(Courtoisie LBV)

Le Boulot vers… poursuivra ses activités malgré une coupure complète de son financement par Québec

L’entreprise à mission sociale Le Boulot vers…(LBV) rebondit sur ses pattes après que Services Québec lui a entièrement coupé les vivres. En dépit de la perte de son financement public, l’organisme qui depuis 42 ans fait figure de modèle dans le domaine d’insertion dans le milieu du travail poursuivra sa mission auprès des jeunes.

Le couperet est tombé il y a quelques semaines : la direction de LBV apprenait qu’il ne recevrait plus un sou de la part du gouvernement du Québec pour aider à salarier les jeunes participants à son programme d’intervention axé sur son atelier d’ébénisterie.

En effet, depuis l’année dernière, plusieurs organismes financés par l’aile montréalaise de Services Québec ont appris qu’ils faisaient face à des coupures majeures dans les montants qui leur étaient alloués. LBV avait alors perdu près de 50 % de son budget d’environ 1,2 M$. Après plusieurs discussions avec Services Québec, ainsi que la ministre de l’Emploi de l’époque, l’organisme était parvenu à trouver une entente pour conserver une partie de son financement.

Jean-François Lapointe, directeur général de LBV (Emmanuel Delacour/EMM)

« On avait une solution chiffrée, on diminuait nous-mêmes la subvention substantiellement. Mais Services Québec insistait sur le fait qu’ils n’avaient pas les montants […] Entre-temps, on avait fait des interventions dans les médias et cela a attiré l’attention de donateurs qui ont voulu nous aider en nous accordant de nouveaux dons. On démontrait qu’on pouvait atteindre l’équilibre fiscal malgré ces coupures », affirme Jean-François Lapointe, directeur général de LBV.

Depuis que LBV avait trouvé moyen de subvenir à ses frais de fonctionnement, soit 680 000 $, une entente avec les instances publiques assurait un maintien des salaires versés aux jeunes, pour un total de 500 000 $. Le coup était dur à encaisser, mais il a permis à l’entreprise de poursuivre sa mission.

Toutefois, ce printemps, lorsque fut arrivé le moment de planifier les subventions pour l’année suivante, M. Lapointe fut surpris d’apprendre que l’entente avait une date de péremption. Lors d’une rencontre avec la sous-ministre de l’Emploi et la direction de Services Québec, « on nous a dit au ministère que le « deal », c’était uniquement pour un an », raconte le directeur général. Ce dernier réfute complètement que cette condition eût été incluse dans le financement octroyé.

Des places dans d’autres organismes

Au ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale, on indique que l’entente avec LBV était bel et bien « exceptionnelle et se limitait à une période du 1er juillet 2025 au 30 juin 2026 ».

« Il n’est pas possible de reprendre l’achat de service de l’organisme Le Boulot Vers… », affirme-t-on dans un courriel du Ministère. C’est afin « de mieux arrimer l’offre de services des organismes spécialisés en employabilité aux besoins de la clientèle et à la capacité budgétaire du Ministère, [qu]’un exercice d’optimisation des ressources qui desservent la région de Montréal a été réalisé. Cette démarche permet au Ministère de maximiser ses investissements en acquisitions de services », justifie-t-on.

Effectivement, selon le Ministère, il était nécessaire de « questionner le nombre d’organismes spécialisés en employabilité présents sur un même territoire et qui offrent des services similaires ».

« À titre d’exemple, trois entreprises d’insertion œuvrent dans le domaine de l’ébénisterie. Deux d’entre elles — dont Le Boulot Vers… – œuvrent dans un même secteur, sur un même territoire et auprès d’une même clientèle (jeunes) », poursuit le Ministère dans son courriel.

« Les places disponibles dans les organismes spécialisés en employabilité sur le territoire de Montréal sont suffisantes et diversifiées et permettent de répondre aux besoins des différentes catégories de clientèles », conclut-on.

Ces arguments, M. Lapointe les a déjà entendus maintes fois et il affirme qu’ils ne tiennent pas la route. « Avec les coupures de l’an passé, ce sont cent places de réinsertion qui ont été déplacées à la suite de la fermeture de trois organismes. Là, il reste 15 organismes à Montréal qui sont subventionnés par Services Québec et qui ont absorbé ces places. Ça met de la pression sur tout le monde. Les 37 places en plus qu’on offre, ils n’auront pas la capacité de les reprendre », martèle-t-il.

Sauvé à la dernière minute

Dans les dernières semaines, M. Lapointe a été forcé de faire des appels téléphoniques douloureux. « J’ai pris le téléphone, puis j’ai avisé mes nouveaux partenaires, surtout ceux qui m’avaient beaucoup aidé dans la dernière année, pour leur dire merci, mais que malheureusement, on allait être obligé de fermer », rapporte-t-il.

C’est alors qu’un de ses donateurs privés prend la balle au bond. Pendant plusieurs journées d’intenses discussions avec le conseil d’administration de LBV, on présente un plan pour faire un don « significatif » pour la prochaine année.

« De façon autonome, cette année c’est à peu près 1,7 M$ que nous allons chercher par la vente de nos meubles comme entreprise d’économie sociale, par des donateurs qui croient en nous et par le centre de services scolaires, avec qui on a une relation pour accompagner ces jeunes-là, pour avoir des certificats de métiers semi-spécialisés », explique le directeur général.

Le plan vise à réduire dès l’année suivante le montant octroyé par ce donateur, afin de renégocier avec le gouvernement un financement public. M. Lapointe ne le cache pas, l’arrivée prochaine des élections provinciales et la possibilité qu’un nouveau parti soit au pouvoir cadrent dans sa stratégie pour récupérer ses subventions.

« Ce que j’ai appris depuis la crise de l’an passé, c’est qu’on aurait pu dire « on lance la serviette très rapidement et dire qu’on est vraiment fini ». Mais on n’a pas abandonné et on a trouvé des opportunités », assure le directeur général.

Située dans Mercier—Hochelaga-Maisonneuve, l’entreprise d’insertion sociale et professionnelle LBV a été fondée en 1983. Elle offre des places à des jeunes de 16 à 29 ans dans son programme d’intervention s’étalant sur près de trois ans. Celui-ci est axé sur un atelier d’ébénisterie, dont les revenus servent à financer l’organisme. Depuis sa création, LBV a aidé plus de 4 500 jeunes en difficulté, souvent d’anciens décrocheurs ou des personnes à risque de se retrouver en situation d’itinérance.