
(Photo / Mathieu Dupuis)
4 mai 2026AIEM : garder les entreprises à Montréal pour favoriser notre prospérité

Il faut maintenir nos actifs industriels dans l’est de la métropole afin de conserver notre souveraineté de production. C’est en somme le discours de l’Association industrielle de l’Est de Montréal (AIEM) face à un contexte de mondialisation fragilisé.
Les dernières années ont été mouvementées dans le domaine industriel de ce secteur de l’Île. En particulier depuis la fermeture de l’usine Indorama, un maillon essentiel au cœur de la chaîne du polyester, unique en son genre au Canada.
Quatre entreprises composaient cette chaîne : Alpek, Suncor, ParaChem, ainsi qu’Indorama Ventures, une compagnie thaïlandaise qui a fermé les portes de son usine de Montréal-Est en août 2024.
Pour Dimitri Tsingakis, président-directeur général de l’AIEM, cette histoire de perte illustre clairement les impacts économiques locaux qui découlent du départ des installations industrielles de Montréal. « La perte d’Indorama est venue perturber la chaîne du polyester. Évidemment, l’impact direct, ce fut l’arrêt des opérations pour Chimie ParaChem, ainsi que les défis d’approvisionnement que cela représente pour Alpek », affirme-t-il. Cela est sans compter les 140 emplois perdus localement chez Indorama et les pertes pour de nombreux fournisseurs locaux.
Depuis, Alpek, qui est producteur de polyéthylène téréphtalate ou plastique PET, doit s’approvisionner en acide téréphtalique purifié auprès d’un fournisseur à l’extérieur du Canada. De plus, il a fallu que l’entreprise revoie l’ensemble de sa chaîne logistique, explique M. Tsingakis.
« Ça va au-delà des pertes d’emplois et des retombées économiques directes. Il y a aussi eu des pertes au niveau des contributions financières que faisaient ces entreprises auprès du communautaire. Je pense notamment à la Fondation de la Pointe-de-l’Île, organisme dans la persévérance scolaire, ainsi qu’à d’autres organismes de la région qui recevaient des montants importants de la part d’Indorama et de ParaChem », souligne le PDG de l’AIEM, qui est également Président de la Fondation de la Pointe-de-l’Île.
Autonomie de production
Le départ d’entreprises industrielles à l’extérieur du pays amenuise aussi l’autonomie de production du Québec et augmente la dépendance de notre économie, argumente M. Tsingakis.
« Pendant la pandémie, on cherchait désespérément à voir accès à certains produits pour la fabrication des équipements de protection individuelle. Une des composantes importantes dans ceux-ci, c’est le polyéthylène. Jusqu’en 2008, ce plastique était fabriqué chez Pétromont et lorsque cette entreprise a fermé ses portes, on a perdu ce qui restait de la filière des oléfines, qui est une des filières de la plasturgie et malheureusement, pour avoir accès à la matière première nécessaire pour fabriquer certains types d’équipements de protection, on devait alors s’approvisionner à l’extérieur, ce qui a représenté des défis », insiste le PDG.
Ce dernier rappelle que lorsqu’une industrie quitte Montréal pour une autre région du monde, on n’améliore pas nécessairement les impacts environnementaux au niveau global. « Lorsqu’on ferme une usine et on délocalise sa production, on ne réduit pas nécessairement son impact environnemental. Tout ce qu’on fait, c’est qu’on le déplace et dépendamment d’où c’est déplacé, l’impact peut être plus important », met-il en lumière. Le porte-parole de l’AIEM ajoute que les normes environnementales qui encadrent les industries du Québec sont parmi les plus restrictives au monde, ce qui assure un meilleur suivi de leurs émissions.
C’est sans compter que les industries d’ici sont souvent alimentées en hydroélectricité, ce qui réduit fortement l’empreinte écoénergétique de leur production.
En outre, la délocalisation des industries vers l’extérieur de notre économie n’a pas nécessairement d’impact sur la consommation individuelle en fin de compte. « À la suite de la fermeture de la raffinerie de Shell à Montréal-Est en 2010, les Québécois n’ont pas diminué leur consommation d’essence. Elle a même augmenté. Mais maintenant, l’essence que l’on consomme, elle est en partie importée d’ailleurs », illustre-t-il.
Secteur à prioriser
Créer une nouvelle filière industrielle, comme l’a souhaité le gouvernement du Québec avec la filière batterie dans les dernières années, doit souvent se faire sur une base solide, formée d’entreprises déjà bien établies. Dans ce cas précis, la présence d’entreprises de taille, comme l’affinerie CCR, maillon de la chaîne du cuivre, est un atout important pour bâtir cette filière, justifie M. Tsingakis.
« Évidemment, ce n’est pas impossible de s’approvisionner sur le marché international, mais ça vient impacter la stratégie et l’attractivité pour les autres entreprises qui voudraient s’intégrer à une nouvelle filière », explique-t-il.
Plusieurs secteurs pourraient être « à prioriser » dans l’est de Montréal, note le PDG, dont ceux des métaux critiques, du cuivre, du plastique (particulièrement le PET). Additionnellement, il y a beaucoup d’intérêt pour le développement des énergies renouvelables et les technologies propres sur ce territoire.
Or, les acteurs industriels déjà en place auront un rôle à jouer dans la création de ces nouveaux secteurs d’activité, note M. Tsingakis. « On parle de produits avec une valeur ajoutée, qui permettent de combler certains besoins en matière d’énergies renouvelables, de carburant, de plasturgie et de métaux critiques. Par exemple, la filière du cuivre avec la Fonderie Horne et CCR participe au recyclage des matériaux électroniques. C’est une filière qui est essentielle pour assurer un développement durable. Des appareils électroniques désuets, les « sert plus à rien », on en produit tous les jours en quantité phénoménale. Comment fait-on pour récupérer les fameux métaux précieux qui se trouvent à l’intérieur? On est privilégié d’avoir accès à une filière qui permet leur valorisation », insiste M. Tsingakis.











