Le directeur du SPVM, Fady Dagher, mardi soir (capture d’écran/Ville de Montréal)

Allégations d’actes discriminatoires au SPVM : les citoyens demandent des changements concrets

C’était dans une ambiance parfois tendue que la Commission de la sécurité publique a tenu une discussion citoyenne avec le Service de police de la Ville de Montréal sur les événements du PDQ 39.

Durant cette séance où le directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Fady Dagher, a fait le point sur la situation actuelle à Montréal-Nord, plusieurs résidents ont fait part de leur exaspération quant aux gestes discriminatoires allégués commis par certains policiers.

La salle où se tenait la séance était bondée mardi soir, à l’hôtel de ville de Montréal. Des centaines de personnes y étaient présentes, si bien que quelques-unes ne purent accéder à l’audience.

Le directeur du SPVM a d’abord procédé à un état des lieux au sein de l’organisme depuis la suspension des agents de police accusés d’avoir commis des actes discriminatoires et criminels.

Après avoir rencontré plusieurs partenaires, notamment des communautés à Montréal-Nord dans les dernières semaines, M. Dagher affirme pouvoir fournir d’ici cet automne une série de mesures concrètes élaborées avec ceux-ci.

Toutefois, le directeur du SPVM a concédé qu’un « changement de culture, je l’ai dit souvent, ne se réalise pas par des annonces spectaculaires. Je ne suis pas ce genre de directeur. Il se fait par des dizaines et des dizaines d’actions, toutes orientées dans la même direction et très souvent jamais médiatisées. »

Selon ce dernier, un changement de culture au sein du SPVM prendra de « sept à dix ans. »

Mettre fin aux interpellations sur la rue

Pendant environ trois heures, plusieurs personnes ont pris la parole. Les citoyens ont entre autres demandé que le SPVM mette fin à la pratique policière des interpellations dites aléatoires, dont Lynda Khelil, responsable de dossiers politiques pour la Ligue des droits et libertés, qui a exigé un moratoire sur cette pratique à Montréal.

Celle-ci a interpellé directement le responsable de la sécurité et de la prévention au comité exécutif de la Ville de Montréal, Dimitris Jim Beis, à ce propos. Ce dernier a répondu qu’« il faut absolument se pencher sur la question. »

« Maintenant, ceci étant dit, ça se peut qu’on mandate la Commission (de la sécurité publique) pour analyser la situation, et nous revenir avec des recommandations à la Ville. »

Ce dernier a ajouté que la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, s’apprêtait « à analyser la possibilité de le faire, et c’est ce qu’on va faire prochainement. »

D’ailleurs, l’absence de celle-ci a été remarquée par les membres de l’assemblée, certains dénonçant le fait que la mairesse ait choisi de ne pas prendre part à la séance.

Racisme systémique

De manière générale, d’autres membres de l’assemblée ont fait part de leurs expériences personnelles avec le SPVM, citant de nombreux événements lors desquelles ils ont vécu une forme de discrimination.

C’est le cas de Jennifer Sidney, une citoyenne qui affirme que sa confiance dans les forces de l’ordre a depuis longtemps été ébranlée.

« Lorsqu’une personne racisée, moi par exemple, une femme noire, une maman de deux garçons, croise un véhicule de police et ressent de la méfiance, de la peur, plutôt qu’un sentiment de protection, il faut comprendre que ce n’est pas seulement une perception individuelle, c’est le reflet d’une profonde fracture entre une institution, le SPVM, et une partie de la population qu’elle a pourtant le devoir de servir avec intégrité et transparence », a souligné Mme Sidney.

Selon cette dernière, le SPVM aurait dû entreprendre des changements fondamentaux et s’attaquer aux pratiques discriminatoires depuis longtemps.

En outre, selon la citoyenne, reconnaître le racisme systémique n’équivaut pas à accuser chaque individu au sein du corps policier, mais démontre plutôt « le courage d’examiner les cultures organisationnelles, les mécanismes et les pratiques et les structures qui peuvent permettre des comportements discriminatoires de se maintenir ou de se reproduire et décider une bonne fois pour toutes de les éradiquer. »

« À quand la fin du racisme systémique? Nous sommes tous et toutes fatigués », a-t-elle demandé à M. Dagher.

Ce dernier a rétorqué être en accord avec plusieurs des faits soulevés par la citoyenne, notamment en ce qui concerne le bris de confiance vécu par la population envers les policiers, et souhaite des changements rapides au sein du SPVM.

« Ça aurait été hier, ça aurait été beaucoup mieux. Ce que je peux vous dire par contre, c’est que des gestes concrets ont été posés, ce sont les gestes que nous avons pris le 12 juin, en pleine enquête criminelle », a répondu le directeur du SPVM.

Celui-ci a référé à la suspension de trois policiers et la réaffectation de 13 autres, gestes inédits dans l’histoire du SPVM, a-t-il justifié.

M. Dagher a rappelé qu’une enquête criminelle visant les agents de police en question se poursuit.

Retour sur les faits

C’est le 12 juin dernier que le SPVM fait une sortie médiatique en soirée pour informer la population que 16 policiers sont impliqués dans une affaire d’actes en possible infraction au Code criminel.

Deux des agents avaient alors été suspendus, puis un troisième plus récemment, tandis que les autres ont été réaffectés à d’autres postes.

Les actes allégués concernent interventions discriminatoires et violentes commises par des policiers du poste de quartier de Montréal-Nord, le PDQ 39. On rapporte en outre que certains d’entre eux auraient coupé les cheveux d’individus pour les conserver comme des trophées.

À la suite de ces allégations, qui auraient été transmises par des collègues des agents concernés, le SPVM a déclenché une enquête interne. De plus, le ministre de la Sécurité intérieure, Ian Lafrenière, a nommé une observatrice indépendante, Me Anne-Marie Boisvert, pour suivre cette enquête.

Une autre enquête a été lancée par le commissaire à la déontologie policière du Québec.