Notre journaliste a testé le BIXI d’hiver de Montréal-Est jusqu’au centre-ville de Montréal (Emmanuel Delacour/EMM)

Le BIXI d’hiver, de Montréal-Est jusqu’à Berri-UQAM

Cette année, les Montréalais profitent pour la troisième fois d’une offre de BIXI en saison hivernale. Le service est désormais étendu jusqu’à la ville de Montréal-Est. L’équipe d’EST MÉDIA Montréal a voulu mettre à l’épreuve le vélopartage et les installations cyclables de l’Est en ce mois de janvier.

Notre média a donc planifié un trajet uniquement en BIXI pour voir quelle serait l’expérience d’une personne souhaitant se déplacer entre la station la plus à l’est de l’Île et le centre-ville. Nous avons choisi comme terminus la station Berri-UQAM.

À 10 h du matin, le mercredi 14 janvier, nous arrivons à la borne BIXI située dans le parc de l’Hôtel-de-Ville de Montréal-Est, juste à l’arrière de l’édifice municipal.

La borne BIXI hivernale la plus à l’est (Emmanuel Delacour/EMM)

C’est la première fois que la ville défusionnée participe à l’offre hivernale du réseau de vélopartage. Elle rejoint ainsi la ville de Westmount et les arrondissements d’Ahuntsic–Cartierville, Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, Mercier–Hochelaga-Maisonneuve (MHM), Rosemont–La Petite-Patrie, Plateau-Mont-Royal, Outremont, Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, Ville-Marie, Sud-Ouest et Verdun, où le service est maintenu entre le 15 novembre 2025 et le 15 avril 2026. Ce sont ainsi 234 stations (soit 20 % plus de points d’ancrage que l’an dernier) et 2 300 vélos qui demeurent disponibles durant la saison froide.

À la borne de Montréal-Est, cinq vélos sont accessibles. Nous captons le code QR avec l’application BIXI pour louer notre monture équipée de roues cramponnées et de pédaliers antidérapants. Puis, nous entrons notre trajet dans l’application Transit; le voyage devrait durer 56 min et s’étendre sur 15,1 km. La température est clémente, à 4 degrés Celsius. Il est 10 h 12 quand nous partons.

Un paysage unique au bord de la piste cyclable à Montréal-Est (Emmanuel Delacour/EMM)

En ce début de parcours, nous apercevons un paysage unique : la piste dans le parc montréalestois est plutôt bien déneigée et longe le fleuve, et à notre gauche, un navire-citerne nommé le Pacific Aquamarine est amarré à proximité, un rappel de la présence des infrastructures pétrolières dans le secteur.

La piste débouche sur la rue Sainte-Julie, pour ensuite tourner sur l’avenue Denis. Les températures au-dessus des normales de saison font en sorte que beaucoup d’eau et de glace se sont accumulées sur la piste. Ce sera un constat récurrent durant notre trajet. La voie est toutefois assez praticable et nous rejoignons rapidement la piste cyclable en site protégé de l’avenue Notre-Dame, qui sera notre chemin privilégié.

Aucune borne dans le « nord-est » de Montréal

Avant d’aller plus loin, nous souhaitons soulever un fait concernant l’offre hivernale des BIXI. Si celle-ci s’est étendue toujours plus à l’Est, elle demeure entièrement absente des arrondissements du nord-est de l’île. Rivière-des-Prairies, Montréal-Nord, Anjou et Saint-Léonard n’ont aucune borne sur leur territoire cette année (voir carte ci-dessous).

Les bornes hivernales de BIXI (Courtoisie BIXI Montréal)

Questionné sur ce fait et sur la possibilité de voir son réseau hivernal éventuellement élargi à ces arrondissements, BIXI Montréal nous a indiqué que « [l]a planification du réseau hivernal de 2026-2027 n’est pas encore commencée, puisqu’elle prendra en considération la saison hivernale en cours et les réalités de déplacements de la saison régulière 2026, débutant en avril ».

D’ailleurs, on se veut rassurant chez l’organisme à but non lucratif (OBNL) en ce qui concerne le récent budget de l’administration Martinez Ferrada, qui consacre à BIXI 5,5 M$ par année pour les 5 prochaines années, tandis que la précédente administration Plante prévoyait plutôt entre 7,1 M$ et 14 M$ par année sur cette même période. « Les expansions hivernales ne sont aucunement touchées par le budget de la Ville. Les expansions auront lieu comme indiqué dans l’entente actuelle de gestion avec la Ville », assure-t-on au service des communications de BIXI Montréal.

