Ce terrain où se trouve un boisé devrait accueillir le projet de logements sociaux de 300 unités, selon la Ville (Emmanuel Delacour/EMM)

Assomption Nord : où en est rendue la métamorphose urbaine promise par le PPU?

Il y a quelques années à peine, le secteur Assomption Nord n’était qu’un vaste ensemble de terrains industriels, de bâtiments abandonnés vieillissants et de friches urbaines. Aujourd’hui, le paysage a radicalement changé : les tours résidentielles se multiplient, redessinant une portion entière de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve (MHM). Alors que les premiers immeubles sont désormais habités, l’arrondissement fait le point sur l’avancement du Programme particulier d’urbanisme (PPU) adopté pour encadrer cette transformation majeure amorcée, sur papier, en 2017.

« Un quartier complet, densifié et mixte », promet la mairesse

Chantal Gagnon, issue d’Ensemble Montréal et nouvellement élue mairesse d’arrondissement, résume, par courriel, la vision municipale en des termes ambitieux : « Ce qu’on souhaite avec le PPU Assomption Nord, c’est d’accélérer la création d’un quartier complet, densifié et mixte. À terme, ce sont près de 7 000 logements qui seront construits dans MHM. Notre administration s’engage à travailler avec toutes les entreprises du secteur afin d’assurer une cohabitation harmonieuse avec les nouveaux résidents et créer un quartier sécuritaire. Notre responsabilité est double : loger les familles dans un secteur en pleine croissance et préserver l’activité économique qui fait vivre l’est de Montréal. »

Cette volonté politique s’inscrit dans un contexte où, au printemps dernier, des organismes communautaires pressaient la Ville d’enfin livrer les logements sociaux annoncés depuis plusieurs années. Rappelons que, selon le FRAPRU, le Comité BAILS et Infologis, les 300 unités sociales promises depuis 2019 n’avaient toujours pas vu le jour, malgré l’acquisition d’un terrain par la Ville. Entre-temps, les constructions privées, elles, avancent rapidement, et ce, depuis le début.

Construction résidentielle : beaucoup de privé et pas encore de social

Selon l’arrondissement, contacté par EST MÉDIA Montréal et qui a choisi de répondre aux questions par courriel, 5 immeubles totalisant plus de 1 160 unités sont déjà terminés et occupés. 4 autres chantiers, regroupant près de 1 000 unités, sont en cours de construction, tandis que l’érection de 2 projets supplémentaires — qui représentent environ 1 200 logements — doit débuter au début de 2026. À moyen et long terme, ce sont 10 projets totalisant plus de 3 400 unités qui sont déjà en planification ou sur le point de l’être.

La projection révisée du secteur est éloquente : environ 6 854 unités au total, soit plus du double des 3 000 annoncées lors de l’adoption initiale du PPU. L’arrondissement estime que ce développement pourrait accueillir, à terme, près de 12 680 nouveaux résidents.

Du côté de la typologie, la Ville affirme que la production est relativement équilibrée entre logements locatifs et copropriétés. Cependant, un seul immeuble d’environ 300 logements sociaux (celui voulu par les groupes communautaires) est présentement en planification. Et pour l’instant, aucune unité hors marché n’a encore été construite, alors que plus de 2 600 unités privées sont déjà complétées ou sont en voie de l’être.

Densification et qualité de vie : services, commerces et lutte aux îlots de chaleur

L’arrondissement dit aussi travailler à atténuer les effets potentiellement indésirables d’une densification aussi rapide. La planification d’un réseau de liens piétonniers, de parcs et d’espaces verts se fait en partenariat avec les promoteurs privés, et plusieurs rez-de-chaussée d’immeubles situés le long de Sherbrooke Est, du boulevard de l’Assomption et de la rue de Marseille accueilleront des commerces et des services de proximité.

Pour répondre aux enjeux climatiques, la Ville assure que tous les nouveaux stationnements sont construits à l’intérieur des bâtiments et que l’ensemble des toitures sont blanches ou végétalisées, afin de réduire les îlots de chaleur. Les réaménagements de rues prévoient également une augmentation de la plantation d’arbres.

Perspective du PPU Assomption Nord (Image tirée du rapport de l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM))

Économie locale et cohabitation industrielle

Le PPU annonçait la création d’environ 1 600 emplois dans le secteur. Il est encore trop tôt pour en dresser un bilan précis. L’arrondissement indique néanmoins que l’occupation des premiers immeubles mixtes — combinant bureaux ou commerces, et logements — n’a débuté qu’au printemps 2025, ce qui laisse entendre que l’activité économique reste limitée pour l’instant.

Le secteur n’étant pas encore complètement désindustrialisé, la Ville accompagne les entreprises en place afin de réduire les nuisances liées au bruit, à la circulation de camions ou aux opérations logistiques. Aucun incident majeur n’a été signalé, dit l’arrondissement, mais la transition vers un milieu davantage résidentiel nécessite encore des ajustements et des suivis.

Présenté en 2017 comme un futur point d’ancrage du réseau cyclable de l’arrondissement, Assomption Nord compte pour l’instant une seule réalisation notable : l’aménagement d’une piste cyclable sur la rue de Marseille, qui sert de lien entre les réseaux cyclables de l’est et de l’ouest de l’arrondissement. D’autres infrastructures sont attendues, mais ne sont pas encore précisées, dit la Ville.

Mobilité active et aménagements publics

Le prolongement du boulevard de l’Assomption vers le sud — un projet d’infrastructure structurant, longtemps évoqué — a été officiellement abandonné en 2025. La Ville mise plutôt sur la création progressive d’un réseau de sentiers et de liens piétonniers qui doit relier Sherbrooke, Pierre-De Coubertin, Dickson et Assomption jusqu’à la station de métro et à une future place publique.

Bien que le cadre Vision Zéro soit intégré à la planification des aménagements, particulièrement autour de la station de métro Assomption, l’arrondissement reconnaît qu’il est trop tôt pour mesurer un impact réel sur la sécurité des piétons et cyclistes. Et les retours d’usagers à ce sujet demeurent encore embryonnaires.

Les parcs, la place publique et les liens verts seront aménagés progressivement, une fois les principaux ensembles résidentiels terminés. Comme plusieurs bâtiments sont encore en chantier, les grands espaces publics du secteur ne verront le jour que dans les prochaines années.

L’horizon global du PPU reste fixé à 2035, soit un déploiement sur 15 ans, dépendant des conditions économiques et du marché immobilier, indique la Ville. Le prochain grand défi identifié par l’arrondissement sera la coordination des travaux d’alimentation du futur poste d’électricité Hochelaga, essentiel au soutien de ce quartier en croissance.