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LE CARREFOUR D’INNOVATION BIOALIMENTAIRE : UNE DÉMARCHE CONCERTÉE AU BÉNÉFICE DE LA COLLECTIVITÉ

Le Carrefour d’innovation bioalimentaire (CIB) permettra aux organisations et organismes communautaires d’avoir accès à des équipements spécialisés et à des experts pour favoriser la recherche et le développement en transformation alimentaire et en création de produits. Une première en sol montréalais.

Jean François Lalonde (Courtoisie)

Annoncée lors du Sommet de l’Est, le 13 novembre dernier, cette initiative innovante est portée par le Collège de Maisonneuve et son Institut de technologie des emballages et du génie alimentaire (ITEGA), La Cuisine Collective Hochelaga-Maisonneuve (CCHM) et PME MTL Centre-Est. Le projet a l’ambition d’atteindre ses nombreux objectifs, au moment où les besoins alimentaires sont plus criants que jamais à travers la métropole. « Le carrefour veut répondre à cet enjeu en permettant aux entreprises et aux organisations d’avoir accès aux meilleures innovations technologiques pour développer une variété de produits dans le secteur bioalimentaire. Dans le privé, on travaille avec la petite entreprise, celle qui a peu de moyens, tout comme celle de l’économie sociale, donc l’idée est de leur offrir ce soutien et cette opportunité de se développer », explique Jean François Lalonde, directeur général de PME MTL Centre-Est.

Alia Hassan-Cournol (Courtoisie)

Le CIB viendra effectivement répondre à de grands besoins, confirme Alia Hassan-Cournol, membre du conseiller exécutif de la Ville de Montréal et conseillère d’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve. « Premièrement, il répond à la feuille de route de la Ville de Montréal en matière d’économie sociale et circulaire. C’est un projet où le savoir est mis à contribution du développement économique, qui lui-même sert les besoins sociaux du quartier et de ses citoyens. »

Du développement d’une recette jusqu’à l’emballage intelligent d’un produit fini, les possibilités de projets seront multiples dans l’enceinte du carrefour. Et le plan consiste à mener à terme ces initiatives à travers un contexte de développement durable et de transition socio-écologique. « C’est d’arriver à produire mieux, tout en étant plus respectueux de l’environnement et en augmentant par le fait même la durée de vie des produits », explique Jean François Lalonde.

Le CIB a aussi comme objectif de favoriser une saine compétitivité entre les organisations, en mettant à leur disposition des équipements à la fine pointe de la technologie, de l’expertise professionnelle et un réseau d’accompagnement par l’entremise de partenaires clés. « À terme, notre souhait le plus grand est de doter le lieu d’équipements mutualisés, qui permettront aux entreprises, particulièrement à celles de l’économie sociale et aux organismes communautaires, d’avoir accès à des installations de pointe pour développer leurs produits », explique le directeur général de PME MTL Centre-Est.

Ainsi, les organismes qui auraient le souhait de développer des projets d’économie sociale, pour proposer des produits peu transformés, de qualité et à moindre coût, pourraient profiter de l’offre du carrefour. « Le maillage entre le privé, l’économie sociale et le communautaire peut donner quelque chose de super intéressant, en amenant sur le marché des produits sains et accessibles à tous. Et c’est ce qu’on va réaliser », résume avec enthousiasme M. Lalonde.

Un partenariat essentiel pour renforcer l’impact social

La ministre Soraya Martiez Ferrada lors du Sommet de l’Est de novembre 2023 (Courtoisie)

Présentement, le projet du CIB entre dans la phase des investissements publics. En novembre dernier, les 3 paliers de gouvernement ont annoncé une contribution totalisant 900 000 $ (soit 300 0000 $ par palier) pour la création du carrefour. La collaboration entre les gouvernements municipal, provincial et fédéral dans ce projet a été déterminante, croit Soraya Martinez Ferrada, ministre du Tourisme, ministre responsable de l’Agence de développement économique du Canada pour les régions du Québec et députée d’Hochelaga. « C’est une approche collaborative, une volonté politique d’arriver à travailler ensemble pour fournir les fonds nécessaires à sa réalisation, et aussi pour développer l’est de Montréal. »

Le gouvernement fédéral voit dans la croissance de l’est « un potentiel incroyable », et souhaite investir sérieusement dans la lutte à l’insécurité alimentaire, ajoute la ministre. « C’est la première fois qu’on finance un projet de mutualisation de recherche qui vise spécifiquement cet enjeu. Et la question n’est pas seulement de mutualiser des équipements, mais bien d’innover, et c’est ce qui est à la base de l’économie sociale, de collectivement s’entraider. »

Chantal Rouleau - 1

La ministre responsable de la Solidarité sociale et de l’Action communautaire, Chantal Rouleau (Archives EMM)

Pour le gouvernement du Québec, il s’agit aussi d’un projet d’importance, puisque la question de la sécurité alimentaire est présentement en tête de liste des priorités, indique Chantal Rouleau, ministre responsable de la Solidarité sociale et de l’Action communautaire et députée de Pointe-aux-Trembles. « Les organismes communautaires sont intimement liés au dossier de la sécurité alimentaire, on parle de banques alimentaires, de comptoirs, de distribution de nourriture sur le terrain. Le contexte actuel est difficile, et le gouvernement a investi 177 M$ depuis 2023 jusqu’à maintenant en sécurité alimentaire. »

Le projet du CIB est particulièrement pertinent, puisqu’il permet de faire bénéficier le milieu communautaire des retombées de la recherche et du développement adaptées à leur contexte, ce qui ne s’est jamais encore vu, explique la ministre. « C’est une première mondiale, on peut dire ça comme ça! Et le CIB est aussi une vitrine pour le Québec, qui va éventuellement servir de modèle. »

Le gouvernement provincial s’était déjà impliqué dans le Pôle de l’est, un espace de distribution et d’approvisionnement de denrées alimentaires pour les organismes communautaires. Appuyer le projet du carrefour était donc une manière d’aller encore plus loin dans son implication envers la sécurité alimentaire. « Et j’ajouterai que cette collaboration multiple entre les différents paliers est un excellent exemple d’agilité et de synergie des forces de chacun des partenaires pour appuyer une cause qui est très importante », indique Mme Rouleau.

Un point de vue partagé par Alia Hassan-Cournol. « Le CIB est effectivement un projet qui a rarement été fait, assurément au Québec et au Canada. Donc, c’est un défi particulièrement intéressant pour toutes les parties impliquées. Pour PME MTL Centre-Est, dans le développement d’entreprises futures qui vont pouvoir bénéficier des ressources du carrefour, et pour la Ville, qui va pouvoir entre autres continuer à développer le secteur Assomption Sud–Longue-Pointe, et plus largement l’est de Montréal. »

En décembre dernier, les trois partenaires fondateurs du projet, le Collège de Maisonneuve, PME MTL Centre-Est et la CCHM, ont formalisé leurs engagements respectifs envers le CIB dans le cadre d’une entente. Au tournant de la nouvelle année, l’OBNL le Carrefour d’innovation bioalimentaire a formellement été incorporé. À l’heure actuelle, certains services sont déjà utilisés, mais le CIB devrait ouvrir officiellement ses portes à l’automne 2024, selon Jean François Lalonde. « Présentement, on prend le temps de bien structurer son déploiement. Les premiers mandats devraient débuter en septembre prochain », termine-t-il.


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