Un sondage fait au printemps 2025 a permis de confirmer que le nombre de répondants ayant déjà fait du vélo d’hiver avait presque doublé par rapport à l’année précédente, passant de 35 % à 61 %, soulignait l’OBNL en octobre dernier lors de l’annonce du retour de sa saison hivernale.

Glace, travaux et détours

De retour à notre trajet. La traversée de Montréal-Est se fait plutôt bien, même si la piste de la rue Notre-Dame nous demande parfois de zigzaguer entre de larges flaques d’eau. Avez le redoux, l’eau s’est accumulée de façon importante à plusieurs endroits, tel que mentionné plus tôt.

L’eau s’est accumulée à plusieurs endroits sur la piste cyclable Notre-Dame (Emmanuel Delacour/EMM)

Assez rapidement, nous quittons Montréal-Est et la piste fait un détour sur l’avenue Georges-V, puis continue d’est en ouest sur la rue Bellerive, dans l’arrondissement de MHM.

Toujours en site protégé, la voie est bien déneigée, jusqu’à ce qu’elle bifurque dans le parc de la Promenade-Bellerive. En effet, la piste n’est absolument pas déneigée à cet endroit et l’asphalte est recouvert de glace. Nous tentons le coup, en espérant que les crampons nous donnent un coup de main. Mais après quelques mètres, nous devons déclarer forfait. La voie n’est pas particulièrement glissante, mais elle est tellement cahoteuse qu’elle ne semble plus sécuritaire. Nous effectuons un petit détour sur le trottoir de la rue Bellerive, en laissant la priorité aux piétons, puis nous rejoignons la piste cyclable à partir de la rue Taillon.

Un détour qui ne va nulle part (Emmanuel Delacour/EMM)

Malheureusement, nous profitons des installations cyclables qu’un bref instant, puisque quelques mètres plus loin, des travaux imposent un détour, et un panneau nous indique de nous diriger à nouveau dans le parc. Toutefois, la voie n’y est pas praticable. Nous choisissons alors de nous rendre sur la rue Notre-Dame, plus au nord. Comparativement au trajet en site propre, voyager à vélo à cet endroit ne semble pas aussi rassurant en raison de la circulation automobile et de la forte présence de poids lourds.

Nous avons contacté la mairie de MHM au sujet du déneigement de la piste cyclable du parc de la Promenade-Bellerive. Par courriel, Noah Lepage, attaché politique responsable des communications de l’Arrondissement, nous a expliqué que la situation à cet endroit « est particulière cet hiver » au début du chantier du Pôle récréatif Bellerive. La portion de la piste qui passe à l’endroit où sont effectués les travaux a été déviée en amont et en aval vers le sentier multifonction qui se situe juste au sud, plus près du fleuve (voir la carte ci-bas).

Les déviations de la piste cyclable dans le parc de la Promenade-Bellerive (Courtoisie de l’arrondissement de MHM)

« Ce chantier, qui devait initialement être terminé en décembre 2025, n’a pas pu être achevé dans les délais prévus en raison de l’hiver hâtif, arrivé dès la mi-novembre. Cette situation a forcé le maintien du détour de la piste cyclable pendant l’hiver. Les sentiers multifonctions en criblure comme celui-ci exigent toutefois de laisser une mince couche de neige lors des opérations de déneigement, ce qui n’est pas idéal pour la pratique du vélo, souligne M. Lepage. Cette situation est temporaire et l’Arrondissement s’assure de déneiger les portions de la piste aux extrémités du parc qui sont hors chantier. Afin de clarifier cette situation, des panneaux invitant les cyclistes à marcher à côté de leur vélo sur le chemin de détour seront installés sous peu. »

En ce qui concerne le panneau indiquant un détour dans le parc sur la voie impraticable, il s’agit d’une erreur, car il n’y a pas de piste cyclable sous la neige aux endroits où se trouvent les traces de pas, précise-t-il. « Le panneau que l’on aperçoit sur la photo s’adresse aux cyclistes qui circulent sur le boul. Pierre-Bernard en direction sud. Ce dernier — qui devait pointer vers l’est avant qu’il ne soit probablement déplacé par un(e) citoyen(ne) — visait à réorienter les cyclistes vers l’entrée du détour officiel, située au coin Taillon. La piste Pierre-Bernard ne fait pas partie du réseau de pistes déneigées en hiver et le panneau sera retiré jusqu’à la reprise du chantier », assure l’attaché politique.

