François St-Jacques et Rhéal-Olivier Lanthier, cofondateurs d’Art Mûr (Emmanuel Delacour/EMM)

Art Mûr : une galerie ambassadrice de la diffusion culturelle depuis 30 ans

La galerie Art Mûr célèbre ses 30 ans. L’établissement situé sur la rue Saint-Hubert est aujourd’hui un précurseur dans le domaine de la diffusion culturelle dans Rosemont—La Petite-Patrie (RPP), qui expose des artistes de tous horizons.

C’est à partir de modestes origines qu’a été créée la galerie en 1996. « Au départ, on travaillait déjà dans le domaine de l’encadrement et on se cherchait un local pour avoir notre propre commerce. Celui qu’on a trouvé dans le quartier Saint-Henri était un peu plus grand pour nos besoins en tant qu’encadreur, alors on a décidé d’ouvrir une section galerie dans le même local », raconte Rhéal-Olivier Lanthier copropriétaire d’Art Mûr.

Son associé François St-Jacques et lui passent quelques années sur la rue Notre-Dame Ouest avant de finalement déménager en 2002 sur la rue Saint-Hubert, à deux pas de la Plaza. Avec ses trois niveaux, l’immeuble leur offre alors une plus grande superficie, ouvrant ainsi la porte à un agrandissement.

« Quand on a commencé à magasiner pour trouver un nouvel espace, on s’est dit que ce serait intéressant de créer un centre où il y aurait une synergie. Parce que les galeries sont souvent concentrées dans les quartiers restreints du centre-ville ou dans le Vieux-Montréal, alors dans ces secteurs, les gens aiment bien aller visiter une galerie, puis une autre. Cela crée des circuits. Mais puisque nous sommes hors circuit ici, on voulait contrebalancer tout ça avec l’idée d’avoir un lieu qui était d’une plus grande ampleur, pour que ça vaille la peine de venir, que ça ne dure pas juste deux minutes », précise M. Lanthier.

(Emmanuel Delacour/EMM)

Les loyers plus abordables de RPP permettent aussi de mettre sur pied cette offre unique dans le quartier. « Ce genre d’espace est inabordable au centre-ville », insiste-t-il. De plus, les galeries sont souvent à l’avant-garde des mouvements urbains, en raison de la nécessité pour les espaces abordables. « C’est souvent accompagné d’une certaine « gentrification » qui vient par la suite. Si on était parmi les seuls (dans le domaine des arts) dans le coin à l’époque, ce n’est plus le cas. Il y a des centres d’artistes et d’autres galeries qui depuis sont venus s’installer dans le secteur », affirme le cofondateur.

D’ailleurs, Art Mûr se démarque du fait qu’elle se trouve à la frontière de la galerie conventionnelle où les œuvres sont mises en vente, de l’institution muséale et du centre d’artistes. Si elle est ouverte à tous gratuitement, les peintures, les sculptures et même les œuvres digitales ou virtuelles sont toutes disponibles aux acheteurs.

« Plutôt que de nous limiter à être une galerie et mettre l’emphase sur la vente d’œuvres, nous approchons cette offre à travers une présentation muséale. Quand vous venez ici, vous visitez une exposition qui est en cours. Oui, les œuvres sont à vendre, mais la mise en espace, la lecture se fait un peu comme dans un musée », explique le cofondateur d’Art Mûr.

En outre, Art Mûr a été un partenaire dans la création de la Biennale d’art contemporain autochtone (BACA) en 2012. « On travaillait avec une artiste autochtone, Nadia Myre, aujourd’hui très connue sur la scène canadienne. Toutefois, à l’époque, quand on approchait les institutions, il y avait toujours une réticence et un manque d’intérêt pour les démarches d’artistes autochtones. Ça nous frustrait un peu parce qu’on voyait bien que dans le reste du Canada les artistes autochtones étaient très en demande. Mais au Québec, il y avait un manque », souligne M. Lanthier.

Après des discussions avec les partenaires, la première édition de BACA s’est tenue sous le toit d’Art Mûr, avec pour commissaire Mme Myre. De cette initiative est née la Galerie Shé:kon, un espace d’exposition ouvert toute l’année et consacré à la présentation d’artistes et de commissaires autochtones émergents du Québec, qui a ouvert ses portes dans le même édifice en 2021.

Pour son anniversaire, la galerie Art Mûr a mis sur pied une exposition spéciale, intitulée Crescendo : Orchestrer sa propre histoire (1996-2026), jusqu’au 29 août. Et pour ces 30 ans, elle invite 30 artistes, dont plusieurs ont déjà collaboré avec l’établissement au fil des ans. On compte parmi ceux-ci Adam Gunn, Judith Berry, Michael Patten, Hédy Gooba, Éric Lamontagne et Colleen Wolstenholme.