L’hôpital Maisonneuve-Rosemont (Emmanuel Delacour/EMM)

Bilan de santé du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal

L’année 2026 sera une période de transition importante pour le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Est-de-l’Île-de-Montréal alors que se poursuivront des chantiers majeurs dans quatre de ses établissements. Son président-directeur général, Jean-François Fortin-Verreault, nous a accordé une entrevue pour faire un bilan de santé de l’organisme.

Tout d’abord, mise en contexte : le CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal est l’une des organisations les plus importantes dans l’Est. Ses deux établissements hospitaliers, huit Centres locaux de services communautaires (CLSC) et quinze Centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) – pour ne nommer que ceux-là – desservent une population approximative de 550 000 personnes, soit l’équivalent de la ville de Québec. C’est plus du quart de la population montréalaise (26 %) qui est soigné entre les murs de ses établissements. Il s’agit aussi du deuxième plus important employeur de l’Est, avec plus de 19 000 employés. N’est-ce pas un défi herculéen de gérer un si grand territoire quotidiennement avec des ressources limitées?

« Oui, il y a des défis historiques dans l’est de Montréal. C’est n’est pas plus différent en santé que dans les autres domaines. On pourrait penser aux transports par exemple. C’est une réalité qui est là. On essaie d’y travailler, mais ce sont des choses qui changent lentement. Mais on a aussi des forces dans l’Est. Il y a une mobilisation communautaire qui est supérieure à la majorité des territoires. On est un des seuls endroits où on a des élections pour siéger sur les comités des usagers, parce qu’il y a plusieurs candidatures et que les gens sont intéressés à s’impliquer dans leur milieu de la santé », illustre M. Fortin-Verreault.

Jean-François Fortin Verreault, PDG du CIUSSS de l’Est-de-L’Île-de-Montréal (Courtoisie)

La pression sur les services offerts dans les établissements hospitaliers – dont la vétusté se fait sentir – est toujours importante. C’est pourquoi le CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal a entrepris, à l’instar des autres CIUSSS du Québec, des campagnes pour rediriger les usagers vers les bonnes ressources.

En premier lieu, une campagne visant à faire connaître la démarche d’inscription auprès des personnes qui ignorent encore l’existence du Guichet d’accès à un médecin de famille (GAMF) bat son plein. Elle découle d’une entente entre le gouvernement du Québec et la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec pour prendre en charge 500 000 Québécois d’ici juin 2026 dans l’ensemble de la province.

« La priorité pour la majorité des citoyens de l’Est, c’est de réussir à obtenir une réponse à leurs besoins de santé au moment où il survient. Pour réussir à mieux le faire, il y a une campagne de recrutement pour l’inscription aux médecins de famille qui a été lancée. […] On parle de l’inscription de groupe pour les gens qui sont associés à une clinique. […] Les gens qui ne sont pas encore inscrits peuvent ainsi contacter le Guichet accès première ligne (GAP Santé) au 811 et s’inscrire au GAMF. Actuellement, on a plus de 35 000 offres d’inscription dans les cliniques du territoire », souligne le PDG. Depuis un an, le nombre de personnes qui ont accès à un service de première ligne est passé de 381 000 à 427 000, « une progression significative », insiste M. Fortin-Verreault.

En second lieu, le CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal souhaite que ses usagers développent le réflexe de se diriger dans les huit CLSC de son territoire pour des soins de santé non urgents. « Les gens ne savent pas nécessairement ce que les CLSC peuvent leur offrir. Ils ont tendance à aller vers la réponse médicale (dans les hôpitaux) », constate-t-il. Pourtant, les CLSC donnent accès à de nombreux outils, souligne le PDG, notamment des bilans sanguins, des prélèvements, des services de santé générale, de soins spécialisés en enfance et jeunesse et en intervention pour les toxicomanes et personnes itinérantes.

Une campagne a donc été lancée pour mieux former le personnel à l’accueil afin qu’il soit en mesure de bien orienter les usagers vers ces ressources. « Le but de tout cela, c’est vraiment de réussir à la source à mieux répondre aux besoins dans la communauté », affirme M. Fortin-Verreault.

L’après-pandémie

Depuis la pandémie de la COVID, le CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal a entrepris de nombreux efforts pour retrouver une certaine normalité dans ses services. « On a vraiment réussi à quitter la crise post-pandémique. Cela a quand même été une « cassure » et on avait des écarts de besoins qui se sont créés pendant cette période. Depuis, ça s’est stabilisé, que ce soit dans notre offre de services ou dans la composition de nos équipes », assure le PDG.

Ainsi, au pire de la pandémie, les établissements du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal dénombraient 1 600 personnes en attente d’un an et plus pour une chirurgie, tandis qu’aujourd’hui ce nombre est descendu à 163 personnes. De plus, cette année, l’organisation prévoit opérer plus de 21 000 personnes, soit 1 000 de plus que l’année dernière.