Retour à notre trajet. Quelques minutes plus tard, nous apercevons la piste cyclable qui débouche sur le parc Honoré-Mercier, du côté sud de la rue Notre-Dame. Nous empruntons la traversée de la rue Liébert et nous rejoignons le confort de la piste pour quelque temps. Il est 10 h 52.

Dernière étape

Arrivée à l’angle des rues Notre-Dame et Dickson : la piste cyclable passe du trottoir situé au sud de l’artère à celui situé côté nord. Après avoir traversé, nous poursuivons le trajet, qui nous mène jusqu’à une portion beaucoup plus agréable de notre voyage : la piste est désormais séparée de l’autoroute urbaine par un terreplein et des pins, ce qui réduit le vacarme des poids lourds et change du paysage industriel des installations portuaires et pétrochimiques.

La glace s’est accumulée à plusieurs endroits sur la piste Notre-Dame (Emmanuel Delacour/EMM)

Toutefois, force est de constater que la météo a causé des dégâts là aussi. Les accumulations d’eau et de glace dans les vallons de la piste nous obligent à ralentir. L’hiver fait que tous les usagers de la route doivent adapter leur conduite, mais on se demande une fois de plus pourquoi la piste n’a pas été déneigée et déglacée avec des abrasifs. Au total, nous évitons une dizaine de ces obstacles aquatiques pour le reste du chemin en bordure de Notre-Dame.

À ce propos, M. Lepage souligne que MHM « s’assure de déneiger les sentiers et pistes cyclables qui traversent ses parcs ».

« Les différents épisodes de redoux et de chutes de neige qui se succèdent depuis Noël compliquent toutefois les opérations de nos équipes, notamment pour les pistes situées dans les parcs où l’eau a davantage tendance à moins bien se drainer et à s’accumuler, affirme-t-il. Suivant une chute de neige, nos employés sur le terrain effectuent le déblaiement des pistes. Lorsqu’un redoux de quelques jours survient, ils utilisent des équipements différents pour gratter la couche de glace qui se forme sur l’asphalte. Cette même machine répand également des abrasifs sur les pistes. »

Nous arrivons sur la rue Frontenac, où l’application Transit nous indique de tourner vers le nord pour aller rejoindre la piste sur le boul. de Maisonneuve. Dernière étape avant notre terminus. Il est 11 h 39.

Fin de parcours et constats

Sans grande surprise, la fin du trajet se fait sans anicroche. Les deux derniers kilomètres se déroulent sur une piste bien déneigée et déglacée, empruntée par plusieurs autres usagers.

La piste sur le boul. de Maisonneuve était déneigée et sans glace dans le centre-ville (Emmanuel Delacour/EMM)

Quelques minutes plus tard, nous arrivons à la borne BIXI située au coin de la rue Saint-Denis et du boul. de Maisonneuve. Nous retournons notre vélo. Il est 11 h 50. L’application BIXI nous indique que notre voyage s’est étendu sur 20,2 km, soit environ 5 km de plus que prévu. Le coût de la location sans abonnement au service BIXI : 1,50 $, plus 20,20 $ de frais additionnels.

Nous avons aussi dépassé de beaucoup la durée anticipée pour nos déplacements : 1 h et 40 min au lieu des 56 min prévues. Même en comptant les arrêts pour prendre des photos et des notes pour cet article, on ne peut s’empêcher de remarquer que le trajet a été très long en raison des détours et des conditions parfois difficiles, même sur les pistes cyclables en site propre.

Évidemment, cette expérience supposait un tracé un peu atypique. Peu de gens, peut-être, opteront pour un BIXI pour un trajet de l’extrême est de l’île jusqu’au centre-ville. Les déplacements à vélo sont souvent complémentaires aux autres modes de transport. Par exemple, nous aurions pu louer un vélo pour nous rendre à la station de métro Honoré-Beaugrand, ce qui nous aurait permis d’effectuer notre trajet en environ 45 min.

Aussi, malgré une offre hivernale étendue, le nombre de bornes demeure limité cette saison dans l’Est. En effet, on dénombre seulement cinq d’entre elles dans Mercier-Est, dont une située à la station Honoré-Beaugrand. Les pistes cyclables sont aussi peu nombreuses dans ce secteur.

Ainsi, ceux qui voudront profiter du vélo en libre service cet hiver devront s’armer de patience et faire preuve de prudence pour sillonner l’Est montréalais. Il faudra attendre l’automne pour savoir si BIXI Montréal étendra davantage son réseau dans l’Est au courant de la prochaine saison froide.

Un pneu clouté (Emmanuel Delacour/EMM)