
(Depositphotos)
9 septembre 2026Centraide Canada publie un rapport alarmant sur le milieu communautaire
Les organismes sans but lucratif qui offrent des soins à la population sont sous pression partout au Canada, et ce malgré une expansion poussée par la hausse des besoins. Centraide Canada publie un premier rapport en son genre, qui permet de brosser un portrait plus clair du milieu communautaire au pays.
C’est une première pour Centraide United Way Canada, le plus grand bailleur de fonds non gouvernemental de services sociaux et communautaires au Canada. En effet, l’organisation a pour la première fois compilé des données en vue d’acquérir une meilleure connaissance de la main-d’œuvre des organismes sans but lucratif dans son rapport « Plaidoyer pour l’économie des soins ».
En faisant appel à des sources internes, gouvernementales, provenant d’associations et d’universités, son partenaire, le cabinet de recherche Common Good Strategies, a été en mesure de mettre en lumière plusieurs enjeux auxquels fait face ce secteur.
« Il s’agit d’un rapport marquant, qui pour la première fois nous permet de constater le niveau de la crise de ressources humaines dans le milieu communautaire qui nous demande d’agir », souligne Anita Khanna, vice-présidente des relations gouvernementales et des politiques publiques chez Centraide Canada.

Anita Khanna, vice-présidente des relations gouvernementales et des politiques publiques chez Centraide Canada (Courtoisie)
Effectivement, les données préliminaires sont troublantes. Ainsi, on remarque que le salaire du personnel communautaire sans but lucratif est 31 % plus bas par rapport à la moyenne de l’économie. « Ce sont les travailleurs des organismes qui sont au front et qui font face des besoins complexes, comme l’itinérance, la santé mentale, le manque d’accès à l’alimentation. Ils doivent donc répondre à ces enjeux avec des salaires qui ne sont pas suffisants considérant la nature de leur travail », insiste Mme Khanna.
Les « burnouts » dans le milieu sont de plus en plus fréquents, note la vice-présidente, alors qu’une hausse fulgurante de 140 % des postes vacants dans les principales professions des soins communautaires est ressentie depuis 2015.
De plus, près de 45 % des professions de soins du secteur sans but lucratif sont à fort risque de pénurie d’ici 2033, contre 6 % dans les autres, expose le rapport.
D’ailleurs, le manque de ressources n’affecte pas seulement les employés au sein des organismes, puisque ceux-ci ont connu une perte annuelle de capacité bénévole d’une valeur de 7 milliards de dollars dans les services sociaux depuis dix ans.
« La combinaison de la perte du nombre de bénévoles et la pénurie de main-d’œuvre dans le secteur fait en sorte que les bénéficiaires dans la communauté doivent attendre plus longtemps pour recevoir des soins ou qu’ils n’en recevront tout simplement pas. On voit qu’environ 70 % des organismes de bienfaisance connaissent une demande pour leurs services qui dépasse leur capacité de prestation », remarque Mme Khanna.
Un secteur en croissance
Pourtant, le secteur communautaire sans but lucratif ne ralentit pas et connait plutôt une forte expansion, car la demande augmente toujours plus rapidement : l’emploi dans ce secteur a affiché une croissance de 10 % entre 2019 et 2024, tandis que les dépenses courantes ont augmenté de 32 %.
Le manque de ressources que subit ce milieu est en partie le résultat d’une incompréhension des gouvernements quant à la valeur réelle du communautaire sur l’économie canadienne, croit la vice-présidente.
« Les impacts économiques des œuvres caritatives et des OBNL dans l’économie des soins ne sont pas bien compris. Le secteur caritatif par exemple contribue à plus de 8 % du produit intérieur brut du Canada; c’est plus important que les secteurs du pétrole et du gaz, le secteur minier ou encore la pêche. C’est un grand contributeur à l’économie comparativement à d’autres professions, qui emploie d’ailleurs 2,5 millions de personnes », met-elle en lumière.
De ce fait, le financement provenant des gouvernements ne reflète pas les besoins du milieu, puisqu’une importante part des sommes attribuées le sont « au projet », plutôt « qu’à la mission », ce qui signifie que les organismes doivent se faire compétition et fréquemment déposer de nouvelles demandes pour des projets afin de poursuivre leur travail. « Ça crée de l’incertitude dans les organismes quant à la poursuite des opérations. Du financement à la mission permettrait de les pérenniser », soutient Mme Khanna.
Toutefois, cette dernière souhaite demeurer positive. La venue du rapport permettra de faire des plaidoyers plus efficaces auprès du gouvernement fédéral. « Il s’agit d’une étape importante dans le cadre de notre stratégie en matière de main-d’œuvre. En comprenant mieux ce qui se passe dans le secteur, nous serons en mesure de déterminer les meilleures solutions, notamment pour améliorer les conditions de travail des employés. »