« Dans cette perspective, ce que nous souhaitons faire, c’est réussir à améliorer la réponse en première ligne et avec les campagnes que nous avons entreprises, je pense que nous sommes capables d’y arriver », souligne-t-il.

Grands chantiers

Un des plus importants chantiers sur le territoire du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal est sans contredit celui de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont (HMR). La vétusté des installations actuelles ne cesse de faire couler de l’encre et les soubresauts qui ont fait retarder le démarrage du projet de modernisation de l’établissement évalué à 5 G$ n’ont cessé de faire réagir dans l’Est. Une coalition des personnalités de l’Est dénonçait il y a deux semaines le fait qu’un budget concret pour cette infrastructure tarde à être inscrit au Plan québécois des infrastructures par le gouvernement de la CAQ.

Malgré tout, le PDG demeure sûr qu’une ouverture des nouveaux lieux en 2036 est toujours possible comme prévu. « Il y a des éléments à la suite du budget (déposé par Québec la semaine dernière) qui restent à être clarifiés, mais c’est certain que tout le monde veut ouvrir l’hôpital le plus rapidement possible et reprendre les plans et devis finaux. Je n’ai aucune indication qu’on ne sera pas capable de le faire », assure-t-il.

En attendant, le CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal a mis en place plusieurs mesures pour minimiser les impacts dans cette infrastructure vieillissante. « On est en train de réparer et de rehausser les génératrices qui ont fait défaut lors d’une panne l’an dernier. On a retravaillé l’ensemble des ascenseurs pour améliorer leur performance. On avait des équipements en fin de vie, par exemple en médecine nucléaire, qu’on a remplacés à neuf. […] C’est sécuritaire l’HMR et les soins et services sont de qualité », insiste le PDG.

Un autre projet d’importance dans le second établissement hospitalier du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, l’hôpital Santa-Cabrini, suit son cours, même si son ouverture sera un peu repoussée.

En effet, l’agrandissement du bâtiment, qui prévoit la création d’un nouveau pavillon qui accueillera le bloc opératoire et l’Unité de retraitement des dispositifs médicaux, ne verra pas son premier patient entre ses murs ce printemps, comme cela était initialement prévu. Des « petites non-conformités et des corrections » doivent être apportées, ce qui reporte l’ouverture de la nouvelle aile en septembre cette année.

« Ça va être un petit peu plus long que prévu. […] On est dans une période d’ajustement avec l’entrepreneur. Il nous aurait fallu quelques semaines de plus, mais cela aurait reporté l’ouverture à l’été et on ne voulait pas annuler les vacances du personnel, donc on a prévu l’ouverture cet automne », explique M. Fortin-Verreault. Celui-ci assure que le projet, désormais estimé à 139,4 M$, « rentrera dans ses coûts ».

À terme, l’agrandissement permettra d’ajouter deux salles d’opération (pour un total de huit) et trois civières de réveil (pour un total de onze). « Santa Cabrini, c’est un des trois hôpitaux à Montréal qui fait du trauma secondaire. On y fait aussi beaucoup d’orthopédie. C’est également de la chirurgie, oncologique et digestive. Donc c’est vraiment là une belle offre de tous ces services qui sera bonifiée à terme », indique le PDG.

Enfin, les travaux de reconstruction des CHSLD Jeanne-Le Ber et Nicolet en Maisons des aînés suivent eux aussi leur cours et devraient être livrés à temps, soit à l’automne 2026 et au printemps 2027, respectivement. Ces chantiers permettront d’offrir 288 lits à la Maison des aînés Jeanne-Le Ber et 240 lits à la Maison des aînés Maisonneuve (anciennement Nicolet).

Ces grands établissements – le CHSLD Jeanne-Le Ber est le plus grand au Québec – offriront des installations qui seront « nettement supérieures » et mieux adaptées aux besoins des résidents, en incluant en outre des chambres individuelles, et des salles de bains intégrées dans chacune des chambres. « Le fait d’être dans des petites unités modulaires, ça enlève l’aspect institutionnel et ça crée des milieux de vie », insiste le PDG.

Le CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal en chiffres :

2 Hôpitaux : Hôpital Maisonneuve-Rosemont (HMR) et Hôpital Santa Cabrini Ospedale (HSCO)

2 Instituts : Institut universitaire en santé mentale (IUSMM) et Institut universitaire d’hématologie-oncologie et de thérapie cellulaire (IHOT)

2 Centres de recherche : le Centre de recherche de l’HMR et le Centre de recherche de l’IUSMM

8 Centres locaux de services communautaires (CLSC)

15 Centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) et 2 maisons des aînés en construction (Jeanne-Le Ber et Nicolet)

5 Centres de jour

1 Maison de naissance (Anne-Courtemanche)


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