Le bassin olympique de Montréal (image tirée du site Internet du parc Jean-Drapeau)

Au-delà du Stade olympique, l’héritage bien vivant des Jeux de Montréal

Le Stade olympique monopolise souvent les discussions lorsqu’il est question des Jeux olympiques de 1976. Son architecture audacieuse, son toit controversé et la dette qu’il a longtemps symbolisée finissent souvent par éclipser le reste du legs olympique montréalais. Pourtant, 50 ans plus tard, une grande partie des infrastructures construites ou réaménagées pour les JO de Montréal continue de servir, et ce, quotidiennement, à la population.

Anouk Bélanger, professeure au Département de communication sociale et publique de l’UQAM (courtoisie UQAM)

« On a beaucoup mis de l’avant, avec raison, le coût économique, les dépassements et les controverses. Mais si on dirige le regard vers ce que ça a donné à la ville, surtout avec le temps qui a passé, on se rend compte qu’il y a des apports importants qui vont au-delà des coûts initiaux », souligne Anouk Bélanger, professeure au Département de communication sociale et publique de l’UQAM, qui s’intéresse aux transformations culturelles et sportives à Montréal.

Un héritage qui dépasse le Parc olympique

Si le Stade demeure le symbole ultime des JO, l’héritage architectural de Montréal 1976 s’étend bien au-delà de cette imposante silhouette. « Les plus importantes, pour moi, c’est le Parc olympique, bien sûr, mais aussi le parc Jean-Drapeau. Il y a également le Centre Claude-Robillard, très fréquenté. Et on oublie souvent que le prolongement du métro vers l’est de la ville est lié aux Jeux. Ce ne sont pas des infrastructures olympiques comme telles, mais elles sont venues avec les Jeux et elles demeurent primordiales pour le développement urbain », explique Mme Bélanger.

Selon le Comité international olympique (CIO), les sept sites construits spécialement pour les Jeux de Montréal sont encore utilisés aujourd’hui, même si le Vélodrome olympique a changé de vocation en devenant le Biodôme. Le CIO précise également que 14 sites existants ayant accueilli des compétitions servent toujours à différentes fonctions sportives ou communautaires.

Autour du Parc olympique, plusieurs équipements, construits ou rénovés pour les Jeux, continuent ainsi de jouer un rôle important pour les Montréalais : la Piscine olympique; le Centre Pierre-Charbonneau et l’Aréna Maurice-Richard, tous deux juste à côté; le Centre Claude-Robillard, plus au nord; le Bassin olympique au parc Jean-Drapeau; et le Centre Étienne-Desmarteau, tout juste à l’ouest des installations olympiques bien connues.

Le Village olympique fait également partie de cet héritage. « Les pyramides demeurent elles aussi aujourd’hui. Ce ne sont pas des installations sportives, mais elles restent importantes dans le paysage de l’est de la ville », souligne la chercheuse.

Des lieux qui ont continué d’évoluer

Pour Anouk Bélanger, la réussite du legs montréalais ne tient pas seulement au fait que les bâtiments existent encore, mais elle réside aussi dans leur capacité à accueillir de nouveaux usages.

« Autour du Parc olympique, il y a eu, au fil des ans, un développement d’activités sportives qui ne sont pas du tout de type olympique. Le skate s’est installé là, l’esplanade a été développée pour accueillir des événements, c’est devenu un parc d’activités et de sports urbains. »

Mme Bélanger souligne aussi que le secteur a continué de se transformer avec le temps, notamment grâce à l’arrivée du Stade Saputo et au développement d’autres infrastructures sportives. « Ce sont des installations autour desquelles on a bâti des cultures sportives de loisirs communautaires cruciales dans la ville. »

Le Bassin olympique, un exemple emblématique

Pour la professeure, le Bassin olympique du parc Jean-Drapeau représente sans doute le meilleur exemple d’un héritage réussi. « C’est un bassin olympique encore actif, entretenu, utilisé. On a travaillé aussi autour du bassin. Il y a plusieurs autres activités, compétitions et grands événements qui y ont lieu. »

Elle rappelle dans la foulée que sa construction a profondément transformé le site d’Expo 67. « On a allongé l’île pour pouvoir aménager le Bassin olympique. Cette construction-là était majeure. On a créé un espace pour pouvoir construire le bassin et aménager aussi les accès. Et il y a des pavillons sur place qui sont également encore utilisés. »

Les 24 sites utilisés pour les JO de Montréal en 1976 (Image tirée du site Internet du CIO)

Une vision déjà tournée vers l’après-Jeux

Aujourd’hui, les villes candidates aux JO doivent démontrer l’utilité future de leurs installations. En 1976, cette réflexion était moins formalisée, mais elle existait déjà. « Ce n’était pas tout réfléchi comme aujourd’hui. Il n’y avait pas une planification intégrée comme on l’exige maintenant, mais il y avait une pensée pour l’après, c’est certain », indique la chercheuse.

Selon cette dernière, cette volonté se reflétait dans plusieurs choix de conception. « On voulait que le Stade soit polyvalent. Le toit rétractable était lié à ça. Et on a bâti bien plus qu’une piscine : on a bâti un centre aquatique. Le Village olympique, lui, a été construit de manière permanente de façon à être converti en logements par la suite. »

Le Centre Pierre-Charbonneau illustre également cette logique. Déjà présent avant les Jeux, il a été intégré au projet plutôt que remplacé. « Ça n’a pas été créé pour les JO, mais ça a été conservé. C’est encore là et encore très actif, parce que ça a été intégré dans le plan de développement. »

Anouk Bélanger ajoute que Montréal figure, avec Munich, parmi les villes le plus souvent citées en exemple pour avoir su préserver et réutiliser les infrastructures construites pour les JO, contrairement à plusieurs autres villes où ces installations ont été tristement abandonnées après l’événement, comme c’est le cas d’Athènes.

Un héritage qui a transformé Montréal

Au-delà des bâtiments, les Jeux ont aussi modifié durablement la place du sport dans la métropole, croit la professeure. « Les JO ont apporté à Montréal une prise de conscience et un élan pour le mouvement sportif. C’est vraiment depuis les Jeux de Montréal qu’une culture sportive a été mise en place au Québec. »

Selon Anouk Bélanger, les infrastructures ont permis le développement de nouvelles disciplines, ont favorisé l’essor des fédérations sportives et ont encouragé les investissements dans les équipements publics et les espaces consacrés aux loisirs.

Même le Stade olympique, souvent associé à ses dépassements de coûts, a fini par devenir un symbole de la ville. « Le Stade et le mât sont devenus iconiques. On ne visite pas Montréal sans visiter le Stade. De plus, notre métropole est devenue une des 23 villes olympiques estivales du monde, et ça, on le mentionne moins que les coûts », conclut la chercheuse.