
Des employés de Scientific Games font du bénévolat auprès de la Cuisine Collective Hochelaga-Maisonneuve (Courtoisie)
8 février 2026Bénévolat corporatif : quand les entreprises s’impliquent en personne
Plusieurs entreprises de l’est de Montréal offrent à leurs employés d’effectuer une ou plusieurs journées de bénévolat par an durant leurs heures de travail. Une manière de prêter main-forte aux organismes au-delà des dons et des commandites.
Trois jours par an, les employés d’Ubisoft peuvent réaliser des heures de bénévolat au lieu de rentrer au travail, et ce, pour l’organisme de leur choix. L’entreprise française de jeux vidéo, dont les studios montréalais sont situés dans le Mile-End, a lancé en 2019 ce programme qui permet à ses salariés de s’impliquer dans la communauté.
Au total, en 2025, ce sont 2 088 heures d’action bénévole qui ont été réalisées par 275 employés issus des équipes canadiennes d’Ubisoft. Selon Eloïse Boucher, chargée de projets du département de responsabilité sociale, le studio de Montréal figure parmi les plus impliqués au pays.
D’autres entreprises situées dans l’Est disposent aussi de ce type de programmes, comme Bunzl Canada, fournisseur de produits pour les entreprises, ou Scientific Games, producteur de jeux de loterie à gratter. Chacun offre une journée de bénévolat par an à ses employés.
La cause de leur choix
« Les gens peuvent aller où ils veulent, dans les organismes qui leur sont chers », appuie Eloïse Boucher. Margo Hunnisett, vice-présidente du marketing et des communications à Bunzl Canada, estime que ce sont les employés qui « savent quelles sont les causes les plus importantes et les organismes les plus pertinents ».
Les employés de ces entreprises s’impliquent ainsi dans des organismes locaux qui œuvrent dans des domaines aussi variés que l’itinérance, les droits des femmes, le soutien scolaire, la sécurité alimentaire ou encore l’environnement.
L’équipe d’Ubisoft, par exemple, visite régulièrement Moisson Montréal, Chez Dory ou encore Mission Mile End.
De leur côté, les employés de Scientific Games sont particulièrement impliqués dans l’alimentation durable et la sécurité alimentaire. L’entreprise a entre autres participé à la construction en 2023 d’une ferme urbaine derrière ses locaux du boulevard de l’Assomption, en collaboration avec la Cuisine Collective Hochelaga-Maisonneuve (CCHM). Depuis, durant leur journée de bénévolat, mais également en dehors, les employés participent à planter, récolter et livrer les produits de la ferme destinés aux collectivités locales.
Au-delà du soutien financier
Ces programmes de bénévolat répondent, selon les entreprises rencontrées, à une volonté de s’engager davantage, au-delà des dons et des commandites. « Nous nous sommes dit : pourquoi ne pas aller plus loin? Notre entreprise fait des dons, mais si les employés eux-mêmes pouvaient s’impliquer, ce serait encore mieux », rapporte Margo Hunnisett.
« Tout le monde a besoin d’argent, mais le temps est une denrée qui est assez rare », rappelle pour sa part Eloïse Boucher. Le tri de vêtements, la corvée de nettoyage ou la confection de cartes de vœux nécessitent en effet une implication directe.
« Nous voulions trouver un moyen unique de redonner à la communauté locale, où vivent plusieurs générations de nos employés », ajoute Marc-André Doyon, vice-président des opérations à Scientific Games.
Plus largement, ces entreprises estiment avoir une responsabilité sociale. « C’est un devoir de s’impliquer dans nos communautés et de participer à l’essor de notre collectivité », défend la porte-parole d’Ubisoft. D’autant plus dans un contexte où les besoins des organismes sont « criants » en raison d’une précarité accrue.
Des bénévoles « essentiels »
La Société de Saint-Vincent de Paul, qui œuvre en aide alimentaire et en persévérance scolaire, reçoit de nombreux groupes de bénévoles corporatifs, qui les soutiennent dans la distribution alimentaire, le tri de vêtements ou les tâches administratives.
L’organisme a été créé en 1848 grâce à « l’implication de bénévoles » et continue aujourd’hui de reposer sur eux, soutient Olivia Lengelé, coordonnatrice du bénévolat corporatif. Les salariés d’entreprises montréalaises, en majorité des banques et des sociétés d’assurances, représentent pour l’organisme une main-d’œuvre essentielle, qui a l’avantage d’être disponible durant les heures de bureau.
En 2025, la Société de Saint-Vincent de Paul a accueilli 1 125 bénévoles corporatifs, en plus des 800 bénévoles réguliers. Un chiffre qui a doublé depuis 2018. « On voit de plus en plus d’entreprises qui ont des programmes de responsabilité sociale », se réjouit Mme Lengelé.
Donner du sens à son travail
Le bénévolat corporatif est parfois une attente des salariés eux-mêmes, qui tendent à être davantage soucieux de l’impact éthique et social de leur entreprise, estime la porte-parole de la Société de Saint-Vincent de Paul. « Quand on cherche un travail, on va aussi chercher une forme de sens. »
« Nous savons que cela rend Bunzl plus attractif pour les nouveaux employés », admet pour sa part Margo Hunnisett, à propos du programme de bénévolat de l’entreprise.
Par ailleurs, les retours des salariés qui se prêtent au bénévolat semblent bons : ceux de Scientific Games sont « fiers de pouvoir redonner à la communauté », soutient Marc-André Doyon, tandis que ceux d’Ubisoft sont « enchantés que ce programme-là existe », observe Eloïse Boucher, qui estime qu’au-delà d’aider la communauté, le bénévolat contribue à la cohésion de groupe, au moral et à la motivation des employés.












