
(Courtoisie)
6 Décembre 2025Bulletin des écoles secondaires : la recette du succès du Collège d’Anjou
La plus récente édition du Bulletin des écoles secondaires du Québec de l’Institut Fraser a permis de mettre en lumière les efforts continus du Collège d’Anjou pour favoriser l’apprentissage de ses élèves. L’établissement fait partie des 10 établissements dont la cote a connu la plus forte progression récemment, passant de 6,2 à 8,3 sur 10 entre 2018 et 2024.
Le Bulletin évalue les écoles publiques et indépendantes, francophones et anglophones, en fonction des résultats aux examens provinciaux en français, en anglais, en mathématiques et en sciences. Sur les 470 établissements classés cette année, 58 ont affiché une amélioration statistiquement significative, tandis que 43 ont connu une baisse de performance.
Un chantier amorcé après la pandémie
Selon la direction du Collège d’Anjou, cette progression reflète une démarche entamée il y a plusieurs années. « Cela fait plusieurs années que nous travaillons sur la réussite de nos élèves », indique Frédéric Desjardins, directeur général du Collège d’Anjou.
Après la pandémie, l’établissement a entrepris une révision de sa planification stratégique qui a mené à l’élaboration d’un nouveau projet éducatif. Quatre axes prioritaires ont été identifiés : le bien-être psychologique des élèves, la réussite scolaire, l’ouverture sur le monde et l’écocitoyenneté.
Pour chacun de ces déterminants, des cibles précises et des indicateurs de suivi ont aussi été définis. Et l’école a mis en place un tableau de bord regroupant des données quantitatives et qualitatives afin d’ajuster ses interventions.

(Courtoisie)
« Ce tableau de bord nous permet de sortir de l’intuition. Nous pouvons désormais nous appuyer sur une collecte de données », indique Stéphanie Lajoie, directrice des services pédagogiques. L’établissement tient compte des résultats scolaires, du taux d’échec et de la perception des élèves.
Le français a été désigné comme compétence transversale prioritaire. « Nous avons décidé de mettre l’accent sur le français car sa maîtrise a un impact sur l’ensemble des autres matières », souligne-t-elle. L’école s’est fixé comme objectif de limiter à 25 % la proportion d’élèves ayant moins de 70 % dans cette matière.
Une mobilisation collective
L’élaboration du projet éducatif s’est faite de manière participative. « Nous ne fonctionnons pas de manière descendante, nous travaillons avec les membres du personnel. Ils étaient impliqués dès le départ », souligne Stéphanie Lajoie.
Un comité comprenant des enseignants de tous les niveaux et de différentes matières, ainsi que des professionnels non enseignants, a été constitué pour identifier les enjeux et développer des solutions. L’ensemble du personnel a également été consulté lors d’une journée pédagogique consacrée à cette réflexion collective.
Frédéric Desjardins insiste sur l’importance du travail d’équipe. « C’est là où réside notre force. Il s’agit vraiment d’un mouvement de travail collectif autour d’un objectif commun », affirme-t-il.

(Courtoisie)
La formation des enseignants comme levier
La mobilisation du personnel constitue donc un élément central de la démarche. En ce sens, l’établissement a investi dans la formation continue, notamment en faisant appel au spécialiste en neuroéducation Steve Masson. Cette formation a permis aux enseignants d’intégrer des stratégies concrètes liées au fonctionnement du cerveau en situation d’apprentissage. « Lorsque la mémoire de travail est surchargée ou que l’élève est stressé, l’apprentissage devient impossible. Nous enseignons aux élèves des stratégies concrètes : prendre des notes efficacement, créer des réseaux de concepts, utiliser des moyens mnémotechniques », explique Stéphanie Lajoie.
Le collège a développé un profil de sortie méthodologique identifiant toutes les stratégies d’apprentissage que les élèves devraient maîtriser au terme de leurs cinq années d’études secondaires. « Nous avons mis en place des moyens fondés sur les recherches en éducation pour utiliser des stratégies véritablement efficaces », résume la directrice.
Suivi individualisé et soutien psychosocial
Le suivi des élèves se fait par cohorte, de la première à la cinquième secondaire. Des plans d’intervention sont instaurés dès leur arrivée. Une équipe multidisciplinaire composée d’orthopédagogues, de psychoéducatrices, de sexologues et de techniciennes en éducation spécialisée se réunit chaque mois pour suivre l’évolution des élèves en difficulté.
« Cette équipe identifie les élèves qui éprouvent des difficultés, détermine vers quelles ressources les orienter et comment les accompagner », indique la directrice.
L’indice du bonheur : mesurer le bien-être des élèves
Au-delà des résultats académiques, l’établissement accorde aussi une importance particulière à la santé mentale des élèves. Depuis trois ans, le collège réalise trois fois par année un sondage sur le bien-être en collaboration avec la firme Himan.
« Nous avons interrogé nos élèves sur ce qui favorise leur apprentissage. Lorsque la mémoire de travail est surchargée, lorsqu’ils sont stressés, l’apprentissage devient impossible », réitère Stéphanie Lajoie.
L’« indice du bonheur » mesure le niveau de stress, le sentiment d’efficacité personnelle, le sentiment de contrôle sur les études et la perception de la charge de travail. Les résultats obtenus permettent d’ajuster les interventions en cours d’année.
« Le niveau de stress demeure élevé, mais nous constatons que nos interventions permettent de les apaiser », observe-t-elle. Les données montrent une amélioration du sentiment de contrôle, notamment en quatrième secondaire.
« Nous observons qu’ils sont stressés par leurs choix de carrière et de cours. C’est une tendance sociétale. Cependant, nous constatons depuis trois ans une amélioration sur certains aspects », note la directrice.
Un contexte particulier
Le Collège d’Anjou dessert une clientèle diversifiée dans le secteur de Montréal-Est, où plusieurs familles sont allophones. Cette réalité influence aussi l’approche pédagogique.
« Nous évoluons dans une communauté dans laquelle, pour plusieurs familles, la maîtrise du français représente un défi important qui nécessite un travail considérable », reconnaît Stéphanie Lajoie.
Pour la suite des choses, la direction envisage l’avenir avec prudence, consciente que l’amélioration est un processus continu. « On sème une graine, puis le jardin fleurit tranquillement, je vous dirais. Mais on ne peut pas relâcher », résume en terminant Stéphanie Lajoie.







