueillera à terme entre 12 et 15 organismes, ce qui représentera environ 75 emplois. Et près de 10 000 personnes devraient fréquenter annuellement le bâtiment. Le projet mise également sur la mutualisation de certains services entre les groupes, une démarche que M. Fillion reconnaît comme complexe. « La mutualisation, ça ne se fait pas tout seul. Ça demande de l’accompagnement, du temps et une bonne connaissance des groupes », souligne-t-il.
Quatre organismes sont déjà confirmés pour une installation à l’automne 2026, et une dizaine d’autres ont manifesté leur intérêt pour les années suivantes, ce qui laisse présager, selon le directeur général, une occupation complète dès l’ouverture.
Un bâtiment patrimonial et écologique
La Maison St-Pierre se distingue aussi par sa dimension patrimoniale et environnementale. Le bâtiment est classé par le ministère de la Culture et des Communications, et son sous-sol est protégé comme site archéologique. De plus, le projet vise à en faire un édifice carboneutre, inclusif et universellement accessible. « Ce sera le premier bâtiment patrimonial classé au Québec à devenir à la fois vert et communautaire », affirme Charles Fillion.
Une cuisine communautaire de près de 2 000 pieds carrés, destinée à répondre aux enjeux d’insécurité alimentaire dans le quartier, est également dans les cartons.











